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Pénurie de carburant, au-delà du récit officiel

Il y a des mots qu’il est assez vain de vouloir définir, dans la mesure où la définition, dans son énoncé même, suppose implicitement que l’on saisisse déjà le sens du terme qu’on prétend expliciter. Il en va ainsi du mot «pénurie». «Pénurie», dit le dictionnaire, est le «manque de ce qui est nécessaire». Au Cameroun où le carburant manque depuis quelques jours, le gouvernement a, sous la plume de Gaston Eloundou Essomba, le 11 décembre dernier, emprisonné le sens du mot dans une curieuse formule: «perturbation dans l’approvisionnement en carburant». À cette heure où le peuple, bidons en mains, s’agglutine devant les stations-service, l’observateur attentif des évolutions de la situation ne peut s’empêcher de conclure que le sens du mot «pénurie» est obscurci par les efforts des pouvoirs publics pour l’éclaircir.
En proposant d’articuler la «perturbation dans l’approvisionnement en carburant de type Super des principales villes du pays, notamment Yaoundé, Douala et Bafoussam» et «le retard dans l’arrivée de trois navires dû aux conditions météo-océaniques défavorables», le gouvernement a légiféré et légalisé la pénurie de carburant. Il a dénaturé et minimisé les conséquences immédiates ou ultérieures de la situation, en annonçant «un retour à la normale dès le 12 décembre».
À rebours de ce récit officiel, une seule évidence se dresse comme une cathédrale, selon Dieudonné Essomba. Pour l’économiste-statisticien, «les pénuries du carburant s’expliquent simplement: il n’y a pas de devises». Après avoir réuni quelques réflexions sur ce thème, à la fois merveilleux et très difficile à appréhender, Dieudonné Essomba entrevoit le pire. «Les Camerounais, dit-il, doivent donc se préparer à mener une vie misérable de ver de terre pendant 20 ans encore. Contrairement à ce qu’ils croient, ils subiront l’augmentation des prix».
«Il faut s’attendre à l’augmentation des prix à la pompe en 2024, d’une valeur ne dépassant pas les 100 FCFA par litre, le même scénario se produira en 2025. Sans nier l’importance de ces préoccupations et d’autres qui s’y rattachent, des sources au ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee) renseignent que le gouvernement et d’autres experts travaillent à juguler les effets d’une éventuelle pénurie de carburant en fin d’année 2023. Selon nos informations, le Cameroun envisage donc d’importer au moins 660 000 tonnes de produits pétroliers (soit 54,6% de gasoil, 36,4% de super et 9% de kérosène). Pour couvrir la demande nationale pour la période allant d’octobre à décembre 2023 et janvier 2024», écrivions-nous déjà dans notre édition N°571 du lundi 21 août 2023.
Dès lors, la correspondance de Ferdinand Ngoh Ngoh adressée à Gaston Eloundou Essomba le 14 décembre dernier ne peut que susciter un sentiment mortifiant. En effet, si l’on sent bien qu’elle ne s’interdit pas d’aborder le sujet régalien de l’«approvisionnement national en carburants», cette correspondance se moque en permanence de la vérité. Une vérité dessinée avec finesse par le Fonds monétaire international (FMI). Depuis des lustres, ce «gendarme» glisse des notes sous l’oreiller du gouvernement. Sous forme d’abécédaire, ces notes donnent le ton de ce que le gouvernement doit faire de toute urgence. Il s’agit de supprimer complètement les dépenses ayant trait aux subventions des carburants dans l’optique de créer un espace budgétaire pour financer les investissements productifs et les dépenses sociales.

Jean-René Meva’a Amougou

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