Orientation scolaire : Débats à la cour d’histoires

Quelques jours avant la tenue de la Journée nationale y relative, l’écho d’un face à face retentit déjà entre le gouvernement, les professionnels et le public.

Joseph Bomda,
Conseiller d’orientation – Psychosociologue

L’orientation scolaire est une thématique à débats, controverses et parfois dissensions plus ou moins passionnelles. Dans un contexte camerounais d’exacerbation de la compétition scolaire, au sein d’un pays qui fait la part belle aux diplômes, le pari consiste à effectuer un ou des choix qui augurent d’un avenir professionnel et social favorable. Les élèves déplorent un manque d’écoute de la part de conseillers se fondant uniquement sur les résultats scolaires. Ici et là, de nombreux faits divers se font l’écho de conflits parfois violents opposant parents et professeurs.

Cette orientation subie apparaît comme un point de tension essentiel. Tout cela a des causes: «manque de transparence des procédures, effet anxiogène sur les familles, tri social, orientation par l’échec, filières professionnelles dévalorisées, enseignants insuffisamment impliqués… Du collège à l’université, la chaîne de l’orientation scolaire est défaillante», indique Boniface Mbarga; pour le conseiller l’orientation scolaire en service au Minesec, «jusqu’ici, les résultats décevants du système éducatif conduisent à s’interroger sur l’efficacité du processus d’orientation; il faut le rendre plus transparent et plus juste», par la publication et l’explication du barème et des critères».

Numérique
Dans cette veine, certains souhaitent la digitalisation du processus. Suscités par l’organisation d’ici fin octobre de la Journée nationale de l’orientation scolaire 2022, les débats sur la question attestent déjà de positions radicalement opposées. «On est donc en droit de se demander si les CO camerounais sont suffisamment outillés pour qu’on envisage les voir digitaliser l’OSP.

Dans le cadre de leur formation initiale et continue, pour les chanceux, des enseignements en digitalisation de l’OSP existent-ils? Les CO camerounais possèdent-ils les compétences technologiques minimales pour des interventions à distance à l’exemple de l’analyse de contenu d’un courriel ou d’un entretien audio-téléphonique?», s’interroge par exemple Joseph Bomda. Ph D, Conseiller d’orientation – Psychosociologue, il poursuit son questionnement: «Sérieusement, si déjà l’intégration professionnelle des CO est si laborieuse et disqualifiante, qu’en sera-t-il de la digitalisation dans un contexte de pénurie des ressources matérielles indiquées? Le MINESEC a-t-il seulement conscience que la prime de documentation et de recherche des CO sur laquelle on aurait pu actionner pour les fédérer autour du projet de la digitalisation de l’OSP ne leur ait pas payée depuis 2002 (cf. № 2002/040 du 04 février 2002) au mépris de leur droit à la rémunération pourtant prévu et protégé par le statut général de la fonction publique (cf. art. 24 du décret 94/1999 modifié et complété par le décret N° 2000/287)?»

Griefs
En face, la vindicte populaire est formelle. Certains, comme Maguy Éléonore Tabi, pensent que le CO est «trop nul, incompétent, au courant de rien, inutile et avide de nomination dans d’autres administrations publiques plus juteuses». «Comment comprendre qu’en plus de toutes les carences auxquelles le public fait allusion, vienne s’ajouter le manque de cohésion entre différents acteurs de l’éducation? Quand ce n’est pas la direction de l’établissement qui refuse de libérer des plages horaires pour les différentes activités d’orientation, ce sont des propos malveillants des collègues des autres disciplines, propos qui cachent mal leur ignorance sur l’importance voire la nécessité de l’orientation-conseil ou alors leur complexe empreint de jalousie», rétorque Boniface Mbarga. Cette série d’allers retours prouve, s’il en était besoin, l’urgence d’aborder ce délicat sujet.

Ongoung Zong Bella

 

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