Marché de l’investissement (MI) 2019 : PME et financiers, sans entraves

Problème d’accès au crédit bancaire, manque de fonds propres: les petites et moyennes entreprises camerounaises peinent à se financer. Les 27, 28 et 29 novembre 2019 à Douala, l’Api propose un espace d’accompagnement ciblé.

 

Parce que longtemps entraînés par les vents dévastateurs de la crise économique, tous les indicateurs de l’économie camerounaise étaient quasiment au rouge, à cause (entre autres) d’un repli très fort de l’investissement. Certains opérateurs ont disparu, d’autres se sont repositionnés sur des niches. Au-dessus de tout, les entreprises étaient pénalisées par l’absence d’une offre de relance, les banques étant restées frileuses pour leur prêter de l’argent. Pour les autorités locales, ce triste épisode a servi de leçon. Elles ont, en mai 2016 à Yaoundé, organisé la Conférence économique internationale. Intitulée «Investir au Cameroun, terre d’opportunités», la rencontre avait traduit la maxime: après la pluie vient le beau temps. Traduction: l’économie camerounaise a souffert de la crise, mais désormais, elle n’en propose pas moins un profil intéressant pour les investisseurs.

En rapport avec ses missions organiques telles qu’énoncées dans le décret n°2019/074 du 18 février 2019 portant sa réorganisation et son fonctionnement, l’Api (Agence de promotion des entreprises) a pris le taureau par les cornes. Son mantra est la relance de la croissance par l’investissement. À l’aide des mesures pragmatiques, l’heure est à l’investissement privé et public pour redonner confiance aux partenaires financiers. En un mot, «sortir du trou d’air qu’a connu l’économie camerounaise», c’est «notre impératif», répondait Marthe-Angéline Minja en novembre 2017. Cette année-là, le directeur général de l’Api pilotait la première édition du marché des investissements.

Cette année encore, le rendez-vous occupe le sommet de l’agenda de la seconde édition du Cameroon Business Forum (CIF) les 27, 28 et 29 novembre 2019 à Douala. À la Maison du parti de Bonanjo, pouvoirs publics, entrepreneurs, patrons de PME et le secteur financier (les banques, les assurances, le capital-risque…). Tout ce petit monde est mis autour d’une table pour discuter de ce qui a été fait ces deux dernières années (notamment les facilités données aux assureurs pour investir dans les entreprises…), de voir ce qui peut être amélioré dans la distribution des crédits, et réfléchir aux moyens de faire sauter les verrous qui coincent toujours.

Le plan décrit par les organisateurs du CIF est de lever les réticences des investisseurs privés. Dans un contexte de globalisation croissante des économies, consécutive au démantèlement progressif des barrières tarifaires et non tarifaires au niveau national, l’Api compte tirer le plus grand profit des opportunités offertes par cette donne pour continuer à œuvrer résolument à la mise en place au Cameroun d’un cadre d’investissement favorable. Elle est consciente de ce que les besoins de développement du pays tels qu’énoncés sommairement supra requièrent la mobilisation d’une masse importante de ressources dont ne dispose à l’heure actuelle ni l’État du Cameroun ni le secteur privé national. D’où l’impérieuse nécessité de recourir, aux plans national et international, à d’autres leviers de financement de l’économie locale, particulièrement les projets d’investissement.

Un espace pour trouver de l’argent
De concert avec l’Api, tout le monde le répète à l’envi: plus de 72 % du volume des transactions commerciales au Cameroun étaient assurés par les PME en 2015, et plus de 90% d’emplois étaient créés par le secteur privé (dominé à hauteur de plus de 20% par les PME). Celles-ci ne parviennent pas à grandir et pour cause, nombre d’entre elles se soucient surtout de survivre. En cause, le manque de financement de leur trésorerie, exsangue en période de crise. Pour améliorer et faciliter leur accès au crédit, depuis sa création en 2010, l’Api met en œuvre des mécanismes inédits d’accompagnement pour les aider à dynamiser leurs activités. Pour cela, l’institution s’est fixé cinq priorités: simplifier l’environnement des entreprises; soutenir l’innovation; baisser la fiscalité; relancer les exportations et améliorer le financement des PME.

