Lutte contre la peste des petits ruminants : Les opinions mal informées précèdent la vaccination

À Ndangueng II (Mefou-et-Afamba), les modèles explicatifs de la maladie tendent à être des supports opposés à la méthode d’éradication choisie par les pouvoirs publics.

C’est connu. On va vacciner les petits ruminants sur pieds au Cameroun. Pour le dire plus simplement, le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia), qui pilote l’affaire, parle de vacciner les 8 millions de chèvres et moutons du pays contre la peste. Étalée sur 3 ans (2019, 2020 et 2021), l’opération commence ce 7 août 2019 sur toute l’étendue du territoire national. «La campagne est un programme mondial. Le Cameroun y a adhéré. Un plan stratégique national de prévention et de lutte contre ladite maladie a fait l’objet d’une élaboration minutieuse au Minepia. C’était avec l’appui de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation, FAO, et de l’Organisation mondiale du commerce, OMC. Sa mise en œuvre relève des urgences inscrites dans les priorités du Minepia. Le document est en cohérence avec le Programme économique, financier, social et culturel du Cameroun», détaille le Minepia, question de détruire toute appréhension auprès des éleveurs professionnels ou amateurs.

Débat
Sur le terrain, le message peine à passer. Vacciner ou ne pas vacciner ? C’est bien évidemment tout le débat porté par quelques citoyens. Pour l’essentiel, ce débat charrie une pluralité de logiques, en même temps qu’il fait cohabiter des formes très diverses de rationalités autour de l’opération. À l’échelle de Ndangueng II (village situé à une soixantaine de kilomètres de Yaoundé), la délégation départementale du Minepia pour la Mefou-et-Afamba dit avoir compté un millier de moutons et chèvres.

elativement à la vaccination de ceux-ci, le discours des uns et des autres rapporte les thèmes suivants : l’empoisonnement, le déséquilibre de la nature, l’affaiblissement du système immunitaire des petits ruminants et la responsabilité des multinationales.

Pour Alfred Ze Andela, le vaccin administré aux bêtes est un poison. Le villageois pense qu’une fois injecté, il détruirait et altérerait les fonctions vitales des 22 sujets de son cheptel. Bien plus, prétend-il, sur la base de ses expériences, «le vaccin des chèvres» accélère le rythme des contagions, elle les amplifie, transformant des pandémies en de véritables épidémies.
Comme lui, beaucoup restent fermes, mettant en évidence tout le jeu d’idées qui s’anime autour de la campagne du Minepia.

Raison
«Nous avons remarqué que toutes les nouvelles maladies, qui sont apparues ces dernières années dans le monde, sont toutes des maladies transmissibles par piqûres, précisément la vaccination», avance Pascal Zoa, notable à la chefferie de Ndangueng. À côté, Renette Owono tient pour vraie l’idée selon laquelle la nature généreuse ne peut pas créer les maladies pour nuire aux espèces vivantes animales. Cette paysanne fait l’hypothèse que les microbes parmi les moutons et les chèvres seraient peut-être un mode de communication entre ces animaux.

De fait, certains parmi les villageois commencent à objectiver que le vaccin affaiblit le système immunitaire de leurs troupeaux. «Les produits chimiques introduits dans le corps d’une chèvre, c’est vraiment nocif à mon sens. Parce ce que son système immunitaire devient fainéant. Ça, c’est très très important[…]», martèle Céline Mbazoa.

Sur ce fil d’idées, d’autres misent sur le développement de l’immunité naturelle, facile à acquérir, très efficace sur le long terme, sans danger et… gratuite ! Ceux-là préfèrent une approche plus globale de la santé animale, celle qui respecte l’environnement, l’animal lui-même, le consommateur et le contribuable. Sur le fond, ils dénoncent le «caractère commercial de la vaccination contre la peste».

Ongoung Zong Bella

Dr Antoine Tchoubia

« Les doutes proviennent des mauvais produits que l’on trouve sur le marché »

Le président de l’Ordre national des vétérinaires du Cameroun justifie la fiabilité de l’opération de lutte contre la peste des petits ruminants.

À quoi renvoie la peste des petits ruminants ?
C’est une maladie très grave des petits ruminants domestiques. Son évolution est rapide. Elle peut cependant également toucher les ruminants sauvages lorsque ces derniers entrent en contact avec les petits ruminants domestiques. Elle se caractérise par l’apparition des signes suivants : état d’abattement, hyperthermie, écoulements nasaux et oculaires, lésions buccales, difficultés respiratoires avec toux, diarrhée nauséabonde. Dans bien des cas, elle se termine par la mort de l’animal. Cliniquement, la maladie touche les moutons et les chèvres.

