Modernisation de l’appareil productif : Imbroglio dans la compétitivité des filières

Insuffisamment organisées et structurées, les filières de production demeurent l’une des plus grandes plaies de la modernisation de l’appareil de production du Cameroun. Plusieurs stratégies, plans et dispositifs se chevauchent sans s’accorder sur la démarche, les filières prioritaires encore moins les financements.

Pour la compétitivité des produits camerounais sur les marchés d’exportation, une meilleure organisation des filières

En matière de compétitivité de l’économie, des filières de production, de positionnement des secteurs au Cameroun, il vaut mieux se référer à la coopération avec l’Union européenne plutôt qu’aux documents d’orientation: la stratégie nationale de l’Ape, la stratégie nationale des exportations, le programme d’appui à la compétitivité (Pacom) ancêtre du dispositif d’appui à la compétitivité du Cameroun (Dacc), le plan directeur industriel. À cette multitude de documents, il faut ajouter l’action des agropoles, les stratégies sectorielles sur les différentes filières de production du ministère de l’Agriculture: manioc, anacarde…

Imbroglio
Depuis le document de stratégie pour la croissance et l’emploi, les mesures d’accompagnement du gouvernement au développement des filières visent à renforcer les maillons de la chaine de valeur. Les actions portent sur le soutien à la production, à la transformation et à la commercialisation. Or, en matière de développement des filières, il n’y a pas de consensus, ni sur l’approche ni sur les filières prioritaires. Pour ce qu’il est de la démarche, en parcourant la documentation nationale sur la question, on se rend compte que le ministère de l’Économie, le ministère de l’Agriculture, le ministère du Commerce, le ministère des PME et le ministère des Postes et Télécommunications conduisent plusieurs stratégies sur les filières de croissance. Il y a ainsi une multiplication des filières.

En matière de priorisation, on n’est pas mieux servi. La Chambre d’agriculture, le Comité de compétitivité du ministère de l’Économie, le ministère de l’Agriculture, le Programme agropole et le bureau de mise à niveau ont identifié des filières considérées comme prioritaires.

Au ministère de l’Économie, on priorise les secteurs bois, aviculture, céréales (maïs, riz, mil/sorgo, haricot et soja), textile (coton, textile, confection), tourisme, palmier à huile, banane plantain, ananas, poisson, cacao/café, sucre, caoutchouc. Lors de l’élaboration de la stratégie nationale des exportations en 2015 (rénovée en 2019), les représentants du secteur privé ont été favorables au choix d’un petit nombre de filières/secteurs pour plus d’efficacité, à savoir: le binôme café-cacao, la filière élevage bétail-viande, la filière coton – textiles – habillement, la filière fruits tropicaux et horticulture destinés aux marchés internationaux, la filière bois et le numérique.

Par Décision nº 01024/MINADER/SG/DEPC/CAPPA du 17 avril 2019, le ministre de l’Agriculture retient comme priorité les groupes céréales (riz, maïs/sorgo), racines et tubercules (manioc, pomme de terre), produits industriels (cacao/café, coton, huile de palme, banane plantain), fruits et produits dérivés (ananas), produit de niche (anacarde). Il est à noter que le Minader prend appui sur la stratégie de développement du secteur rural (SDSR) et sur le plan national d’investissement agricole (PNIA).

Au ministère de l’Industrie, on n’est pas mieux servi. Le plan directeur d’industrialisation (PDI), en cours de révision après l’appui du bureau sous-régional de la CEA, restructure le paysage industriel camerounais en complexifiant davantage la problématique des filières de production ou de croissance au Cameroun. Le PDI définit 3 sanctuaires industriels nationaux: l’agro-industrie, l’énergie et le numérique. Il adopte 5 piliers industriels structurants: foret/bois, textile/confection/cuir, mines/métallurgie/sidérurgie, hydrocarbures/pétrochimie/raffinage, chimie/pharmacie.

Structuration
Le rapport sur la compétitivité du World Economic Forum 2019 attribue la note de 46,0/100 au Cameroun qui se classe au 23e rang en Afrique et 123e rang mondial des économies compétitives.

Dans l’optique de l’amélioration de sa compétitivité, le Cameroun a comme principal partenaire l’Union européenne. La stratégie nationale de l’accord de partenariat économique bilatéral Cameroun-Union européenne (Apeb), évaluée à 566,7 milliards FCFA, suggère une nouvelle approche: organisation des filières en interprofessions ou clusters. Il s’agira d’organiser les opérateurs économiques au sein d’interprofessions. L’objectif est de renforcer l’efficacité de la chaine de valeur.

