Mister Georges : entre frein et accélérateur

L’«Executive Mansion», le palais présidentiel, sis à Monrovia, la capitale libérienne, a un nouveau patron depuis le 22 janvier dernier. Georges Opong Weah, élu avec 61,5 % des suffrages, contre 38,5 % pour son adversaire, le vice-président Joseph Boakai, au second tour de la présidentielle, y est entré pour un bail de six ans. L’ancienne star du football pourrait, s’il en a convenance, le renouveler.

Georges Opong Weah, élu président du Libéria avec 61,5 % des suffrages
Georges Opong Weah, élu président du Libéria avec 61,5 % des suffrages.

Lors de sa prestation de serment, Mister Georges a dit qu’il n’a peur de rien. Subrepticement,  il répondait au New York Times. Dans l’une de ses livraisons de décembre 2017, ce journal avait rapporté que l’ « Executive Mansion » est un lieu maudit et hanté. « Je suis le président de la rupture, c’est mon logiciel politique », a solennellement déclaré l’ancien capitaine des Lone Stars (Les Étoiles Uniques).

« Rupture », dans le mot, tout est dit. Le nouveau président du Libéria insinue qu’il n’est pas un frêle esquif que l’on manœuvrera à son aise, mais un lourd paquebot qui ne se laissera pas facilement détourner de sa trajectoire. Si ce programme a fini par triompher, c’est parce qu’il combine, dans ce pays meurtri par une quinzaine d’années de guerre civile, la double promesse de sécurité et de prospérité intérieures. Le successeur de Helen Johnson a fait un   choix et entend construire lui-même une forme de cohérence programmatique qui met en évidence la trempe de son ambition.

A ce jour, au Libéria, cela semble s’imposer. A ce jour d’ailleurs, cela n’est questionnée qu’à minima par les quelques intellectuels. Au contraire, l’applaudimètre est au maxima. Cela est accepté urbi et orbi. Le Pr Pierre Dogbo, le directeur de l’Ecole des Sciences politiques de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, parle déjà de «rupture d’avec les méthodes anciennes», notamment dans la politique extérieure du pays. L’universitaire ivoirien entrevoit le nouveau visage des relations entre le Libéria et les pays d’Afrique de l’Ouest. « Ce pays, dit-il, a des chances d’être désormais au même niveau que le Ghana et être un wagon à côté de la Côte d’Ivoire ». Il poursuit : «  Le Libéria est l’un des maillons faibles de la CEDEAO. Avec Weah, le Libéria sera beaucoup plus attractif. C’est donc une opportunité à saisir au plan économique, commercial et au plan de la libre circulation des personnes et des biens ».

Georges Weah Opong: «on s’ouvre mais, mais en restant nous-mêmes. Notre passé tragique nous fait apprécier le chemin parcouru et l’avenir nous berce d’espérance»

Au plan démocratique, le professeur note une différence entre le Libéria et la Côte d’Ivoire. « Ici (en Côte d’Ivoire) on n’a jamais eu de transition pacifique … Le Libéria est une opportunité auprès de la Côte d’Ivoire avec ce jeune président qui arrive avec ses idées. Avec lui, on sort de la vieille école pour entrer dans une nouvelle ère », analyse Pierre Dogbo.

« La victoire de Weah peut avoir une incidence sur les élections de 2020 en Côte d’Ivoire », croit savoir un observateur de la scène politique de la sous-région. Le Président ivoirien sera obligé de travailler avec lui, dans l’intérêt de la paix et de la stabilité de son pays. « C’est réciproque pour le chef de l’État libérien. Il a besoin de la Côte d’Ivoire sous Ouattara, et après Ouattara en 2020. Sirleaf avait d’excellentes relations avec Laurent Gbagbo, pourtant elle a ensuite joué le réalisme politique avec Ouattara pour continuer bénéficier de la fourniture d’électricité par la Côte d’Ivoire, et d’autres petites attentions », analyse un diplomate africain en poste à Paris.

Relativement à cela, constatons, pour nous réconforter, que Georges Weah Opong ne songe pas à cadenasser le Libéria dans son cocon. Il a d’ailleurs annoncé un réglage subtil entre frein et accélérateur : «on s’ouvre mais, mais en restant nous-mêmes. Notre passé tragique nous fait apprécier le chemin parcouru et l’avenir nous berce d’espérance», a-t-il dit.  Emmanuel Macron l’a entendu et l’a appelé par téléphone pour le féliciter directement et «l’assurer de son soutien», en soulignant «la place particulière qu’il avait conservée dans le cœur des Français». A Mister Georges, cela a valu une invitation à l’Elysée.

Jean-René Meva’a Amougou

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