L’éducation financière et boursière, clef du développement des marchés boursiers africains

Ces dernières décennies, l’on a assisté à une augmentation rapide du nombre de bourses des valeurs sur le continent africain. De 8 places boursières (3 en Afrique du Nord et 5 en Afrique subsaharienne) en 1990, on est passé à 18 en 2000, puis à 29 bourses des valeurs dont 2 bourses régionales aujourd’hui.

Avec cette évolution, chaque région du continent dispose désormais au moins d’une place boursière et est en droit d’espérer une contribution appréciable de celle-ci au financement de son économie. Mais, le constat est tout autre ; la situation est peu reluisante. En effet, à l’exception de la Johannesburg Stock Exchange Limited, Namibian Stock Exchange, Malawi Stock Exchange et Bourse de Casablanca qui, avec une capitalisation boursière de USD 1 302 milliards, 119,655 milliards, 14,620 milliards et 68,398 milliards respectivement, représentent individuellement plus de 50% du PIB de leurs  pays, les 25 autres bourses du continent continuent encore de jouer un rôle modeste dans leurs économies.   Par ailleurs, lorsqu’on analyse le nombre de sociétés introduites en bourse, l’on  réalise qu’il y a peu d’engouement de la part des émetteurs africains de titres. Sur les 29 places boursières, seules 3 abritent à ce jour plus de 100 sociétés. Il s’agit notamment de la Johannesburg Stock Exchange Limited (377 sociétés cotées), Egypt Stock Exchange (222 sociétés cotées) et Nigerian Stock Exchange (172 sociétés cotées). Soulignons que le nombre restreint de sociétés cotées pourrait exposer une bourse au risque de concentration des transactions sur seulement 2 ou 3 sociétés comme c’est le cas pour plusieurs d’entre elles.Au niveau régional, la situation du développement des marchés bousiers se présente diversement. L’Afrique Australe qui compte actuellement 9 bourses : Malawi Stock Exchange, Johannesburg Stock Exchange Limited, Dar-es-Salam Stock Exchange, Lusaka Stock Exchange, Namibian Stock Exchange, Stock Exchange of Mauritius, Botswana Stock Exchange, Swaziland Stock Exchange et Zimbabwe Stock Exchange, occupe une position dominante sur le continent avec une capitalisation boursière totale de USD 1 460,524 milliards au 31 décembre 2017 ; soit 86,27% de celle de l’Afrique. Si l’on excluait l’Afrique du Sud, la capitalisation boursière de cette région, bien que demeurant la plus importante, serait réduite à seulement USD 158,52 milliards. En Afrique du Nord, 4 bourses des valeurs opèrent. Ce sont : la Bourse de Casablanca, Egypt Stock Exchange, Bourse de Tunis, Bourse d’Alger et Libyan Stock Market. Cette région d’Afrique affiche une capitalisation boursière totale de USD 124,431 milliards qui représente 7,35% de celle du continent. L’Afrique de l’Ouest regorge de 5 bourses des valeurs : The Nigerian Stock Exchange, Ghana Stock Exchange, Bourse Régionale des Valeurs Mobilières, Bolsa de Valores de Cabo Verde et Sierra Leone Stock Exchange. Sa capitalisation boursière s’établit à USD 69,90 milliards (4,13%).L’Afrique de l’Est a le plus grand nombre de bourses des valeurs après l’Afrique Australe. Les 8 marchés en présence sont les suivants : Nairobi Securities Exchange, Uganda Securities Exchange, Rwanda Stock Exchange, Bolsa de Valores de Mozambique, Seychelles Securities Exchange, Somalia Stock Exchange, Khartoum Stock Exchange et ALTX East Africa Exchange. Elle totalise une capitalisation boursière de USD 37,745 milliards (2,23%)L’Afrique Centrale comporte 2 bourses des valeurs qui sont sur le point de fusionner. Il s’agit de la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale et Douala Stock Exchange. La capitalisation boursière du marché des actions de cette région s’élève à USD 0,414 milliards (0,02%).

 Sources : Sites web des bourses ; African Securities Exchange Association

S’agissant des sociétés cotées, leur nombre varie également d’une région à une autre.