C’est donc dans ce contexte qu’arrive le MI. Pour l’Api, ce gadget économique est davantage entendu comme espace de médiation du crédit pour aider les petites et moyennes entreprises confrontées à des problèmes de trésorerie ou des refus de financement. De fait, au cours du MI, tout est conçu sur une idée claire qu’il existe une guerre psychologique entre financiers et entreprises. D’un côté, les entreprises trouvent en général les banques frileuses, et de l’autre, les banquiers assurent que les projets d’investissements «bancables» trouveront toujours un financement. Tenant la métaphore des vieux couples qui se font des reproches incessants, mais doivent pourtant vivre ensemble, l’Api, à travers le MI, entend mobiliser les instruments financiers disponibles ou potentiels pour donner un souffle nouveau à l’investissement productif et engager ainsi une croissance élevée, soutenue, durable et inclusive. C’est tout le sens de la 2e édition du MI.

 

Bobo Ousmanou

 

Le programme de la troisième édition du CIF

Mardi 26 novembre 2019
9h-18 h00: Accueil et enregistrement des participants/ Installation des exposants sur le site du Forum.

Mercredi 27 novembre 2019
8h-09 h00: Accueil et enregistrement des participants/ Installation des exposants sur le site du Forum (suite).

9h-10h00: Cérémonie solennelle d’ouverture sous la présidence du Premier ministre, chef du gouvernement (PM/CG), ou de son représentant
• Mot de bienvenue du délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala
• Allocution du directeur général de l’Agence de promotion des investissements (Api)
• Allocution d’un représentant du secteur privé au Cameroun
• Allocution d’un représentant des partenaires au développement du Cameroun (PNUD)
• Discours du PM/CG ou de son représentant
10h-10h20: Photo de famille

10h30-13h: Panel de discussion ministériel:
NB: Deux modérateurs, dont un de langue anglaise et un autre de langue française
• Résumé des Échanges par les modérateurs

13h-14h
• Coupure de ruban symbolique
• Visite guidée des stands de l’exposition

14h-15h00: Déjeuner

15h10-16h40: Organisation en simultané de quatre (04) panels de discussions thématiques
•Panel n°1 «Les grands secteurs d’investissement au Cameroun: focus sur la riziculture, l’aquaculture et la maïsiculture».
•Panel n°2: «Cap sur l’environnement des investissements: solutions préconisées pour franchir les obstacles et développer les chaînes de valeurs dans les filières ciblées».
• Panel n°3: «Financement des projets dans les filières ciblées: possibilités et conditions d’éligibilité».
Panel n°4: «Catalyser la croissance par les contrats de partenariat public privé (PPP)».
NB: Un modérateur et deux rapporteurs pour chaque panel de discussions thématique

18h-20h00: Cocktail
NB: L’espace des rencontres B To B et B To G est ouvert en continu de 8 h 30 à 18 h.
Fin de la 1re journée

Jeudi 28 novembre 2019
Marché de l’investissement:
Financement des projets d’investissement par les banques
9h-10h30: Plénières d’ouverture
• «Les différentes offres de financement» par le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (Minepat) (05 minutes)
• Interventions de partenaires financiers (SFI, Afreximbank, Alios, Afd, Bid, Bdeac, Coface, représentant d’un fonds d’investissement…) (40 minutes)
• Intervention du président de l’Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun (Apeccam) ou de son représentant (05 minutes): point de vue des banques et attentes de celles-ci
• Intervention du représentant des PME/PMI (porteurs/promoteurs de projets) (05 minutes): point de vue et attentes des opérateurs
• Note de présentation du Marché de l’investissement par Monsieur Jean Claude Ebe Evina, PDG du Cabinet BGF
(05 minutes): état des lieux, questions-réponses et pistes de solutions
• B To B, B To C, B To G et networking entre les banques et les porteurs/promoteurs de projets présélectionnés (30 minutes)
10h30-11h00: Pause-café

