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Nsem : Du péché de l’obscurité à la surprise de l’énergie solaire

Les populations de cette petite localité enfouie dans le département de la Haute-Sanaga (région du Centre) viennent officiellement de recevoir leur centrale photovoltaïque au cours d’une cérémonie présidée par Gaston Eloundou Essomba, le ministre de l’Eau et de l’Energie (Minée).

Et la lumière fut à NsemEntrée sud de Nsem, ce 24 août 2018. Nous sommes à 6 heures de route de la capitale, Yaoundé. Une alchimie de lumières vives conjugue nostalgie, beauté de l’image et sérénité. Chaque maison s’illumine au moins d’une farandole d’ampoules électriques. Des femmes ou des gamins ouvrent leur maison à la visite. Histoire d’apprécier la nouvelle vie d’une communauté qui salue, à sa manière, l’énergie solaire. Déjà, les couloirs extérieurs du centre de santé sont éclairés. La salle d’accouchement, les bureaux et les chambres des malades aussi. Il y a même un réfrigérateur.

Au grand carrefour, des lampions dansent avec le vent devant la brigade de gendarmerie. Quelque part à l’orée, un moulin à maïs tourne. Au loin, la fumée monte des cheminées d’une scierie. Elle revit après un dépôt de bilan forcé par le manque d’énergie.

A la place des fêtes, des majorettes, à travers leurs circonvolutions corporelles, intègrent dans leur numéro le bonheur des 2 000 âmes qui vivent ici. «Le solaire nous a sauvés», scandent-elles sous les youyous. La musique s’en mêle par haut-parleurs, pendant qu’un humoriste distille, la doxa locale à travers un haut-parleur aussi. «Nsem veut dire le péché, mais veut aussi dire la surprise», renseigne le comédien qui se vante de pouvoir «enfin» boire ici, des boissons glacées. Cela lui inspire une bouffonnerie: «Nsem n’est plus dans l’obscurité du péché, mais dans la surprise de l’énergie solaire».

Impact économique

Comme chacun le sait, les ancêtres ont intercédé auprès des dieux du ciel afin qu’ils délèguent le gouvernement et le géant chinois Huawei pour qu’ils installent ici, une centrale photovoltaïque de 80 KW. Et parce que Nsem a deux manières d’appeler la grâce de ses aïeux, le maire ne néglige aucune. Devant Gaston Eloundou Essomba, le ministre de l’Eau et de l’Energie (Minée), l’édile de Nsem fait d’abord une incantation en bamvele, le dialecte courant. Dans la suite qu’il déballe, Benjamin Dona l’ouvre par des anecdotes qui vont bien, selon lui. «Nsem est un village enclavé, difficile d’accès en période de saison des pluies. Le réseau national d’électricité s’arrête à Nanga Eboko (90km), à Minta (70 km) et à Bélabo (70 km), arrondissements les plus proches. Pis encore, le barrage de Lom Pangar. De ce projet, Nsem ne subit que des effets néfastes de la pollution de son écosystème», énumère le premier magistrat de la ville.

Son discours est une bonne occasion d’apprendre qu’avec la centrale photovoltaïque, les populations d’ici et celles des 17 hameaux environnants ont «un vrai courant». «Pas celui du vieux groupe électrogène aux fonctionnalités étalées entre 18 heures et 22 heures. Le courant de Nsem maintenant, c’est 24 heures sur 24, le Kwh coûte 100 francs CFA seulement contre 375 francs CFA auparavant».

Et avec cela, il y a possibilité de voir plus grand. «Nsem peut déjà créer des emplois grâce aux activités génératrices de revenus», balance le maire annonçant une huilerie moderne dans les prochains jours. Et comme s’il se reproche trop de délicatesse et simple effleurement, Benjamin Dona lâche : «Nsem dépasse déjà Paris». Simple hyperbole, que non ! Les statistiques municipales affichent un total de 39 touristes belges et américains en deux semaines. «Ils sont venus visiter la nouvelle ville lumière du monde», signale joyeusement le dignitaire traditionnel, sur fond de carnaval… Au grand bonheur de Pierre Ismael Bidoung Mpkatt, élite de la Haute-Sanaga.

