Otto Fils Owona Mbida : «Neuf régions au Cameroun et six pays en Afrique pratiquent le Ndamba-Along»

L’inventeur du Ndamba-Along parle de son ambition nationale et continentale pour cette discipline sportive.

Pouvez-vous nous dire ce que sait que le Ndamba-Along?
Le Ndamba-Along est une discipline sportive collective mixte qui met aux prises sur un terrain de 30 m de longueur et 12 m de larguer deux équipes mixtes constitués à la fois de joueurs de sexe masculins et féminins. Ce terrain est divisé en plusieurs bandes ou les joueurs se déplacent debout à cloche-pied sur la jambe droite. La gauche bien levée, lorsqu’ils sont dans leur zone de jeu. Parce que si la jambe est mal levée, c’est une faute, et dans la zone centrale, les joueurs des deux équipes se déplacent en station accroupie, soit aux sauts de grenouille, ou aux pas de canard. Si vous êtes mal accroupi dans la zone centrale, c’est également une faute.
Maintenant dans la zone adverse, chacune des équipes se déplace dans la zone adverse de l’autre équipe en sautant sur le pied gauche et en levant bien la jambe droite. Au Ndamba-Along, le ballon est joué de la main, de la tête, de la poitrine ou des épaules pour tirer le ballon dans l’Along qui est le trou en Beti, afin d’obtenir le point. La partie est remportée par l’équipe ayant inscrit le plus de points à la fin du match, qui dure 48 minutes pour les juniors et moins de minutes pour les cadets et les minimes. La partie est officiée par 7 arbitres compte tenu de la vigilance qu’exige la discipline. Un central, deux juges mobiles, un commissaire de match et son rapporteur, et deux juges fixes. C’est le même ballon utilisé au handball.

D’où est venue l’idée de Ndamba-Along?
L’inspiration est sur plusieurs bases. La première base est que depuis la tendre enfance, nous sommes bercés par de nombreuses disciplines sportives et notre curiosité nous faisait voir que les disciplines ne sortent que d’ailleurs, soit d’Europe, soit d’Amérique ou d’Asie. Je me suis dit pourquoi nous ne pouvons pas modestement concevoir une discipline sportive qui soit originaire du continent africain. Petit à petit, on a commencé à mettre sur pied des principes de jeux. Ensuite, on a affiné les règles de jeu, les dimensions des terrains de jeux. Au départ, quelque chose qui semblait être un amusement s’est transformé en devoir pour nous, au point d’être un défi à relever.

Est-ce que vous pouvez nous faire l’histoire du Ndamba-Along?
Pour la petite histoire, je suis dans la zone industrielle proche de Bassa, dans l’arrondissement de Douala 3e où je vivais avec une grande sœur aujourd’hui décédée. C’est chez elle que j’ai eu l’inspiration. J’ai pris quelques jeunes du quartier avec qui nous faisions des expériences de jeux. Le déclic naît le jour où je décide de présenter le premier match d’exhibition. C’est ce jour que je me rends compte qu’au fait, ce que je fais n’est pas un simple jeu. C’était alors un ensemble d’activités que je mettais sur pied vu le nombre de personnes présentes lors de cet évènement qui s’est joué le 27 juillet 1997 dans la zone industrielle citée plus haut.