11h-13h30: Marchés de l’investissement: présentation par les promoteurs, des projets sélectionnés aux partenaires techniques et financiers, suivie des échanges et des discussions

13h30-14h30: Déjeuner libre
14h30-16h30: Marchés de l’investissement (suite)
NB: L’espace des rencontres B To B et B To G ainsi que l’espace Projets sont ouverts en continu de 9 h à 18 h.
Fin de la 2e journée

Vendredi 29 novembre 2019
Marché de l’investissement
(Suite et fin)
9h-09h30: Présentation des offres de financement (suite et fin)
9h30-12h00: Marché de l’investissement: présentation par les promoteurs, des projets sélectionnés aux partenaires techniques et financiers, suivie d’échanges et de discussions (suite et fin)

12h-13h30: Déjeuner libre
14h-15h30: Cérémonie de clôture
• Restitution et adoption des résultats des marchés sectoriels d’investissement par le rapporteur général (20 minutes)
• Discours de clôture par le président du Conseil d’administration de l’Api (15 minutes)
À partir de 19h30 Hotel Sawa, Soirée de gala baptisée «La nuit des investisseurs», agrémentée d’une cérémonie de remise des «Awards» (Participation sur invitation).

NB: L’espace des rencontres B To B et B To G ainsi que l’espace Projets sont ouverts en continu de 9h à 18h.

 

‘’Rechercher les points de maillage entre les entreprises et les institutions financières’’

La réflexion ici devrait porter sur les voies et moyens permettant de poser des passerelles entre les différents acteurs financiers, afin de développer une synergie partenariale. Par exemple renforcer les relations entre banques et établissements de microfinance, créer par voie de mutualisation des institutions spécialisées

Le Conseil, expert financier enseignant-associé des universités et arbitragiste CMAG/GICAM fait partie des animateurs du CIF. En avant-goût, il oriente sa réflexion sur les grands axes de son exposé.

Qu’entend-on par «marché de l’investissement»?
En général, dans le contexte économique, qui dit marché dit lieu de rencontre entre offres et demande de biens et/ou de services.

Pour revenir sur le «marché de l’investissement» (MI), il s’agit d’une des articulations ou activités du Cameroon Investment Forum (CIF), né d’un concept introduit par l’Agence de promotion des investissements (Api) lors de la Conférence économique internationale «Investir au Cameroun, terre d’attractivités» tenue en mai 2016 à Yaoundé, et approuvé par le président de la République lors de son allocution prononcée à l’occasion de la cérémonie solennelle d’ouverture dudit évènement. Le MI a été repris pour la première fois dans le cadre du CIF 2017.

Pour l’essentiel et de façon concrète, l’objectif consiste à mettre face à face deux entités: d’une part, des porteurs et promoteurs de projets (privés et publics), ceci avec la facilitation bienveillante de l’Api. Cette dernière prend l’initiative de constituer à cet effet un portefeuille de projets d’entreprises en renforcement ou en situation de start up. D’autre part, des partenaires techniques et financiers (comprenant des établissements de crédit, des établissements de microfinance, des institutions financières internationales, des investisseurs institutionnels tels que la Société nationale d’investissement [SNI], la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures [CSPH], la Société nationale des hydrocarbures [SNH] et la Caisse nationale de prévoyance sociale [CNPS]).

Que répondez-vous à une certaine opinion qui peine toujours à croire que la mise en relation, d’un côté, de porteurs et promoteurs locaux de projets d’investissement, et de l’autre des institutions bancaires et financières d’envergure internationale disposant d’importantes ressources financières pour le financement de l’économie, relève de l’impossible dans le contexte qui est le nôtre?
La solution à cette problématique (relations banques-entreprises) se trouve dans (la recherche de) l’équilibre des conditions structurelles du marché concerné. En d’autres termes, étant en situation d’inadéquation caractéristique entre offre et demande, il s’agit de rechercher les points de maillage entre les entreprises et les institutions financières. Pour être encore plus simple et clair, s’il est entendu que les institutions financières disposent sans doute d’importantes ressources, les conditions d’octroi y afférentes relèvent à la fois des exigences de bonne gouvernance et de plus en plus des contraintes réglementaires.

