Mali : les organisations d’intégration sont-elles si déconnectées?

Les organisations d’intégration régionale en Afrique sont-elles la propriété des États ou des peuples d’Afrique?

Le renversement de l’ordre constitutionnel au Mali le 18 aout dernier a fait ressortir les vieilles recettes de l’Union africaine (UA), de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et, dans une certaine mesure, de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Après avoir condamné le coup d’État, ces organisations africaines ont tout de suite exigé le rétablissement dans leurs fonctions du président et du gouvernement maliens. Pour imposer leur volonté, l’Union africaine et la Cedeao ont suspendu le Mali. Les États membres de la Cedeao ont, en plus, fermé leurs frontières avec ce pays. Un embargo, doublé d’une isolation, qui a pour objectif de tordre la main à la junte militaire en l’asphyxiant et réduisant ses marges de manœuvre. C’est à se demander si les États membres de ces organisations prennent en compte les causes profondes de la désobéissance militaire.

Appréciation questionnée

S’il est admis que rien ne justifie une prise de pouvoir par d’autres moyens que ceux prévus par la constitution, le besoin d’imposer un régime muselé par la rue est tout aussi malsain que l’attitude décriée en début de phrase. Les militaires ont illégalement acquis le pouvoir au Mali. Soit! Mais, on omet de dire qu’il s’agit ni plus ni moins d’une jambe en bois pour penser l’embrasement d’une société en putréfaction continue depuis plusieurs mois. La rue a en réalité pris le pouvoir au Mali. Le pouvoir et le chef d’État ont été rendus inaudibles sur la scène nationale et internationale. D’où les quatre médiations engagées par la Cedeao, sans succès, il faut bien le préciser. Même Paris n’a pas su protéger Ibrahim Boubacar Keita et son régime. C’est dans l’objectif de rompre la radicalisation et éviter un bain de sang que ces militaires sont intervenus. On peut ne pas être d’accord avec le procédé, mais l’action de la junte a peut-être permis d’éviter le pire.

Cette analyse n’est pas la plus populaire. Mais si on peut valider partiellement l’argumentaire, on peut soupçonner l’Union africaine et la Cedeao de se tromper dans l’appréciation de cette situation en voulant à tout prix imposer et re-introniser un ordre gouvernant déchu. Cette option ne va-t-elle pas définitivement embraser le pays et causer plus de problèmes qu’elle ne veut résoudre?

 Crédibilité menacée

Au service de qui sont les organisations d’intégration africaine? Des États ou des peuples? Ces organisations sont-elles des clubs qui défendent les intérêts des chefs d’État?

L’échec des tentatives de médiation de la Cedeao n’est-il pas assez éloquent pour convaincre que la solution à la crise sociopolitique malienne passe par des réformes socioéconomiques ambitieuses qui ramènent la quiétude. Un gouvernement d’union nationale n’est qu’un pansement de vétérinaire sur une blessure d’humain. Le coup d’État actuel l’est tout autant.

Le malaise sécuritaire rajoutera de l’allant à cette vague de mécontentement. Le ras-le-bol est profond.

Les exigences légitimes, mais incompréhensibles de la Cedeao (qui est en première ligne) pourraient lui coûter sa crédibilité et sa légitimité auprès du peuple malien, étant entendu bien sûr que les contestataires ne sont pas «le peuple». Ne serait-il pas judicieux de travailler à une concertation profonde, neutre et élargie qui accoucherait d’un consensus national de renaissance du Mali?

Les organisations d’intégration régionale sont des excroissances du peuple souverain qui a confié son pouvoir à des représentants qui l’exercent en lieu et place. Ces entités supranationales sont ainsi à son service et devraient avant toute chose prioriser son intérêt supérieur. Tel est le gage du passage d’une intégration des États à une intégration des peuples!

Bobo Ousmanou

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