Parité Homme-Femme: le «leadership féminin» en question

Le 8 mars prochain, de concert avec la communauté internationale, le Cameroun va célébrer la 36ème édition de la Journée internationale des droits de la femme. ONU-Femme a placé cette édition sous le thème: «Leadership féminin: Pour un futur égalitaire dans le monde de la Covid-19». Au Cameroun, l’évènement va se dérouler dans un contexte principalement marqué par l’achèvement du processus institutionnel de décentralisation, avec l’installation des présidents des régions. Le tableau de la représentativité des femmes au sein du processus de décision peut donc être mieux questionné. Quelles sont les avancées du Cameroun en matière d’égalité homme-femme dans la gestion des affaires publiques?

Le Cameroun a enregistré les progrès notables dans la participation des femmes en matière de gestion des affaires publiques. Cependant, la marge de progression vers l’objectif 50-50 est encore hors de portée. En effet, en ce qui concerne la représentativité au sein du gouvernement, les femmes ont gagné des postes de responsabilité. Le gouvernement de 2011 était constitué de 14,8% de femmes ministres et assimilées contre 85,2% d’hommes. Un chiffre en nette augmentation en comparaison au gouvernement de janvier 2019, dans lequel on enregistre 16,4% de femmes ministres et assimilées contre 83,6% d’hommes.

À l’Assemblée nationale, elles sont 61 à figurer parmi les 180 députés pour la législature 2020-2025, soit 34% comparativement au 31,1% pour la législature de 2013-2018. Le Sénat, quant à lui, enregistre 26% d’effectif féminin contre 74% d’hommes (2018-2023). Par ailleurs, entre la proportion des hommes et celle des femmes inscrites sur les listes électorales a connu une progression remarquable. En 2007, on comptait 35% de femmes inscrites sur les listes électorales contre 65% d’hommes. En 2019, l’écart s’est réduit avec 48% de femmes contre 52% d’hommes (Elecam 2019).

Les évolutions semblent plus modestes, bien que réelles, pour les élues locales. Le nombre de femmes élues à la tête des exécutifs communaux est passé de 28 sur 360 en 2013 à 33 lors du scrutin législatif de février 2020. Passant ainsi d’un taux de 7,7% en 2013 à 9% en 2020. La modestie de cette progression s’illustre notamment par l’absence de femmes parmi les 14 super-maires, ainsi qu’à la tête des dix exécutifs régionaux (voir tableau 1).

Cette sous-représentativité à des postes électifs peut d’une part s’expliquer par le faible engagement des femmes en politique. En effet, sur plus de 303 partis politiques légalisés (en 2016), moins de 5% sont dirigés par des femmes (Bucrep 2020). Cependant, le code électoral de 2012 prescrit la prise en compte des femmes sur les listes de candidats pour les élections municipales, législatives et sénatoriales, sans quota fixe.

Au niveau des entreprises et des établissements publics, la sous-représentativité des femmes aux postes de dirigeants est criarde. En ce qui concerne les entreprises publiques, seulement six1 d’entre elles sont dirigées par les femmes sur les 34 que compte le pays (Ref, 4 mai 2020) 2. Tendance au même niveau des établissements publics où seulement six3 d’entre elles sont dirigées par les femmes contre 69 pour les hommes (Ref, 20 février 2021).

Malgré les efforts consentis ces dernières années, avec notamment l’adoption en 2015 d’une stratégie nationale pour promouvoir l’égalité homme-femme, le Cameroun reste en bas de classement en matière de lutte contre les disparités entre les genres. Avec un indice d’inégalité de genre de 0,869 dans le rapport 2020 de la Banque mondiale portant sur «les femmes, l’entreprise et le droit» 4, le Cameroun est classé 159ème sur 187 économies évaluées avec un score de 56,88.

Une position qui éloigne actuellement de l’objectif 50-50 d’ici à 2030. La seule recommandation serait déjà de veiller à la mise en œuvre de la «Politique nationale du genre» (PNG), adoptée en 2015 et qui vise à créer un environnement protégé les femmes en leur assurant un accès égal aux services sociaux ainsi qu’une égalité des droits et des opportunités.

Benjamin OMBE-Journaliste consultant en intelligence stratégique
Auteur: «Le Cameroun en prospective: Évaluation critique des Objectifs du développement durable», Harmattan, septembre 2020, 243 P.


Fin de la série

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