L’Afrique Australe arrive en tête avec 669 sociétés cotées. Hormis l’Afrique du Sud, le nombre de sociétés cotées dans cette région chute à 292 et passe en deuxième position après l’Afrique du Nord qui enregistre 392 sociétés cotées. Ensuite viennent l’Afrique de l’Ouest (265 sociétés cotées), l’Afrique de l’Est (190 sociétés cotées) et l’Afrique Centrale (4 sociétés cotées).

Sources : Sites web des bourses ; African Securities Exchange Association

L’analyse de la situation révèle que les bourses africaines dans leur majorité ont une taille modeste et par conséquent leur contribution au développement de l’économie des Etats demeure marginale. Et ce, en dépit des nombreuses reformes d’ordre légal, réglementaire et opérationnel opérées en vue de les redynamiser et développer. Dans ces conditions, il ne sera donc pas surprenant de noter que les volumes des transactions réalisées sur lesdits marchés restent aussi faibles.

L’une des causes principales de cette léthargie est l’insuffisance de la culture boursière en Afrique. Celle-ci est traduite par entre autres la réticence des sociétés à recourir au marché boursier comme voie privilégiée pour le financement de leurs investissements, la non-spontanéité de la diffusion de l’information financière et de tout autre information pertinente lorsque la société est cotée et la rareté des opérations capitalistiques à réaliser à travers la bourse pour le financement de son développement. Elle est également exprimée par la méfiance de bon nombre d’opérateurs économiques qui considèrent toujours que la bourse est une “affaire de spécialistes et surtout de riches”. Ils préfèrent donc employer leur épargne à d’autres fins comme l’immobilier et le commerce des marchandises  que dans des actifs financiers tels que les actions et les obligations qu’ils connaissent moins. Le problème de culture boursière peut aussi se présenter quelquefois sous forme de conflit de compétence entre le secteur bancaire et le marché financier. Certaines banques considèrent que le financement à long terme longtemps pratiqué par celles-ci est une prérogative qui ne doit pas leur échapper. Aussi, voient-elles en la bourse une concurrente permanente et la traite comme telle alors qu’elles sont normalement complémentaires dans leur rôle de mobilisation de l’épargne.

Afin de remédier donc à ce problème, la solution qui s’impose est celle de l’éducation financière et boursière. Il faut régulièrement effectuer des campagnes pédagogiques auprès des épargnants et des dirigeants de sociétés en vue de les aider à améliorer leurs connaissances des rouages de la bourse, et des produits, concepts et risques financiers de sorte à leur permettre d’acquérir les compétences et la confiance en soi nécessaires pour prendre des décisions d’épargne et d’investissement en toute responsabilité. Ils pourraient par ce biais accroitre leur intervention sur le marché.

De même, les gestionnaires de l’épargne, conseillers et intermédiaires financiers devraient être pris en compte dans le programme de formation financière et boursière. Cela permettrait d’éviter toute confusion de rôle entre la banque et la bourse lors des opérations financières telles que les appels publics à l’épargne. La formation reçue par ces acteurs du marché pourrait les aider à adopter les bonnes pratiques. Ce qui crédibiliserait leur travail  et ainsi, rassurerait l’investisseur.

L’objectif majeur est de faire de chaque Africain un intervenant averti pour le développement de son pays voire du continent. Pour ce faire, les autorités des bourses africaines devraient cibler avant tout, les investisseurs locaux. Ceci a pour avantage de prémunir les marchés  contre les effets spéculatifs des flux étrangers. Bien entendu, si ces investisseurs sont assez actifs sur les marchés, le volume des transactions et le ratio de liquidité s’amélioreront. Ce qui susciterait à son tour l’intérêt des investisseurs étrangers et inciterait d’autres sociétés à se faire coter en bourse.

Précisons qu’aucune réforme ne pourra conduire à un véritable développement des marchés boursiers africains sans l’implication de la majorité des Africains. Ceux-ci auront de l’engouement pour lesdits marchés, s’ils en comprennent le bienfondé et sont débarrassés des préjugés. Et cela passe par l’éducation financière et boursière du peuple. Les dirigeants des bourses africaines devraient donc s’en servir comme point focal de leurs stratégies de développement des places financières et organiser les évènements financiers en conséquence.

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