Les févriers du roi

Le 13 février 2020, Paul Biya a officiellement atteint 87 ans. Autour d’un énorme gâteau d’anniversaire et quelques membres de sa famille, le dirigeant le plus âgé d’Afrique s’est attaché à marquer l’événement par une forme de sobriété dans sa résidence à Mvomeka’a, comme indiqué par le site internet de la présidence de la République.

Sur la face des citoyens, ce support a placé de nombreuses images chargées de raconter quelques anecdotes savoureuses de la célébration. À Yaoundé, Ferdinand Ngoh Ngoh a joué au guide dans un palais des Congrès gracieusement prêté aux associations de jeunes. Cameroon Tribune du 14 février 2020 a appelé cela «méga-meeting». Rapportant le verbatim y relatif, le même journal a relevé une phrase du secrétaire général de la présidence de la République: «Je dois l’avouer, je n’ai jamais assisté à des fêtes d’anniversaire aussi belles que celles que vous organisez chaque année pour notre président bien-aimé». À écouter le «vice-dieu», c’est avec ses propres deniers que la jeunesse organise annuellement le faste au cours duquel un joli monde issu des cercles du pouvoir trinque joyeusement. Sur cette affaire-là, les uns serrent les rangs, les autres serrent les dents. Pour le dire autrement, le 87e anniversaire de Paul Biya a eu un petit goût étrange de mélange des genres, où discours des vrais ont répondu en écho aux faux. Tournons!

Mais remarquons vite que, à quelques exceptions près, les févriers du roi ont rarement été tranquilles. Depuis qu’il est là, on dirait qu’au cours du mois de février, le magistère du prince devient une véritable course d’obstacles diplomatico-sociopolitique. Tenez! Le 14 février 1998, au lieu-dit dépôt SCDP (Société camerounaise des dépôts pétroliers) au quartier Nsam-Efoulan en plein cœur de Yaoundé, une importante colonne de feu consumait des citoyens déployés à siphonner du carburant d’un wagon-citerne ayant déraillé quelques minutes plutôt. Bilan officiel: 200 morts! Le roi n’était pas là. À son retour, il instruit une commission d’enquête. On attend toujours que les résultats soient publiés. Mgr Jean Zoa de regrettée mémoire n’avait pas manqué de pester: «Comment expliquez-vous que des enfants de bas âge aillent ramasser de l’essence à cause de la pauvreté? Où est donc notre dignité? Qui est responsable?»

Face à la recrudescence du grand banditisme, le roi avait signé le décret n° 2000/0027, portant création et organisation du Commandement opérationnel le 20 février 2000. L’on a expliqué et réexpliqué ce qui s’était passé par la suite. Personne n’a jamais rien compris. Black-out sur l’explosion de la poudrière du Quartier général de l’armée camerounaise à Yaoundé, dans la nuit du 17 au 18 février 2001.

De même, on n’a jamais rien compris au sens du décret n° 2001/041 du 19 février 2001, relatif à la gratuité de l’école au Cameroun, dans son article 47 précisément. En tout cas, l’on parle de «gratuité qui coûte cher». Quelques esprits estiment que c’est l’une des choses qui ont gardé d’ardentes flammes en éveil jusqu’en février 2008. On vivait alors les émeutes de la faim. Une centaine de jeunes Camerounais sont morts dans ce brouhaha sociopolitique, lequel avait eu le tort de coïncider avec l’adoption du projet de révision constitutionnelle controversée qui consacrait de facto la présidence à vie au Cameroun.
Et quand le 19 février 2013 Boko Haram emmenait avec lui 7 Fournier partis en villégiature dans l’Extrême-Nord, on a vu le roi se féliciter d’avoir évité un affront diplomatique avec l’ancêtre gaulois. Même posture le 24 février 2014, quand Michel Thierry Atangana bénéficia d’une intervention directe de François Hollande.

Belle note cependant: le jour de son 67e anniversaire, le roi jubilait avec le trophée de la Coupe d’Afrique des nations (Can). Ses fauves avaient rugi au Nigeria. C’était le 13 février 2000.

 

Jean-René Meva’a Amougou

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