Qu’elles ont été les difficultés pour aboutir à ce résultat?
Notre parcours s’est heurté et continue à se heurter à des difficultés que nous essayons de transcender par notre détermination et surtout par les encouragements psychologiques que nous recevons de part et d’autre. Les toutes premières étaient de faire comprendre à certaines autorités ce que c’est que cette discipline. Il n’est pas facile d’expliquer à quelqu’un quelque chose qui n’est pas une réalité pour lui. L’autre difficulté est survenue lorsque nous avons commencé à vulgariser la discipline dans certains établissements scolaires. Il y en a qui étaient complètement réfractaire du fait de l’ignorance de la discipline. Beaucoup nous renvoyaient à devenir une fédération, or c’est comme demander à un inventeur de mettre la charrue avant les bœufs. Vous ne pouvez pas être une discipline naissante et être une fédération en même temps. Une discipline naissante construit des joueurs, des équipes, des associations qui deviendront une fédération sportive. Certains nous disaient qu’ils sont favorables si nous sommes une fédération, dans l’échange de langage d’interprétations. Ces difficultés se retrouvaient dans certaines administrations où les gens voulaient souvent nous imposer les critères des disciplines qui ont pignon sur rue. Nous avons fini par comprendre que pour ne pas être assommé par ce genre d’obstacle, on tourne le dos et on se focalise là où nous sommes reçus et c’est ainsi que de fil en aiguille, on a réussi à faire des équipes et c’est pourquoi vous voyez le nombre d’équipes que vous avez aujourd’hui. Dans les 10 régions que compte le pays, neuf pratiquent le Ndamba-Along. Sur le continent africain, nous avons déjà 6 pays à savoir: le Benin, la Côte d’Ivoire, le Congo, le Togo le Tchad, le Nigéria.

Est-ce que le gouvernement camerounais vous accompagne dans la vulgarisation de cette discipline sportive?
Le gouvernement ne nous accompagne pas encore, ça fait partir des difficultés que je voulais évoquer précédemment. Nous n’avons pas encore un soutien pour le développement et la vulgarisation de la discipline, nous essayons de nous battre pour que la discipline se retrouve à l’échelle que vous voyez aujourd’hui. Nous nous apprêtons à célébrer le 25e anniversaire de la discipline, à travers un tournoi africain. Mais, pour vous dire vrai, nous n’avons aucun appui, aucun soutien du gouvernement jusqu’ici. Nous attendons et nous espérons que peut être, l’ensemble de nos activités pourront déclencher cet appui.

De quel appui bénéficiez-vous au plan continental?
Déjà le fait de m’entêter à organiser la première compétition du Ndamba-Along est pour moi une façon de rendre honneur à la terre de nos ancêtres et à notre cher et beau pays le Cameroun. Mais, malheureusement, je me suis heurté aux difficultés que vous connaissez. Une discipline comme celle-ci, la majorité des invités attendent que vous assuriez leurs frais de déplacement, leurs ébergements, leurs restaurations et les récompenses. Nous essayons de nous battre comme nous pouvons pour qu’au moins cette première compétition se tienne. Puisque si nous attendons les aides des autres, le Ndamba-Along ne serait pas encore pratiqué dans 6 autres pays et dans 9 régions au Cameroun, nous continuons à nous battre.

Parlez-nous de la région qui fait problème?
C’est l’insécurité qui nous amène à tempérer dans la région du Sud-Ouest. Dès qu’il y aura accalmie, nous allons nous déployer là-bas.

Où est-ce qu’on pratique cette discipline?
Nous avons élaboré un plan de développement et de vulgarisation depuis 2012, qui malheureusement tarde à trouver les partenaires dans son accompagnement. Nous faisons avec nos modestes moyens, pour que ce plan de développement et de vulgarisation suive son cour. Nous avons commencé par la région du Centre qui est la capitale du pays, ensuite nous avons poursuivi par le septentrion, après on a recyclé dans le littoral qui est la zone dans laquelle j’avais conçu la discipline. La région de l’Ouest a suivi et puis on a terminé dans les régions du Nord-ouest, l’Est et le Sud. C’est dans ce canevas que nous arrivons dans une ville et nous disons que tout le monde ne peut pas pratiquer le Ndamba-Alons. Les lycées et collèges qui nous ouvrent les portes, nous formons les joueurs et les équipes dans ces établissements. Ceux par contre qui ne le font pas, pour ne pas perdre du temps nous partons ailleurs.

Est-ce qu’on peut avoir les noms des établissements qui vous accompagnent dans ce développement et cette vulgarisation?
Dans le Centre, à Yaoundé, nous avons l’Institut Petou, le Lycée de Mendong, le Lycée de Mimboman. Dans l’Adamaoua, vous avez le Lycée technique et le lycée classique. À Garoua, vous avez le lycée technique, le lycée classique et lycée de Djamboutou et aussi le Cenajes. Dans l’Extrême-Nord, vous avez le Lycée classique et moderne de Maroua. À Bafoussam, nous avons le Lycée classique de Bafoussam. À l’Est, nous avons le Cenajes de Bertoua et celui de Bamenda. À Douala, nous avons le Lycée de Deido, à Ebolowa, nous avons le Lycée rural d’Ebolowa qui a une équipe de Ndamba-Along.