Quel en est l’agent causal ?
La PPR est causée par un virus appelé virus de la peste des petits ruminants (PPRV). Il s’apparente au virus de la peste bovine, de la rougeole chez l’homme, de la maladie de Carré chez les chiens et chez les carnivores sauvages et aux morbillivirus rencontrés chez les animaux aquatiques.

Que dites-vous à ceux qui se montrent réfractaires à la campagne de vaccination annoncée par le Minepia ?
Simplement que la lutte anti-vectorielle et la gestion des médicaments et des produits à usage vétérinaire reposent en premier lieu sur le Minepia qui, suivant le décret N° 2012/382 du 14 septembre 2012, est chargé de l’élaboration, de la mise en œuvre et de l’évaluation de la politique du gouvernement en matière d’élevage, de pêche et du développement harmonieux des industries animales.

Il faut aussi dire que c’est le Laboratoire national vétérinaire (Lanavet) qui effectue le diagnostic des principales maladies animales, produit et commercialise des vaccins à usage vétérinaire. Le vaccin qui est annoncé est fiable et a fait l’objet de plusieurs contre-expertises. Toutefois, sur le plan qualitatif, les médicaments vétérinaires sont soumis au contrôle de qualité effectué par le Lanacome (Laboratoire national de contrôle de la qualité des médicaments et d’expertise) avant l’octroi de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) par le Minepia.

Je suis sûr que si certains éleveurs ont des doutes, c’est à cause des mauvais produits que l’on trouve sur le marché. Il est très difficile d’avoir des statistiques complètes sur les produits vétérinaires circulant dans le pays. On ne peut pas, à priori, préjuger de leur qualité.

Propos rassemblés par OZB

 

Bon à savoir

La peste des petits ruminants (PPR) est endémique au Cameroun et le taux de prévalence global, dans le cadre de l’enquête menée en 2013, est de 36 %. Cette prévalence est plus élevée dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord (68 %), zones qui comptent à elles seules près de trois quarts des 7,5 millions de petits ruminants (Minepia, 2010 et 2011). La porosité des frontières, due à la faiblesse du système national de surveillance des maladies animales, rend les mouvements transfrontaliers du bétail difficilement contrôlables. Cette situation met en péril la santé du cheptel local. En effet, la situation géographique du Cameroun, à cheval entre l’Afrique de l’Est et l’Afrique de l’Ouest, le prédispose aux risques d’introduction de nombreuses maladies animales transfrontalières liés aux importants mouvements de bétail entre ces deux parties du continent.

Tous les pays d’Afrique situés entre le Sahara et l’équateur, de l’océan Atlantique à la mer Rouge, se trouvent dans la zone d’endémie de la PPR. L’Afrique du Nord, à part l’Égypte, n’est pas touchée par la PPR. Il en est de même pour l’Afrique australe. La zone d’endémie de la PPR s’arrête donc apparemment au nord du Kenya (une enquête sérologique menée en République-Unie de Tanzanie n’a pas révélé la présence d’anticorps anti-PPR). Cependant, il existe, dans certains pays où la présence de la maladie n’a pas été confirmée officiellement, des indications sérologiques et/ou cliniques qui démontrent la présence de l’infection.

Les animaux infectés excrètent de grandes quantités de virus par le jetage, les larmes, la salive et les matières fécales. De très fines gouttelettes de matières virulentes se forment à partir de ces sécrétions et excrétions et contaminent l’air ambiant. La toux et les éternuements contribuent à la formation de ces gouttelettes. Les animaux s’infectent en les inhalant, d’où la transmission rapide de la maladie quand le contact entre les animaux est étroit. D’autres sources de contamination sont représentées par l’eau, les aliments, les mangeoires, les abreuvoirs et les litières souillées par les matières virulentes. Néanmoins, la contamination à partir de ces sources n’est que de courte durée, car le virus de la PPR, tout comme celui de la peste bovine, ne survit pas longtemps en milieu extérieur, en raison de sa très grande fragilité. Le rassemblement et le mélange d’animaux de différentes origines contribuent à la dissémination de la maladie.

Source : FAO

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