Lutte contre la corruption au Cameroun : De petits pas dans la bonne direction

C’est ce qui transparaît du Rapport sur l’état de ce fléau dans notre pays tel que présenté le 17 décembre dernier par le président de la Commission national anti-corruption (Conac).

En application de l’article 24 de son décret organique, la Commission nationale anti-corruption (Conac) a rendu public le 17 décembre dernier à Yaoundé, le «Rapport sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun en 2019». C’était au cours de la cérémonie officielle de présentation dudit document présidée par le Révérend Dr Dieudonné Massi Gams. De la restitution faite par le président de l’institution des constats, conclusions et recommandations du 10ème rapport du genre, l’on peut alors retenir que «le Cameroun a fait des progrès dans la lutte contre la corruption qui n’est plus un tabou dans notre pays, même si beaucoup reste encore à faire et nécessite d’ailleurs l’implication de tous», a indiqué le haut commis de l’Etat qui s’est d’ailleurs fait fort de rappeler que «le secteur éducatif a été l’une des cibles privilégiées à l’occasion notamment des jeux Fenassco A et B ou encore des jeux universitaires».

Bons points

Au cours de la période sous observation, la Conac a fait savoir, pour s’en féliciter, qu’elle a reçu 98 contributions contre 81 en 2018, soit une augmentation de 17 contributions. Et au rang des motifs de satisfaction que le président de l’institution a justement relevés, il y a les contributions venues «de l’Agence nationale d’investigation financière (Anif) et de l’Agence de régulation des marchés publics (Armp) dont nous avons déploré l’absence dans le rapport 2018», dira Dieudonné Massi Gams. Mais pour le président de la Conac, les raisons d’espérer une issue heureuse dans la lutte sans merci engagée pour éradiquer la corruption dans notre pays sont nombreuses. Et sans avoir été exhaustif, le président de la Commission nationale anti-corruption a par exemple salué «l’implication de plus en plus visible des juridictions dans ce combat, puisque 17 d’entre elles ont contribué dans ce rapport contre 16 en 2018 et seulement 7 en 2017». De même, la Conac a enregistré 31 contributions de la part des départements ministériels, 25 des entreprises publiques et 9 de la société civile.

Par ailleurs, dans la cadre de ses activités de prévention, communication, formation et surtout d’investigations, la Commission national anti-corruption a pu procéder à l’exploitation de 17 350 dénonciations faites via son numéro d’appel gratuit, le 15/17. Ceci sans tenir compte des initiatives à résultats rapides (IRR) à la mise dans la mise en œuvre desquelles, la Conac a dû accompagner six départements ministériels.

Précieux gains

Le dispositif de lutte contre la corruption tel qu’arrêté dans le cadre de la Stratégie nationale en la matière, a fonctionné à plein régime avec, à la clé, de précieuses victoires. Pour celles que l’on peut mettre à l’actif de la Conac, il y a le préjudice subi par l’État que l’institution a évalué à 10 milliards 270 millions 732 mille 700 FCFA. C’est dans le cadre des deux enquêtes menées par ses soins au sujet du paiement des frais de justice dans les trésoreries générales de Douala et Nkongsamba, mais également au sujet du paiement des indemnités aux ex-temporaires du Chantier naval et industriel du Cameroun.

De leur côté, le Contrôle supérieur de l’Etat à travers le Conseil de discipline budgétaire et financière (CDBF), l’Anif, le Conseil national de la Communication (CNC), Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel) et l’ARMP, ont également permis de prévenir des cas de corruption voire, de les sanctionner. S’agissant par exemple du CDBF, «26 décisions ont été rendues à l’encontre de responsables et d’anciens responsables de onze administration publiques et onze parmi ces responsables ont été reconnus coupables de faute de gestions diverses. Des amendes spéciales d’un montant de 18,40 millions FCFA leur ont été infligées. Certains ont été mis en débet pour un montant de près de 2,534 milliards FCFA», a relevé avec satisfaction Dieudonné Massi Gams.

Les mauvais élèves

A plusieurs niveaux, plusieurs acteurs se sont illustrés négativement au cours de la période sous observation. D’abord, la Conac a mentionné, pour le déplorer, «qu’aucune collectivité territoriale décentralisée n’ait fait parvenir sa contribution pour le compte du rapport 2019 et que comme en 2018, le ministère de l’Administration territoriale (Minat) et le ministère de l’Agriculture et du développement rural (Minader), ne l’aient pas fait non plus». Ensuite, il est à noter que «pour 18% d’appel concernant les cas de corruption, le ministère des Finances constitue la structure la plus stigmatisée pour des pratiques telles que les rétro commissions ou pourcentages, les pots-de-vin pour la délivrance de la carte de contribuable, le traitement de dossiers de pension, ou encore le dédouanement des marchandises», a également énumérer le président de la Conac. Dans sa lancée, Dieudonné Massi Gams, n’a pas hésité à compléter ce sombre tableau en indexant tour à tour «les Affaires foncières, les Forces de maintien de l’ordre et les mairies qui font l’objet de nombreuses plaintes auprès de son institution». Enfin, et même l’évaluation des plans régionaux n’a pas été faite dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en raison de la situation sécuritaire qui y prévaut, le président de la Commission national anti-corruption a laissé entendre qu’«il lui est revenu que l’insécurité dans ces deux régions y fait le lit de la mauvaise gouvernance».

Des constats qu’il est de toute façon loisible de faire en parcourant les 288 pages du Rapport dont l’architecture présente en gros cinq titres à savoir : «le titre 1 sur les activités de lutte contre la corruption des institutions de contrôle ; le titre 2 sur celles des juridictions ; le titre 3 sur celles des départements ministériels ; le titre 4 sur les activités des entreprises publiques et le titre 5 sur celles du secteur privé et de la société civile»,  a tenu à présenter Dieudonné Massi Gams, le président de la Conac.

Théodore Ayissi Ayissi (stagaire)

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