Nord- Ouest et Sud- Ouest du Cameroun : La rentrée des batailles rangées

Dans la guerre à trois autour de la rentrée scolaire dans la zone anglophone du pays, l’armée mise sur la géostratégie, les séparatistes et la rue tablent sur l’émotionnel.

L’un des visages de l’affrontement larvé sur les réseaux sociaux

Le chœur gouvernemental le dit : les enfants iront à l’école partout au Cameroun en cette année scolaire. «Forcément puisque tout a été orchestré pour cela !», a martelé Laurent-Serge Etoundi Ngoa. Le ministre de l’Education de base s’exprime lors d’une conférence de presse le 26 août à Yaoundé. «Le 2 septembre 2019, dans toutes les parties du territoire camerounais, l’on va assister à une rentrée scolaire effective, dans le calme et la sérénité», informe le ministère de la Défense (Mindef), juste après la réunion d’évaluation sécuritaire présidée par Joseph Beti Assomo le 30 août dernier à Yaoundé.

Dans sa livraison du même jour, Cameroon Tribune (CT), quotidien gouvernemental, donne la parole au capitaine de frégate Cyrille Serge Atonfack. Le chef de la division de la communication du Mindef montre bien que la géostratégie est au cœur de la campagne autour de la rentrée scolaire menée par les militaires. Ils l’ont baptisée «Lundi 2 septembre 2019». Selon le communicant du ministère camerounais de la défense, elle consiste d’une part, à convaincre les populations des bienfaits de l’école ; et d’autre part, à vaincre les réticences et la peur que les citoyens éprouvent quant à la sécurité de leurs enfants.

Dans le corpus de cette campagne, un premier coup de sonde permet de voir une armée fougueuse, en spectacle dans une rhétorique à valeur dissuasive. Dans le second, l’opération «Lundi 2 septembre 2019» entend passer «de la caricature agressive à la symbolique moralisante», selon la formule du sociologue Bruno Mbog. Dans leur déploiement, les bidasses procèdent à l’incantation au «retour à l’école». «Les forces de défense et de sécurité doivent plus que par le passé prendre toutes les dispositions pour une sécurisation optimale de la rentrée scolaire, par la protection des écoles et des enseignants», exhorte Joseph Beti Assomo, repris par CRTV Web le 30 août 2019. Il y a certes à cela une certaine logique, à en croire le capitaine de frégate Cyrille Serge Atonfack. Dans CT, il affirme: «Pour nous autres des forces de défense et de sécurité, cette mission est un combat citoyen et existentiel que nous entendons mener avec honneur et fidélité, jusqu’à son terme, partout où besoin sera».

Réplique
Dans le même temps, les séparatistes sont dans un grand programme de communication. Il s’agit d’un système construit depuis quelques temps (selon des sources) et qui contribue à forger une sensibilité «Dead school» partout dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest. À travers les réseaux sociaux, les «Amba boys» reprennent exactement le contraire de la rhétorique du Mindef ; ceci à l’aide d’images permettant à tous les parents d’identifier la situation à celle que peut vivre leur propre enfant, si jamais ce dernier désobéit aux mots d’ordre. En dehors d’accuser Etoudi d’une multitude de péchés, les sécessionnistes ne cessent de superposer détermination à imposer le solgan du «No school here this year» (Pas d’école ici cette année). Visée: provoquer le revirement de toutes les masses séduites par les pouvoirs publics, des élites et quelques acteurs de la société civile.

Pour les aider à parvenir à leurs fins, un océan d’images arrive du côté des particuliers. Aussi revigorants que puissent paraître les post de l’armée, les clichés envoyés par les «filmeurs de choses» anonymes visent à montrer que pour cette seule rentrée 2019-2020, il existe d’autres possibles, surtout dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

C’est tout le sens de la présence d’un collège de prélats à l’Immeuble Etoile le 30 août 2019. Conduite par le cardinal Christian Tumi, la délégation qui a rendu visite à Chief Joseph Dion Ngute était venue faire part de la situation sur le terrain au Premier ministre. Equinoxe télévision rapporte qu’«une compilation d’anecdotes captées sur terrain a permis à l’archevêque émérite de Douala de plaider en faveur de la tenue rapide d’une session de dialogue politique national inclusif au Cameroun».

Open School Now
En addition à l’opération «Lundi 2 septembre 2019» du ministère de la défense, les hautes autorités du pays ont lancé depuis une dizaine de jours une campagne de sensibilisation baptisée «Open School Now in North West and South West». Cette campagne sur les réseaux sociaux consiste à diffuser des images de personnes présentant des messages sur l’importance de l’école pour tous les enfants du pays, et surtout la nécessité de la réouverture des écoles dans la partie anglophone du pays. Toutes les catégories socio-professionnelles du pays sont sollicitées pour cette campagne, qui ne manque d’indexer en les nommant celles des personnalités potentiellement soupçonnées d’intelligence avec l’ennemi.

On s’en doute, une contre-campagne épinglant les hautes autorités du pays a spontanément vu le jour sur les mêmes réseaux sociaux. Elle consiste à diffuser des messages prenant le contre-pied du discours gouvernemental sur la rentrée scolaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Les activistes de la cause anglophone sur Internet n’hésitent pas à revendiquer le dialogue national inclusif comme préalable à un retour de l’école dans cette partie du pays. Qui gagnera cette bataille symbolique de la rentrée scolaire ? Wait and see.

Jean-René Meva’a Amougou

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