L’intégration par l’interconnexion numérique : Quel apport en zone Cemac?

Par Aïssatou Idrissa, PHD en droit public, responsable de la cellule administrative et financière OBSIC-AC.

Dr Aïssatou Idrissa

En tant que catalyseur dans tout projet de développement, la communication fait partie des objectifs majeurs adoptés par les chefs d’État et de gouvernement de la sous-région Afrique centrale. À l’ère de la mondialisation des échanges et de la célérité dans le transfert et le traitement des données, l’interconnexion numérique est apparue comme le projet majeur devant faciliter le rapprochement des États et peuples d’Afrique centrale. Elle s’est développée ces dernières années dans cette sous-région principalement par l’apport de l’économie numérique et l’installation des fibres optiques. À cet effet, des sommets de haut niveau lui ont été consacrés.

D’une part, s’agissant de l’interconnexion à travers l’installation des fibres optiques, s’est tenu en 2007 le sommet de la Cemac à Ndjamena au Tchad, qui a permis l’adoption d’un Programme d’amélioration de la communication en Afrique centrale et la mise en place d’un réseau communautaire de fibre optique dénommé Central Africa Backbone (CAB). Sont membres de ce réseau le Cameroun, le Tchad, la Centrafrique, le Gabon, la République du Congo, la Guinée Équatoriale. Par ailleurs, le réseau a étendu la qualité de membre aux États membres de la CEEAC, tels que Sao Tome et Principe, Angola et Burundi. Quoique particulièrement mineures, les prémices de la réalisation de ce grandiose programme d’interconnexion sont visibles:

– Phase 1 – En novembre 2008, le Gabon, la Guinée Équatoriale et la République Démocratique du Congo ont formulé auprès de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD) des requêtes de financement pour la composante nationale du projet de réseau à fibre optique de l’Afrique centrale. Ils ont par la suite lancé leurs chantiers, tout comme certains pays de la zone CEEAC;

– Phase 2 – Le 16 mars 2012, l’installation de la fibre optique déployée le long du pipeline Tchad-Cameroun est opérationnalisée. Cette phase intègre la République Centrafricaine;

– Phase 3 – Le 1er octobre 2012, les tronçons transfrontaliers Congo-République Centrafricaine, Congo-Gabon, Congo-Cameroun et Congo-République Démocratique du Congo sont aménagés dans le sens de la mise sur pied de la fibre optique.
Tous ces chantiers en cours de réalisation dans la sous-région Afrique centrale impliquent des avantages assez considérables pour le renforcement de l’intégration et le développement des pays visés. Plus récemment, en date du 12 novembre 2021, a été lancé le projet de l’interconnexion des réseaux de transmission à fibre optique entre le Tchad et le Cameroun.

D’autre part, la Conférence sous-régionale pour le développement de l’économie numérique des pays de l’Afrique centrale, tenue au Cameroun du 23 au 25 mai 2018, s’est principalement focalisée sur la question de l’implication socio-économique du développement d’un réseau de communication numérique. À l’issue de cette Conférence, quatre piliers ont été adoptés en vue de la réduction de la fracture numérique, de l’incitation des pays d’Afrique centrale à l’exploration des domaines innovants offrant d’importantes perspectives économiques, tels que l’intelligence artificielle, les métadonnées, l’Internet des objets, le commerce électronique, l’e-éducation, l’e-santé et l’e-gouvernement. Concrètement, l’ampleur du développement du secteur du transfert de données financières, monétaires et monétiques par voie mobile illustre avec force le chemin parcouru.
Au regard de cette démarche binaire, prenant appui tant sur l’installation des fibres optiques que sur le développement de l’économie numérique, l’interconnexion numérique tend à engendrer par son action des apports positifs pour l’intégration en Afrique centrale. Elle vise donc:

– À favoriser, dans un contexte de mondialisation des réseaux de communication, l’amélioration de la connectivité en vue d’influencer la croissance des affaires;

– À favoriser la coordination des infrastructures communes;

– À bénéficier de toutes les innovations technologiques favorisant l’émergence d’une économie numérique, l’accès facile des populations, des administrations et des entreprises à des services de télécommunication (TIC) fiables et à moindres coûts,

l’inclusion sociale, économique et financière des populations (de l’intérieur du pays et dans la zone Afrique centrale), le

renforcement des offres de formations et l’accès aux TIC améliorées dans le cadre du déroulement des formations;

– À améliorer l’offre des sources de communication au profit des populations desdits pays en vue d’accéder à des services de télécommunication de qualité et à moindre coût;

– À booster les échanges de biens et services au-delà du renforcement de l’intégration sous-régionale.

Longtemps pénalisés en raison de l’absence ou du faible accès à l’électricité et du manque d’infrastructures numériques, les populations et les entreprises des pays de la sous-région pourront voir leurs activités s’améliorer considérablement grâce à l’accès à un réseau de communication à haut débit et à une formation adéquate.
En vue de l’atteinte de ces objectifs, des stratégies ont été proposées comme celles contenues dans le document de stratégie d’intégration régionale élaboré et proposé par le Pr Jean Emmanuel Pondi. L’on pourra clairement identifier parmi celles-ci l’interconnexion numérique considérée aujourd’hui comme une forme nouvelle de coopération pouvant servir réellement de point de rapprochement des États et populations de l’Afrique centrale.

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