Bobo Ousmanou

 

Structuration des filières : Le coup de pouce des APE

La stratégie nationale Apeb se donne pour objectif de développer 4 à 5 filières prioritaires sans toutefois les identifier. Elle se propose de soutenir dans la durée le fonctionnement des interprofessions et des clusters (appui pour l’animation économique, mais également prise en charge d’une partie des frais de fonctionnement en coûts partagés avec le secteur privé, au moins pendant les 5 premières années); mettre en place des mesures permettant aux entreprises d’accroitre et de diversifier les exportations pour atteindre davantage de marchés sous régionaux, des pays voisins et internationaux; identifier des champions nationaux et sous régionaux émergents dans des domaines à fort potentiel; mener une étude d’orientation et de pérennisation de la démarche de mise à niveau des entreprises; mettre en place des fonds d’appui à la compétitivité des entreprises pour accompagner les investissements matériels et immatériels.

À priori, il faudra réaliser une étude présentant de manière synthétique les différentes filières ou chaines de valeur existantes au Cameroun avec leurs atouts et leurs contraintes, leurs potentiels de développement sur les marchés nationaux, régionaux, internationaux; réaliser une analyse approfondie de chacune des filières sélectionnées afin d’identifier les principaux obstacles à leur développement ainsi que les maillons faibles; établir une stratégie de développement de chacune de ces chaines de valeur en proposant de manière participative au secteur privé de s’organiser sous forme d’interprofession ou de cluster; appuyer la constitution ou le renforcement d’interprofessions et associations professionnelles et appui à la constitution de clusters; renforcer les capacités de production des entreprises relevant des filières ou chaines de valeurs prioritaires.

Périmètre
La stratégie nationale APE a quatre objectifs stratégiques: la diversification et l’augmentation qualitative et quantitative des exportations du Cameroun vers l’UE; l’insertion de 4 à 5 produits des filières prioritaires dans les chaines de valeur mondiales; la diversification et l’amélioration de la compétitivité du secteur privé camerounais; la mise en place des mesures d’accompagnement, de mise en œuvre et de suivi de l’APE.

Bobo Ousmanou

 

Du Pacom au DACC : contribution de l’Union européenne à la compétitivité de l’économie camerounaise  

En vue de la mise en œuvre de l’accord de partenariat économique bilatéral Cameroun-Union européenne, le Cameroun a obtenu l’implémentation du volet développement de l’accord qui prend en charge la mise à niveau de l’appareil de production et des entreprises. Plusieurs programmes et structures d’appui ou d’encadrement des entreprises ont été mis en place.

Trois principaux programmes ont été mis en œuvre. Le dernier en date c’est le dispositif d’appui à la compétitivité du Cameroun (DACC), qui «répond à la nouvelle approche de développement de l’UE qui met l’accent sur le secteur privé comme acteur central du développement et à l’engagement de l’UE d’accompagner la mise en œuvre de l’Accord de partenariat économique (APE) au Cameroun entré en vigueur depuis aout 2014» indique l’UE. Doté de 6,5 milliards FCFA (10 millions euros), il s’appuie sur 3 composantes: l’appui aux entreprises; l’amélioration du climat des affaires; la normalisation et l’efficacité énergétique. Il est mis en œuvre dans les 10 régions du Cameroun.

L’ancêtre du DACC, le Programme d’appui à la compétitivité du Cameroun (Pacom) était lui aussi doté de 6,5 milliards de FCFA (10 millions d’euros). Mis en œuvre par l’ONUDI pendant 48 mois (2013-2017), il comportait 3 volets: la mise à niveau des entreprises et le renforcement de la compétitivité des filières; l’accompagnement des entreprises à la certification et le développement des systèmes de normalisation et de qualité; l’amélioration du climat des affaires. Le Bureau de mise à niveau (BMN), la Bourse de sous-traitance et de partenariat (BSTP), l’Agence de normalisation et de qualité (Anor) et le Cameroon Business Forum (CBF) ont bénéficié de l’appui de ce programme dans leurs phases de consolidation avec l’assistance technique de l’ONUDI.

Bien avant, entre 2008 à 2012, le Programme d’appui et de soutien à l’APE (PASAPE) avait appuyé l’amélioration des capacités nationales de négociations et de suivi de l’APE; le renforcement de la compétitivité, de l’environnement des affaires et de la mise à niveau (PPMAN) et le renforcement du système de normalisation et de la qualité (PPANQ). Il était doté d’une capacité financière de 3,6 milliards FCFA, soit 5,5 millions d’euros.

Le BMN, la BSTP, l’Anor et le CBF ont bénéficié de l’appui de ce programme dans leurs phases pilotes avec l’assistance technique de l’ONUDI.

BO

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