On imagine donc qu’il existe des démembrements?
Oui, nous avons des responsables régionaux. La discipline se pratique, c’est une forme de mise sur pied des bases de la vulgarisation régionale de la discipline.

Vous vous constituez déjà en fédération?
Nous suivrons peut-être la formule de fédération, mais nous risquons de nous éloigner de cette formule pour plusieurs raisons. L’expérience démontre sur le plan national que beaucoup de fédérations, qui s’appellent fédération ont des difficultés à se mouvoir. Le ministère des Sports et de l’Éducation physique est soumis à des contraintes budgétaires quand il s’agit des disciplines comme les nôtres. Si les disciplines qui ont pignon sur rue ont parfois la peine à bénéficier du soutien gouvernemental. C’est dans ce sens que nous voulons fonctionner avec des partenaires qui ne sont pas forcément gouvernementaux. Parce que si nous voulons que le Ndamba-Along survive, que les pratiquants du Ndamba-Along aient une pérennité en tant que joueurs, nous devons trouver d’autres formes de moyens qui puissent être des partenaires qui soutiennent nos activités. Nous tenons à aller vers le modèle américain, ils n’ont pas de ministère de sport et d’éducation physique. Mais, regardez comment le sport a une autre ampleur là-bas, à travers les partenaires. Nous ne voulons pas être une vache qui n’a pas assez de lait.

Quel est le message que vous passez à travers l’organisation de cette compétition?
Le message est simple, l’Afrique regorge de nombres talents sportifs. Il n’est pas compréhensible que ce continent qui est la mère de beaucoup de sportif dans le monde, n’ait pas de discipline sur l’échiquier international en dehors de la lutte sénégalaise que vous voyez. Pour nous, les Africains doivent s’approprier le Ndamba-Along pour que ça soit une discipline du continent. L’autre message est que les sportifs de tout âge ont désormais une discipline qui leur permet de se mouvoir. La preuve, il existe des particularités comme le coté mixte, le coté athlétique, le coté équilibres qui sont des atouts qui caractérisent l’Africain. C’est un sport qui rassemble, dans une même équipe, les deux sexes. Dans un match qui compte 10 joueurs, 5 sont obligatoirement des femmes, on retrouve également des handicapés.

À quel âge se pratique le Ndamba-Along?
Dès que l’enfant est apte à pratiquer un sport, il est accepté. La chose que nous demandons est que l’enfant ait assimilé tous les exercices préparatoires, physiologiques et psychologiques. Lors des matches, il faut bien s’échauffer pour éviter des désagréments. Sans oublier qu’il y a des catégories comme au football.

Où est-ce que le tournoi va se dérouler?
Il se déroule ici à Yaoundé au Palais des Sports. Il est baptisé «Regroupement stage tournoi international du Ndamba-Along». Parce que nous voulons profiter et montrer aux délégations les règles du Ndamba-Along, afin qu’elles puissent mieux les assimiler et les mettre en exergue lors de la compétition. Le tournoi avait été prévu du 23 au 30 juillet 2022. Mais, en raison du calendrier de l’occupation de cette enseigne, nous l’avons bousculé de la période du 8 au 13 août. Nous nous battons avec quelques partenaires pour soutenir ces charges, bref tout ce qui couvre la compétition.

Aucune structure ne s’est prononcée jusqu’ici?
Nous sommes encore en pourparlers, nous attendons qu’ils nous donnent leurs réponses, qu’elles soient positivent ou négatives.

Où se trouve le siège du Ndamba-Along?
Il se trouve au quartier Ayéné en face de l’Université catholique de Coron à Ekounou III. Il possède également un site en ligne (www.ndamba-Along.com) avec une existence sur les plateformes comme YouTube, WhatsApp. Nous souhaitons que les responsables des médias de masse nous comprennent.
Interview réalisée par
André Gromyko Balla

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