Bien précieux

Seulement, la cérémonie de ce jour a un libellé. Gaston Eloundou Essomba, le rappelle : «Il s’agit du lancement officiel de la phase de commercialisation et surtout de rétrocession des équipements de la centrale aux populations afin qu’elles prennent conscience du rôle à jouer dans la sécurisation de ce bien qui est le leur», dit le Minée. Ce dernier n’est pas venu les mains vides. Il remet quelques kits au maire. Il dit tout l’attention que les pouvoirs publics portent sur la durabilité de l’infrastructure. «Il faut en faire bon usage, car l’ensemble prévu a coûté cher», lance-t-il à l’endroit du maire.

En clair, «cher» c’est 106 millions de dollars ou environ 53 milliards de francs CFA, dont 7 milliards de francs CFA pour le Cameroun et 46 milliards de francs CFA pour la partie chinoise. Les fonds mobilisés sont, dit-il, obtenus grâce à un emprunt crédit-acheteur chez le partenaire chinois Huawei, pour 166 localités camerounaises.

Jean-René Meva’a Amougou,

envoyé spécial à Nsem

Ils ont dit… 

Gaston Eloundou Essomba, Minée

«Nsem n’est plus le même»

«Cela fait du bien quand on voit des populations qui, il y a quelques années, étaient désespérées car ne disposant pas de l’une des commodités de base de la vie moderne. Aujourd’hui, on est passé du lointain rêve à la réalité palpable sur le terrain. Désormais, Nsem a du courant, du courant propre et bénéfique. Avec ses partenaires chinois, le gouvernement de la République là un schéma de simplification de la vie. En effet, grâce à cette infrastructure de dernière génération, le quotidien de cette localité n’est plus le même comme vous le constatez vous-mêmes. Reste maintenant à nos concitoyens de nous accompagner à travers des comportements citoyens».

Mveng Ebgwang, sous-préfet de Nsem

«Nous avons élevé des prières»
«Je n’ose pas vous décrire toute la vie à Nsem lorsque nous arrivions ici, il y a quelque temps. L’image la plus pénible que j’ai retenue, c’est celle d’une nuit au cours de laquelle une femme a perdu ses triplés dans notre centre de santé lors d’un accouchement, dans l’obscurité la plus sauvage. J’y suis allé moi-même voir l’horrible scène. Je dois vous dire que, avec le curé, les deux imans et tout le reste, nous avons élevé des prières pour avoir le courant juste à cause de ce drame. Dieu nous a écoutés et voici le courant. Notre courant à nous à moindre coût grâce au gouvernement. L’administrateur que je suis est comblé parce qu’une promesse se réalise sous ses yeux. C’est l’occasion de dire aux citoyens des autres localités du Cameroun de ne pas désespérer. Le gouvernement, malgré les temps difficiles tient à ce que tout Camerounais, où qu’il soit, fait l’objet d’une attention des pouvoirs publics. Aujourd’hui, c’est Nsem, demain qui sait. Seule la paix peut nous permettre de bénéficier de telles choses».

Benjamin Dona, maire de Nsem

«Les ancêtres l’avaient prédit»
«Si les ancêtres de Nsem pouvaient revenir des morts, ils ne seraient pas surpris de voir ce que nous vivons aujourd’hui. Ils l’avaient prédit il y a au moins deux siècles. On pensait que ce n’était qu’une simple allégorie. Les Bamvele sont fiers de cette veille de leurs aïeux. Ils ont vu la misère de leurs rejetons et ont actionné le levier gouvernemental pour que le courant arrive ici. La fête n’est pas finie. Nous allons faire un rite quand vous serez partis pour dire notre gratitude à nos ancêtres, puisqu’on est sûr d’avoir de l’énergie à toute heure. Nous on ne connaît pas de délestage, c’est cela qui nous rend si fiers».

Propos recueillis à Nsem par

Jean-René Meva’a Amougou

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