Marché du livre scolaire: Le business coiffé au poteau

La réintroduction des anciens classiques au programme scolaire est annonciatrice d’une bataille entre les secteurs informel et formel.

Une vue de la librairie du poteau à Yaoundé.

«Un livre s’en va, quelques années après, on annonce qu’il est de retour. C’est terrible!» Le phrasé de Lucien O. peine à exprimer son exaspération au lendemain de la publication de la liste officielle des manuels scolaires pour l’année 2018-2019. A 30 ans, ce sans-emploi ne croisait plus que ses doigts en attente de la prochaine rentrée. Son business, malheureusement, doit se conjuguer avec une déconvenue: le retour au programme des «anciens livres». «Petites gouttes de chant pour créer l’homme», «Père inconnu», «Trois prétendants… un mari», «Les Bimanes», et «L’arbre fétiche»… Autant de titres cités par le jeune vendeur de livres et journaux de seconde main au lieu-dit «Carrefour Mvog-Mbi» à Yaoundé.

Ces titres, Lucien O. révèle qu’il les avait brutalement jetés à la poubelle parce que déclarés «HP» (hors-programme). «Un stock d’environ 350 pièces ! Ça aurait pu me faire un bon paquet à la rentrée», regrette-t-il. En clair, la réintroduction des œuvres de Pabe Mongo, Guillaume Oyono Mbia, Séverin Cécile Abéga, Jean Pliya et René Philombe ligote les libraires du «poteau». De l’aveu de l’un d’eux, basé au lieu-dit «Montée Montesquieu» (non loin de la Poste centrale de Yaoundé), ces livres couvrent toutes les marges imaginables.

«Parce qu’ils sont au programme des élèves des petites classes du secondaire, ces manuels permettent au moins de passer une bonne rentrée ici au poteau», allègue notre interlocuteur. Se laissant guider par un souvenir qui ne laissait pas présager que ces bouquins seraient «de retour», Lucien O. regrette que les nouvelles listes délestent «le poteau» du pactole de la prochaine rentrée… «au profit des librairies officielles». «Nous avons du mal à applaudir ces listes puisque nous sommes confrontés à une situation de non disponibilité des stocks», avance-t-il.

Pour pallier ce qui se conçoit déjà au poteau comme « un manque – à – gagner », une orientation est envisagée. Parmi les libraires d’ici, il se murmure que l’option de la spéculation pourrait relancer le marché, à défaut de le retourner à l’avantage de ce pan du secteur informel. Selon certaines indiscrétions, beaucoup d’opérateurs exerçant ici entendent rafler les moindres stocks des titres évoqués plus haut. «C’est la seule piste si nous voulons aussi prendre notre part durant la rentrée», jure Lucien O. La tournure commerciale consisterait, selon lui, à acheter au prix de gros auprès des éditeurs et revendre à celui du détail. À côté, la contrefaçon est annoncée. «La photocopie peut aussi nous servir», blague un vendeur.

Jean-René Meva’a Amougou

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