Minsep-Magil : Les «clowns» s’enfoncent ?

Les baudruches lancées d’un côté par Narcisse Mouelle Kombi et, de l’autre, par Franck Mathière se dégonflent. C’est l’impression qui se dégage de la décision de relance des travaux sur le chantier du Complexe sportif d’Olembe.

De droite à gauche, Franck Mathière et Narcisse Mouelle Kombi

Si le froid et la chaleur sont de saison ces derniers jours au Cameroun, entre Narcisse Mouelle Kombi et Magil, c’est le chaud effroi. Depuis le début de l’année, la brutalité de la méthode et la soudaineté des annonces du ministre des Sports et de l’Éducation physique et Franck Mathière (vice-président de Magil) n’en finissent pas de surprendre l’opinion publique. Avant qu’ils ne s’accordent sur la reprise des travaux à Olembe le 16 janvier 2023, une bataille sur les faits s’est installée entre les deux «acteurs». Mensonges bien réels mais inavouables, faisceau de contre-vérités et d’approximations? En tout cas, jusqu’ici, chacun a tenu bon ses positions.

«Il y a eu une interruption des travaux à Olembe en dépit des importants moyens financiers déjà mobilisés par l’État et mis à la disposition de l’entreprise Magil. Nous sommes là aujourd’hui pour réitérer à l’entreprise Magil la volonté du président de la République de faire en sorte que ce projet aboutisse, l’urgence et la nécessité pour elle de reprendre les travaux dans le cadre du contrat qu’elle a passé avec l’État du Cameroun» a déclaré le ministre des sports Narcisse Mouelle Kombi à l’issue de la visite sur le site d’Olembe le 13 janvier dernier.

«Dans l’exécution de ce contrat, nous avons rencontré un très grand malentendu. Nous avons tenu différentes réunions cette semaine afin que chaque partie puisse s’exprimer sur ce qui est à clarifier. Aujourd’hui, nous nous sommes entendus, nous allons travailler sur différents problèmes. Nous allons lever dès lundi (16 janvier 2023, ndlr) nos réserves techniques et si tout se passe bien les travaux vont reprendre très prochainement», a déclaré Franck Mathiere à la suite de Narcisse Mouelle Kombi.

En écoutant le Minsep et le vice-président de Magil, une question générale trame la réflexion: Les tenants du blocage sont-ils en train de débloquer? «Dans cette affaire, l’erreur serait de ne pas faire un rapprochement avec le monde du cinéma», blague Blanche Mvogo, enseignant d’art dramatique à l’université de Yaoundé I. «Un partenaire vous offre des tripes. Avant de vous écraser, piétiner, concasser, réduire en miettes infimes, puis tasser, pilonner et presser jusqu’à obtention d’un jus épais et chaud qu’il pulvérisera en une formidable bruine sanglante pour écrire son nom ou faire des dessins obscènes sur les murs mêmes de votre salon. Voilà ce qui se passe entre le Minsep et Magil», ironise encore Blanche Mvogo.

Sur le fond…
Dans cette affaire gangrénée par de lourds soupçons de magouilles, il est constaté que les deux parties jouent le jeu filmé en gros plan depuis la correspondance du Minsep adressée au secrétaire général des services du Premier ministre pour accuser Magil d’avoir abandonné les travaux d’achèvement du complexe sportif d’Olembe, après avoir «croqué» 42 milliards FCFA. Immédiatement, cette séquence a été suivie d’une grosse bombe du Canadien. «De fait, Magil Construction Corporation, après avoir épuisé toutes les voies de recours et initié tous les mécanismes de règlement amiable, s’est retrouvé contraint, le 5 décembre 2022, de mettre en demeure le Minsep de régulariser ses obligations sous 30 jours pour éviter la résiliation du contrat principal et sa mise en arbitrage. Cette correspondance est, elle aussi, restée sans suite mais a fait l’objet d’un courrier à l’attention du Secrétariat du Premier ministre comportant des informations erronées et calomnieuses, transmis aux médias et altérant l’image de Magil Construction Corporation et celle de ses collaborateurs» peut-on lire dans le communiqué de l’entreprise canadienne signé le 11 janvier 2023.

