Plus haute que les murs de Kondengui et de New-Bell

D’après un rapport de l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (Antic), les prisons centrales de Yaoundé et de Douala comptent parmi les bases du fléau au Cameroun.

Prison centrale de Douala: derrière les barreaux, s’activent des cybercriminels 

Après des semaines d’investigations menées dans la plus grande discrétion, l’Antic a publié son rapport sur les foyers de cybercriminalité au Cameroun. Disponible depuis le 3 mars dernier, le document pointe les milieux carcéraux parmi ceux qui abritent de redoutables réseaux cybercriminels à travers le pays. Après recoupements, les « cyberpoliciers » de l’Antic ont établi qu’à Kondengui et à New-Bell, « pervers sexuels, escrocs abusant de la générosité du public, as du hacking ou encore pirates bancaires se comptent parmi les prisonniers ». Selon une source ayant participé à la rédaction du rapport, ces 10 derniers mois, plusieurs fiches de contenus ou comportements suspects ont été repérés dans les prisons centrales de Yaoundé et de Douala.

L’on apprend alors que la plupart concerne des escroqueries assez baroques : outre les fausses loteries ou appels aux dons, les arnaques plus courantes sont liées à des annonces de voitures vendues à prix bradés à l’étranger et dont il faut avancer les frais de douanes. D’autres, dites «à la nigériane», mettent en scène des prétendues princes déchus, des émirs de pacotille ou de fumeux aventuriers demandant aux gogos des sommes considérables pour débloquer des pactoles à l’autre bout du monde.

Chronique cybercriminelle

Par ces entourloupes,  quelques cybercriminels pensionnaires de Kondengui ou de New-Bell ont fait parler d’eux. C’est le cas d’un certain Jacques Calvin Eyafa. Incarcéré à la maison d’arrêt de Yaoundé en juillet 2019 pour des faits de filouterie et d’arnaque, il a réussi à usurper l’identité et le titre du directeur du cabinet civil (DCC) de la présidence de la République, Samuel Mvondo Ayolo.  La presse  nationale avait d’ailleurs rapporté que sur le tableau de chasse du brigand figuraient aussi des hommes d’affaires et des personnalités dans les chancelleries et organisations rattachées aux Nations unies.

À Douala, l’encellulement n’empêche en rien des activités cybercriminelles. Dans une interview accordée au quotidien Cameroon Tribune le 25 mai 2021, Vincent de Paul Meva (chef de la cellule des enquêtes au cabinet du délégué général à la Sûreté nationale, DGSN) signalait que des détenus ont pu extorquer de l’argent notamment au directeur général de Cimencam, au directeur général du Chantier naval et au chef secteur des Douanes avant d’être démasqués.

Le téléphone en prison

De l’avis des cyber-enquêteurs de l’Antic, c’est à l’aide des téléphones portables les affaires de cybercriminalité se multiplient en milieu carcéral. « Lorsqu’un détenu a besoin d’un téléphone, il l’achète avec la complicité d’un gardien de prison. Et parfois même, les gardiens de prison véreux sont les vendeurs. Ensuite, il y a des intrusions malicieuses : les visiteurs des détenus font parvenir des téléphones en prison en les dissimulant dans du pain et les plats de nourriture. Il est arrivé au cours d’une fouille que les gardiens de prison saisissent des téléphones enfouis dans des perruques des dames », dévoile Vincent de Paul Meva. Selon nos informations, à Yaoundé, les autorités pénitentiaires ont pris des mesures. Celles-ci concernent surtout le durcissement des sanctions applicables à tout détenu surpris avec un téléphone ou un ordinateur portable à l’intérieur de la prison.

Ongoung Zong Bella

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