Les cruelles vérités du Burkina Faso

“Il est déjà noble de défendre son bien, son honneur et sa religion à la pointe de l’épée… mais il est vil, contraire à la nature et déshonorant de laisser son bien, son honneur et sa religion à la merci des malfaiteurs.” Je me suis souvenu de ces mots puissants de Gandhi en écoutant le discours à la fois musclé et dense du ministre d’État Bassolma Bazié qui parlait au nom du Burkina Faso à la 78e session de l’Assemblée générale des Nations unies.
Le Burkina a clairement signifié, ce 23 septembre 2023, qu’il refusait fermement de laisser l’Occident barbare et brutal piller ses ressources naturelles, piétiner son honneur et lui imposer des pratiques abominables comme l’homosexualité.
Le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Protection sociale a commencé son propos en réhabilitant nos héros “exécutés de façon violente ou assassinés à travers le feu des prisons et des empoisonnements pour avoir incarné les rêves, les ambitions et l’espoir des peuples meurtris, violés, violentés et pillés”. Ce sont, entre autres, Fidèle Castro de Cuba, Patrice Emery Lumumba du Congo, Kwamé Nkrumah du Ghana, Modibo Keïta du Mali, Ruben Um Nyobé et Félix Moumié du Cameroun, Sylvanus Olympio du Togo, Che Guevara de l’Argentine, Martin Luther King et Malcolm X des États-Unis d’Amérique, Nelson Mandela de l’Afrique du Sud, Jomo Kenyatta du Kenya, Amilcar Cabral de la Guinée Bissau et des Îles du Cap-Vert, Marien Ngouabi du Congo-Brazzaville, Barthélemy Boganda de la République centrafricaine, Samora Machel du Mozambique, Agostino Neto de l’Angola, le capitaine Noël Isidore Thomas Sankara du Burkina Faso, Victor Biaka Boda de Côte d’Ivoire. Ces valeureux combattants de la liberté et de la justice longtemps peints en noir et diabolisés par ceux-là mêmes qui avaient commandité leur mort, il était temps que leur honneur soit lavé. Ils furent éliminés, non parce qu’ils étaient intransigeants ou extrémistes comme le prétend Pierre Messmer, Premier ministre sous Georges Pompidou et haut-commissaire de la France au Cameroun, dans “Après tant de batailles. Mémoires” (Paris, Albin Michel, 1992), mais parce qu’ils réclamaient la vraie indépendance.
Le porte-parole du Burkina a aussi estimé que le peuple libyen n’avait pas besoin de larmes pour la catastrophe diluvienne qui vient de l’endeuiller mais d’excuses pour la destruction de la Libye et la mort de son guide en octobre 2011, qu’il était injuste de priver le Niger de parole à cette Assemblée générale.
Il n’a pas manqué de condamner “la haute hypocrisie et l’absence de conscience, de morale et de justice” de la soi-disant communauté internationale avant de se demander pourquoi tout le continent africain qui compte 1,3 milliards d’habitants n’a aucun siège permanent au sein du Conseil de Sécurité avec un droit de veto si les Occidentaux aiment tant l’Afrique.
Enfin, pour Bazié, les 58 soldats français morts au Sahel ne sont pas plus importants que les 17 000 Maliens ayant perdu la vie pendant les deux guerres mondiales (cf. Bakari Kamian, “Des tranchées de Verdum à l’église Saint-Bernard: 80 000 combattants maliens au secours de la France”, Paris, Karthala, 2001).
L’an dernier, à la même tribune, le Mali parla haut et fort sans que le ciel ne lui tombe dessus. Aujourd’hui, c’est au tour du Togo, de la Guinée et du Burkina de dénoncer sans détour l’arrogance, la duplicité et l’incohérence des Occidentaux. Un signe parmi tant d’autres que “l’Occident qui domine le monde, c’est fini” (Gérard Araud) et que la cause de la libération de l’Afrique progresse?

Jean-Claude DJEREKE

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