Les calculs de l’Oncle Sam

Du 13 au 15 décembre prochain, Washington va accueillir le Sommet des dirigeants États-Unis/Afrique.

 

Selon la Maison Blanche, chefs d’entreprise et décideurs politiques des États-Unis et d’Afrique vont discuter «des voies et moyens capables de promouvoir une croissance et un développement économiques inclusifs et durables sur tout le continent, d’accroître les flux de capitaux et d’encourager l’esprit dynamique d’entrepreneuriat et d’innovation qui prévaut dans toute l’Afrique». Au menu des discussions susceptibles d’avoir une portée concrète, on relève essentiellement celle relative à l’avenir des PME africaines. Pour toutes les parties, il s’agit d’approfondir leurs idées sur la façon dont les dispositifs institutionnels existants entre les États-Unis et l’Afrique atteignent – ou n’atteignent pas – leurs objectifs initiaux. Autrement dit, il s’agit d’en comprendre les mécanismes afin d’élaborer d’autres dispositifs qui permettent plus directement de répondre à l’objectif initial de la coopération américano-africaine. L’intérêt de la rencontre étant admis, il reste à comprendre pourquoi.

Si de nombreux arguments plaident en faveur de l’intérêt américain envers le continent africain, il n’est pas à oublier que le potentiel pétrolier de l’Afrique suscite une réelle attention de Washington, pour des raisons tant géostratégiques qu’économiques. Dans un tel cadre, ont toujours dénoncé des experts, les principes qui dictent la politique américaine en Afrique ne sont pas très clairs. Ils changent dans le temps en fonction du contexte géopolitique. Finalement, la mise en perspective de la politique africaine des États-Unis sur le temps long laisse apparaître des permanences et des mutations. Première rupture, depuis l’avènement de la diplomatie commerciale de B. Clinton, l’accent est mis sur le potentiel économique de l’Afrique. Washington, dont l’objectif est de réduire la dépendance énergétique nationale à l’égard du golfe Persique, souhaite accroître ses importations pétrolières en provenance de l’Afrique occidentale, de 15% en 2001 à 25% en 2020 (Servant 2003). Plus généralement, l’intervention américaine est désormais guidée par un principe de sécurisation préventive, qui passe par une politique tournée vers le développement économique, le renforcement du processus de démocratisation du continent, et la prévention du sida.

L’abondance des richesses naturelles de l’Afrique, le pétrole en particulier, suscite le repositionnement de la diplomatie américaine. La priorité est donc désormais le soutien à la démocratie et au développement économique, conçus comme étant articulés; c’est la stratégie de l’«élargissement démocratique» chère à B. Clinton. Symboliquement, cette nouvelle posture se concrétise par le renouvellement du dialogue diplomatique et politique entre les États-Unis et l’Afrique. Elle se traduit surtout en 2000 par le vote de la loi Trade and Development Act (dite AGOA, African Growth and Opportunity Act) qui facilite l’accès au marché américain pour certains produits (en l’occurrence le textile) d’Afrique et des Caraïbes. Mais, dénoncent encore des experts, cela n’est pas sans risque pour le continent africain dont la position dans la division internationale du travail se voit ainsi entérinée. En outre l’AGOA, instrument de la politique commerciale de Washington afin de contrecarrer la menace que représentent pour l’industrie textile américaine des pays tels que la Chine, l’Inde, l’Indonésie ou le Pakistan, apparaît comme un «marché de dupe» pour l’Afrique subsaharienne, peu assurée d’en tirer un avantage commercial.

Jean-René Meva’a Amougou

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