Jean-René Meva’a Amougou

 

Clichés up-to-date

Images retenues pendant «15 minutes de visite autorisées» dans le «5 étoiles» d’Olembe.

L’endroit est calme. Identifié par certains comme une infrastructure «élevée» au-dessus des stades ordinaires, le complexe sportif d’Olembe semble aujourd’hui travaillé par le thème de scandale. Ce 12 janvier 2023, on dirait que le site restitue un système d’images dont la force est remarquable. Pas de prises de vues. Notre accompagnateur ferme l’oreille sur quelques questions, n’hésitant pas à qualifier beeaucoup d’autres d’insidieuses».

Après le flamboiement très applaudi en janvier 2022, lors de la dernière édition de la Coupe d’Afrique des nations de football, le rythme clignotant des images oblige à voir autrement le même site un an après. À divers endroits, le potentiel relaxant de l’esplanade est ruiné. La compétition à laquelle se livrent plusieurs herbes folles montre le complexe sportif d’Olembe sous le visage de niche écologique. Rien d’étonnant, dans ces conditions, à entendre les mots d’un vigile déraper du champ écologique vers celui de la politique: «Partout là-bas, comme vous voyez, les herbes sont en train de prendre le pouvoir», dit-il avec une fascination morbide. À cause des herbes, l’on constate que les trajets ordinaires et les habitudes de stationnement sont totalement perturbés. Les récits qui escortent ce décor s’abîment dans la crainte d’une future recomposition spatiale en cas de reprise des travaux. Au passage, un autre vigile s’étrangle lorsqu’il a ouï-dire que l’affaire a engloutie plusieurs milliards FCFA

«5 étoiles»
Un tour dans le souterrain qui abrite ce qui est désigné comme l’«hôtel 5 étoiles» renforce l’idée. Avant toute hypothèse menaçante au dos des choses nommées et définies, une inquiétude ouvre la possibilité d’imaginer une autre réalité. Dans les remugles internes du «5 étoiles», l’ambiance crée et scande le rythme même de l’abandon. Dans un patelin en-dessous de la tribune présidentielle, le parcours n’est qu’un infernal dédale au plancher troué par endroits. On y entre avec précaution. Des échafaudages balafrent toujours des murs. Une porte démontée ici, un charivari de mousseline et de peinture durcie là-bas. Portées sur le bric-à-brac de la tuyauterie, quelques adaptations ponctuelles empêchent l’écoulement des eaux. Ici, la décroissance lumineuse est sensible. L’attention est happée par l’indéfini d’une ligne de fuite où la vue se perd.

On perçoit la nuit avec la peau, à cause du noir et de ce léger refroidissement qu’il crée, avec les oreilles à cause d’un changement de paysage sonore saisissant, avec les narines, parce que les odeurs sont autres. Si les témoignages manquent au sujet de l’utilité de carreaux monstrueusement entassés dans une mansarde, ceux déjà posés suggèrent combien il s’avère difficile pour eux de traverser des décennies. Discrètement, ces carreaux ne racontent pas seulement leur avenir. Ils en disent long sur la façon dont ils ont été posés. «À la va-vite, juste pour enfumer la CAF», voilà la réaction de quelqu’un qui se présente comme patron d’une entreprise de sous-traitance. À en croire ce dernier, la durée de vie de ces carreaux a, il y a quelques jours, attiré l’attention de quelques experts du bâtiment. L’un d’eux, raconte notre interlocuteur, a estimé que lesdits carreaux, semblables à première vue, ont été fabriqués à l’aide de matériaux différents, et donc obéissent à des lois naturelles différentes, en adoptant des postures différentes en réponse à ces lois.

JRMA

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