Au-delà de la problématique d’octroi de crédit par les banques aux porteurs et promoteurs de projets, comment mobiliser les instruments financiers disponibles ou potentiels pour donner un souffle nouveau à l’investissement productif et engager ainsi une croissance élevée, soutenue, durable et inclusive?
La solution ou les pistes de solution nécessitent d’abord une certaine dose de (bonne) volonté et ensuite, de l’inventivité pour parler simple et générique. Sur un plan technique, pour ne pas paraitre naïf, la volonté se traduit par la stratégie mise en œuvre, l’inventivité tenant aux moyens mis en œuvre pour atteindre les objectifs stratégiques et opérationnels déclinés de la stratégie.

À titre d’illustration:
– le système financier national, mieux le marché des capitaux local, présente un besoin critique de densification par voie de diversification des produits et services offerts. L’avènement au début des années 2000 suivi du rapide développement de la microfinance est une preuve de l’insatisfaction, tout au moins en termes volumétriques, d’une (importante) frange de la population consommatrice de services financiers. Ce mouvement se trouve renforcé par l’essor des services offerts par les opérateurs téléphoniques et autres prestataires intervenant dans le domaine de la Fintech. Il est donc question d’enrichir le paysage financier par de nouveaux acteurs susceptibles de proposer pour y répondre, aux besoins de certains segments de clientèle, on pense ici par exemple à des institutions financières spécialisées pour adresser des besoins spécifiques;

– le marché des capitaux s’avère compartimenté. La réflexion ici devrait porter sur les voies et moyens permettant de poser des passerelles entre les différents acteurs financiers, afin de développer une synergie partenariale. Par exemple renforcer les relations entre banques et établissements de microfinance, créer par voie de mutualisation des institutions spécialisées. En son temps, la SOCCA/SOCABAIL, établissement financier de crédit à la consommation, a été le fruit d’un partenariat entre banques;

– le lancement, sur le (nouveau) marché financier Cemac, d’opérations de levées de fonds spécifiques, de manière directe ou indirecte. Ce serait par exemple pour une banque dans une stratégie d’attaque d’un secteur particulier (PMI, PMA…). Cela lui permettrait d’apporter une réponse à l’épineuse et lancinante question de l’adéquation ressource financière-nature des besoins. Par la suite, dans l’optique du développement du marché financier, il s’agira aussi d’introduire progressivement d’autres compartiments que ceux existants qui répondent exclusivement aux besoins d’une certaine catégorie d’entreprises. On peut aussi envisager, pour avoir été expérimenté ailleurs, des produits adressés à des souscripteurs particuliers, par exemple la diaspora, pour un programme tout aussi particulier.

Dans une tribune que vous avez publiée dans un journal de la place, vous parlez d’«inculturation financière». De façon simple, que désigne cette expression?
Faisant un clin d’œil au milieu ecclésial, j’ai voulu simplement signifier, ainsi qu’évoqué supra, l’urgente nécessité pour la place financière nationale et le secteur bancaire élargi en particulier de développer des produits et services plus adaptés aux besoins à moyen et long termes des entrepreneurs locaux. À cet égard, l’on pourrait explorer un certain nombre de pistes classiques, dont notamment la revisite des axes d’intervention de la BC-PME, l’intéressement des fonds d’investissement au financement des PME/PMI par la mise ne place d’une réglementation particulière assortie de mesures incitatives, la création des conditions idoines d’un marché boursier plus dynamique et la mise en place de mécanismes de garantie des prêts bancaires par l’État.

Interview réalisée par Jean René Meva’a Amougou

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