Nids de poule à Yaoundé : ici couvent des pickpockets

Sur la foi des témoignages et des recueils de renseignements sécuritaires, la présence de trous sur certaines routes de la capitale n’en finit pas d’inspirer des voleurs de toutes les farines.

Emombo 2e, bloc 4, même les filles pickpocketent ici

Il est mercredi 15 novembre 2023, 19h30, l’heure de pointe ici au lieu-dit «Carrefour de la mort» (Yaoundé 4e). Dans un brouhaha agaçant, des particuliers se bousculent. Ils sont à la recherche d’un taxi. Quelques garçons, ordinaires en apparence, se mêlent à eux. De temps à autre, ces adolescents les collent littéralement. Pendant qu’il esquive une marre d’eau, l’un fait diversion en sommant un conducteur de voiture de ralentir. En dix ou quinze secondes, les autres «tirent» téléphone et portefeuille posés du côté passager. Hier mardi, presqu’à la même heure, «ils ont arraché un Smartphone à l’oreille d’un passager à bord d’un taxi», raconte un vendeur de fruits. D’après ce dernier, il y a d’abord eu, ici, le cas de cette jeune femme désorientée au milieu des nids de poule. Son agresseur s’en est pris à elle au moyen d’un bistouri pour lui dérober sa chaîne de baptême en or. D’après un témoin, l’infortunée présentait une longue balafre sur la joue gauche. Deux jours plus tôt, lors d’une tentative de vol d’un sac à main, c’est un gamin qui a lourdement fait chuter une dame, au point de la plonger dans le coma. La scène, apprend-on, s’est passée entre deux nids de poule, juste à l’angle d’une station-service.

Des filles…
Toujours dans le 4e arrondissement de la capitale, la chronique fait part d’une route profondément dégradée au lieu-dit Emombo 2e. «À cause de cette situation, les automobilistes, tout comme les piétons ne peuvent pas aller vite. Et c’est devenu la plaque tournante des chapardeurs», déplore un riverain. «Ici, quand la route était bonne, on ne signalait que quelques agressions exceptionnelles. Mais, actuellement, c’est invivable au quotidien», avance un homme. Si l’on écoute bien ce que dit Thierry Alima, le chef du bloc 4 d’Emombo 2e, l’emballement du vol à la tire ici ne doit rien au hasard. «Regardez, ces nombreux gros trous qui se transforment en lacs à la moindre pluie, c’est ce qui ralentit le trafic et augmente le nombre petits larcins sur cet axe», explique-t-il. «Ici à Emombo 2e, la peur suinte de nuit ou de jour. Le vol à la tire mené par de jeunes filles se porte très bien ici. Ça devient grave!», appuie son épouse. «Ça», c’est un sale soir du 10 novembre 2023. «Une adolescente sans maquillage, en jean, sweat-shirt et baskets, avec de longs cheveux épais, bijoux clinquants, vernis rouge écaillé sur les ongles, regard appuyé, a fait l’objet d’un signalement pour vol de matériel multimédia appartenant à un passager à bord d’un corbillard immobilisé au milieu d’un nid de poule. Une vraie irrévérence! Dans sa fuite, elle a projeté un vieillard qui a fait une chute mortelle», raconte un enquêteur de la brigade de gendarmerie, située non loin. Selon un témoin qui demande l’anonymat le plus absolu, «elle faisait partie d’un groupe qui, en quelques secondes, détrousse les usagers engouffrés dans ces trous sur la route».

Chiffres
«À cause de ces trous, on a tout vu sous le pont du lieu-dit Derrière Combattant». Rigolarde, cette phrase est signée d’un adjudant en service à la brigade de gendarmerie de Nlonkak. À travers elle seule, se résume le sentiment des forces de l’ordre. Sur la foi de leur recueil de renseignements, la présence de nids de poule sur certaines routes de la capitale n’en finit pas d’inspirer des voleurs de toutes les farines. «En deux ans, c’est-à-dire de janvier 2021 à septembre 2023, les vols à la tire sur certains axes routiers ont augmenté de plus de 35%. Certains tronçons endommagés de la ville sont ainsi devenus, en l’espace de deux ans, le royaume des pickpockets de tout poil, pour qui les téléphones de dernière génération et autres biens sont objets de gros appétits. On a de nombreuses plaintes contre inconnu pour vols de téléphones dans 75% des cas. Et plus précisément des iPhone 3 ou 4 dans plus de 45% des cas», renseigne une source policière. Celle-ci ajoute d’ailleurs que «tout cela s’inscrit dans une tendance de fond qui s’observe depuis près de 10 ans que nos routes ont commencé à se dégrader». Au rayon des bonnes nouvelles, l’on assure peaufiner des stratégies plus percutantes contre ce type de délits. «Nous ne sommes pas inactifs», ponctue un enquêteur.

 

Jean-René Meva’a Amougou

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