Pénurie de pièces de monnaie à Yaoundé : une solution sonnante et trébuchante auprès des mendiants

En apparence dans le dénuement total, ils sont pourtant des cambistes qui font des marges bénéficiaires devant le palais des sports.

Dès lors que le regard se concentre sur les mendiants de la capitale politique camerounaise, une distinction nous impose de considérer de façon différente ceux qui déambulent près du palais des sports, dans le l’arrondissement de Yaoundé II. Ici, il y a de vrais et faux mendiants, ou d’autres coupeurs de bourses. La frontière qui les sépare est parfois subtile et un même individu peut être considéré successivement, selon son état, comme relevant de l’une ou de l’autre de ces catégories. Les entretiens réalisés avec ces acteurs conduisent à certains constats. Ici au Palais des sports de Yaoundé, il y a des mendiants cambistes. «Ce n’est pas vrai ! Donc ces gens ont beaucoup d’argent. Ils font même de la petite monnaie aux gens. Regardez vous-même les billets qu’ils tiennent en main». Voilà des exclamations, des étonnements émis par une fonctionnaire en partance pour le lieu-dit «Rond-Point Damase», dans le 3e arrondissement. La dame est éberluée par la quantité de billets que possède «un simple et banal mendiant»: des billets de 5000, 2000, 1000 et 500FCFA.

Et pourtant…
Bon nombre d’usagers savent que plusieurs de ces «prétendus» mendiants ont choisi de construire la logique de leur action autour de la vente de petites coupures et pièces de monnaie. Petits et grands commerçants, taximen et mototaximen viennent les voir tous les soirs pour s’approvisionner en petite monnaie, à en croire des informations recueillies auprès de quelques riverains. «Des restaurateurs envoient parfois la nourriture à ces personnes pour leur graisser la patte. Cette méthode est employée parce que la bataille de la petite monnaie fait rage ; celui qui a de la petite monnaie vend beaucoup et comme toutes ces personnes cherchent à vendre, elles utilisent des ruses pareilles telles que la mendicité», renseigne une dame.

Certains commerçants révèlent même des montants faramineux. «Vous voyez toujours les assiettes vides, mais ne vous fiez pas à ce que vous voyez. Ils enlèvent dès que l’argent est considérable ; un mendiant peut gagner jusqu’à 5000 FCFA en une journée», explique Ali, un restaurateur situé au quartier Briqueterie. Ce qui, en mois, lui vaut un salaire considérable, largement au-delà du Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig).

André Gromyko Balla

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