Non à la brimade des artistes camerounais en Europe !

Depuis l’Allemagne où il a trouvé refuge après son arrestation par le régime camerounais, Enoh Meyomesse s’exprime au sujet du boycott du concert de Nyangono. 

Comment demeurer indifférent à cette nouvelle agression d’un artiste camerounais ? Impossible. Après Ka-Tino, Ben Decca, et sans doute d’autres, voilà le pauvre Nyangono qui se fait agresser à Paris au nom de la «démocratie», au nom de la «victoire volée», etc. Hier, ce fut le saccage des ambassades. Où allons-nous à ce rythme ? Est-ce encore la démocratie que nous désirons instaurer dans notre pays ? N’est-ce pas plutôt la barbarie ? Où est passée la tolérance ? Où est passé le respect de l’opinion adverse ?

Du haut de mes 65 saisons des pluies, je voudrais attirer l’attention des Camerounais sur la gravité des actes qu’ils posent, en les suppliant de ne pas nous ramener l’esprit qui avait régné dans notre pays à la veille de l’indépendance et peu après celle-ci, jusqu’à ce que le maquis de l’ouest Cameroun soit totalement vaincu en 1970.

Parmi les Camerounais qui réclamaient l’indépendance nationale et la liberté, la fin de la tyrannie coloniale, il a existé ce que j’ai toujours qualifié d’«ultranationaliste», à savoir des individus qui n’ont eu de cesse de poser des actes finalement nuisibles à la lutte pour la liberté. Ils ont totalement dénaturé le combat légitime des Camerounais, par des meurtres injustifiés de fonctionnaires, d’adversaires politiques, de commerçants, de chefs traditionnels, de notables divers, etc. Ce qu’il s’est passé dans le Mungo par exemple a été terrible. Il faudra bien qu’un jour on le raconte. Ils ont indirectement justifié le régime de terreur qui s’est abattu sur notre pays, aussitôt que l’indépendance a été proclamée le 1er janvier 1960. Ce que mes petits yeux de gamin ont vu à Douala ces années-là a été abominable…

Ces «ultras nationalistes» ont ainsi, à la suite du meeting de Um Nyobè à Mom, le dimanche 16 décembre 1956, au cours duquel il rappelait à la population son mot d’ordre de boycott du scrutin capital du 23 décembre 1956 d’où est sorti le premier gouvernement camerounais, assassiné Mpouma Claude et le Dr Delangué qui, eux, s’y étaient portés candidats, dans la nuit du 18 au 19 décembre 1956. Logmo Antoine a, quant à lui, échappé à l’assassinat, tout simplement parce que le coup de feu qu’on lui a tiré l’a manqué. Il s’était sauvé en pleine nuit dans la cacaoyère derrière sa maison. Il n’avait pu être rattrapé. La répression qui s’était abattue sur la Sanaga-Maritime (le département du Nyong & Kelle naîtra plus tard) après cet acte odieux, et d’autres de ce genre à Ngambé, à Edéa, à Pouma, etc., ne se racontent pas…

Ces deux assassinats ont causé un IMMENSE tort à la lutte que menait Um Nyobè, le propre congénère de ces meurtriers, et au peuple bassaa tout entier. Um Nyobè a été à l’unanimité excommunié de l’Église protestante, où il était ancien d’église, à la demande du Pasteur Tségua, Bassaa comme lui ! La communauté Bassaa s’est jetée sur lui avec une violence inouïe dans les propos. J’invite les Camerounais à lire les archives de l’époque, ils seront ahuris par ce qu’ils y découvriront d’abominable, écrit sur Um Nyobè, à cause de l’acte insensé d’«ultra nationalistes».

De même, dans la région de l’Ouest, le député Wanko Samuel, l’un des premiers ingénieurs camerounais, a été assassiné également par des «ultranationalistes» au mois de décembre 1957, au motif qu’il s’était fait élire dans l’Assemblée «fantoche» de l’autonomie interne, alors que le pays réclamait une indépendance entière et totale. Je passe sous silence les fonctionnaires qui étaient assassinés pour le même motif (à savoir parce qu’ils servaient un régime «fantoche») à Dschang, à Bafang, à Banganté. La répression qui s’était abattue sur la région de l’Ouest après cet acte odieux ne se raconte pas…

Au mois de novembre 1960, de nouveaux «ultranationalistes» ont assassiné le préfet Kohn, toujours en Sanaga-Maritime, tout simplement parce qu’il servait le «fantoche Ahidjo». Même chose, la répression qui s’était abattue sur la Sanaga-Maritime après ce nouvel acte odieux ne se raconte pas…

Aujourd’hui, n’existe-t-il pas une corrélation entre le casse des ambassades et l’incarcération du «président élu» ? Cette coïncidence est-elle fortuite ? Y songe-t-on ? Cette violence qui est exercée, n’est-elle pas finalement contre-productive ? Se pose-t-on souvent cette question?

Qu’il me soit permis d’énoncer ces paroles de Kwamé Nkrumah à ses détracteurs, à la veille de la proclamation de l’indépendance du Ghana, au mois de mars 1957, qui le qualifiaient de «fantoche» : «LA POLITIQUE, C’EST L’ART DU POSSIBLE, ET NON DU RÊVE INACCESSIBLE…»

Enoh Meyomesse

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