Pêche durable : un Comité Madagascar Bretagne à l’Exposition universelle ?

En 1937, la Bretagne avait son propre pavillon à l’Exposition internationale des Arts et des Techniques appliqués à la Vie moderne, autrement dit l’Exposition universelle. Il s’agissait d’un thonier « moderne », fruit d’un savoir-faire en matière de haute technologie navale.

 

L’ambassade de France au Japon a annoncé le lancement de l’appel à projet mené par la compagnie française des expositions (Cofrex) pour la conception et la réalisation du Pavillon de la France prévu à l’exposition universelle Osaka en 2025. Madagascar et la Bretagne pourraient-elles encourager la conception d’un nouveau thonier « moderne », fruit du savoir-faire croisée entre les deux territoires, et le présenter en baie d’Osaka dans un plaidoyer commun en faveur de la pêche durable. 86 ans en arrière, ce sont les chantiers Krebs de Concarneau qui s’occupèrent de la construction du navire conçu pour l’Exposition de 1937. Celui-ci fut baptisé Jean Charcot du nom du célèbre explorateur, chef d’une emblématique mission au pôle nord (1933), disparu en mer quelques mois plus tôt. Le thonier fut inauguré le 11 mai 1937 en présence du préfet du Finistère, de la veuve de Charcot et d’Octave-Louis Aubert, président du Comité de Bretagne. A 15h30, devant une foule nombreuse, le navire levait enfin l’ancre. Réinventer une relation étroite entre les îles de l’océan indien et la Bretagne n’est pas une nouveauté en soi.

L’inscription des goélettes bretonnes de Madagascar à l’UNESCO comme patrimoine culturel
immatériel en est l’illustration.
Grâce à l’apport de charpentiers bretons, le savoir-faire du bois en matière de haute technologie
navale s’est métissé avec les connaissances de charpentiers et compétences locales Malgaches. Cette alchimie fut le résultat d’un apprentissage transfrontalier permettant d’adapter les goélettes bretonnes au contexte insulaire indianocéanique. Aujourd’hui, Madagascar travaille à une inscription de ce savoir-faire transfrontalier et transocéanique à l’UNESCO, tant l’histoire insulaire est riche sur le sujet avec les communautés les plus diverses. La communauté des Zafimaniry est la dernière
dépositaire d’une culture originale de travail du bois, autrefois très répandue dans toute l’île.
Mais citons une histoire encore plus étonnante au sujet du pavillon des Indes de Saint-Malo. Sans doute inspiré du Royal Pavilion de Brighton, ce Taj Mahal balnéaire fut commandé par le prince de Galles, futur Edouard VII pour représenter les Indes britanniques à l’Exposition universelle de 1878. A la fin de l’exposition, les deux parties furent vendues séparément. La principale fut ainsi transférée
vers la station balnéaire de Saint-Malo (Paramé) mais endommagée par un coup de vent puis détruite vers 1905 par une violente tempête. Il semblerait que des pièces du pavillon aient été cédées à la République d’Haïti, jusqu’à la chute du Président Salomon, puis enfin vendues au Royaume de Hawaï pour ériger son propre pavillon.
La réserve de Papahānaumokuākea, dans les eaux d’Hawaï, compte parmi les plus vastes aires marines protégées du monde. Une étude démontre que les stocks de plusieurs espèces de thons se sont reconstitués autour de la zone. Reconstitués, remodelés, réinventés, les pavillons d’Expositions universelles représentent des malles légendaires offertes aux îles et aux régions pour naviguer dans le monde.


Kevin LOGNONÉ

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