Lutte contre la pauvreté : Les propositions de la Banque mondiale à l’Afrique noire

En développant le secteur agricole, il est possible d’améliorer les conditions de vie de plusieurs Africains.

Une exploitatin agricole en Afrique subsaharienne: la voie de l’émergence

L’Afrique compte plus de 416 millions de pauvres, c’est-à-dire des personnes vivant avec moins de 1,90 dollar US par jours. La plupart des pauvres (82%) vivent dans les zones rurales et tirent principalement leurs moyens de subsistance de l’exploitation agricole. Ceci s’explique par le fait que la principale source d’emploi et de revenu est composée de microentreprises non salariées. En cas de statu quo, le taux de pauvreté de la région devrait descendre à 23% d’ici 2030, faisant ainsi de la pauvreté mondiale un phénomène essentiellement africain, car 90 % des pauvres vivront sur le continent. Il est donc évident que l’Afrique n’atteindra pas l’objectif de développement durable (ODD) des Nations unies qui est d’éradiquer la pauvreté d’ici 2030.

Toutes ces leçons sont tirées du rapport Africa Pulse de la Banque mondiale, rendu public le 9 octobre dernier. En son chapitre 3, il est question d’«accélérer l’éradication de la pauvreté en Afrique». Pour Albert Zeufack, économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique, «il est important, si l’on veut éradiquer la pauvreté en Afrique, d’accroitre la productivité du secteur agricole et de transformer notre agriculture».

Inversion de la courbe
Le rapport préconise plusieurs solutions: mettre l’accent sur les politiques pouvant augmenter les revenus des pauvres, notamment ce qui peut concourir à l’accroissement de la productivité agricole; connecter les pauvres au marché, en construisant des infrastructures leur permettant d’écouler leur production aisément et d’accroitre leurs revenus; rendre le financement accessible aux populations. Parmi les outils, l’économiste principal a présenté des éléments de réussite qui peuvent faire cas d’école: au Nigéria et au Kenya, des sociétés se sont spécialisées dans la location des tracteurs et autres intrants agricoles inaccessibles aux pauvres par leur coût, ceci à l’effet d’optimiser la productivité. Il a également proposé des solutions numériques qui peuvent faciliter l’accès au financement et mettre en relation les producteurs et les acquéreurs de produits agricoles (marchés agricoles virtuels).

Fécondité, genre
Le rapport soulève également 3 facteurs d’aggravation de la pauvreté sur le continent: la forte démographie, les inégalités hommes/femmes et les chocs climatiques. Pour ce qu’il est de la démographie, la fécondité élevée et la croissance démographique freinent la réduction de la pauvreté, car la production de richesse par pays reste insuffisante par rapport au nombre d’habitants. Ensuite, la Banque mondiale indique qu’en octroyant les mêmes chances aux femmes, elles produiraient autant voire plus que les hommes. On aurait ainsi une meilleure productivité, plus de revenus et de consommation pour les familles. En ce qui concerne les chocs climatiques, il est établi, selon le docteur Albert Zeufack, que la couche de la population la plus exposée au changement climatique ce sont les pauvres. À l’instar du cyclone qui a frappé le Mozambique, le Zimbabwe et le Malawi, ce sont les productions agricoles des populations qui ont été ravagées. Leurs revenus ont été hypothéqués, de même que leurs engagements sociaux (éducation, santé, logement…). Il faut de ce fait renforcer la résilience des populations face aux phénomènes climatiques violents.

 

Afrique subsaharienne

Les grandes économies tirent vers le bas!

Elles font baisser la croissance moyenne du continent de 4 % à 2,6 %.

 

L’Afrique du Sud, l’Angola et le Nigéria, qui sont trois grandes économies africaines, ont une croissance économique inférieure à 1 %. C’est le constat effectué par la Banque mondiale, dans son rapport semestriel Africa Pulse. Cette performance constitue un contre-levier pour le continent noir. Si l’on ôtait ces trois pays, la croissance moyenne de l’Afrique subsaharienne serait de 4 % en 2019, bien mieux que ce qui est projeté, à savoir 2,6 %. «Ces données montrent le besoin de réformes structurelles dans ces grandes économies», a prévenu Albert Zeufack.

La croissance africaine est tirée par plusieurs groupes. Le groupe principal est constitué de l’Éthiopie, du Rwanda, de la Côte d’Ivoire et du Ghana. Ces pays ont une croissance supérieure à 7%. Ils sont classés parmi les champions mondiaux de la croissance. 6 autres économies africaines croient à plus 6% par an: ce sont le Bénin, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal, l’Ouganda et le Burkina Faso. Avec ces 10 économies, l’Afrique demeure l’une des régions les plus dynamiques dans le monde.

Structure
Cette atonie de la croissance africaine s’explique par 3 facteurs principaux: les incertitudes liées aux tensions commerciales dans le monde. Ce facteur qui affecte les exportations de l’Afrique dans le monde, les investissements en Afrique et donc la croissance du continent. Le second facteur est le ralentissement du rythme des réformes structurelles dans les pays. Il s’agit notamment des réformes dans le domaine de la gestion de la dette, dans le domaine des institutions du secteur public et de la gouvernance. Le troisième facteur a trait aux chocs climatiques marqués cette année par des catastrophes naturelles et une alternance de cycles de sécheresses et d’inondations qui affectent la production agricole sur le continent.
Les répercussions directes sur les indicateurs économiques du continent sont la baisse des exportations, la baisse des investissements. D’une certaine façon, cela signifie que les gouvernements, les individus, les entreprises investissent de moins en moins et créent moins d’emplois sur le continent.

Leçons
Avec une croissance économique de 2,6 % et une poussée démographique de 2,7 %, l’Afrique connait une croissance nulle, voire négative, par tête. Si l’on met en perspective le taux d’inflation, il est clair que l’Afrique doit encore fournir beaucoup d’efforts.
Globalement, cette croissance crée donc moins d’opportunités pour les Africains. Comme l’a indiqué sur son site internet Ibrahim Mayaki, secrétaire exécutif du Nepad, «la croissance ne se mange pas! Pourtant, ce n’est pas une fatalité. Pour obtenir une meilleure croissance en Afrique, les solutions sont connues: réformes structurelles, intégration régionale, investissements dans l’éducation et les infrastructures».

Zacharie Roger Mbarga

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