L’Afrique à la conquête de la gouvernance mondiale : Fonction publique internationale : l’offensive africaine

L’Union africaine va proposer des candidatures uniques pour l’Union postale universelle et l’Organisation mondiale du commerce.

 

Le postulant camerounais Younouss Djibrine

En 2020, l’Afrique aura un candidat au poste de vice-directeur général de l’Union postale universelle (Upu). Il s’agit de l’actuel secrétaire général de l’Union panafricaine des postes (Upap), le Camerounais Younouss Djibrine. Le renouvellement de l’équipe dirigeante du Bureau international de l’Upu se déroulera en septembre 2020 en Côte d’Ivoire. Ce sera à la faveur du 27e congrès mondial de l’Union postale universelle (Upu). Lors de la dernière 32e session ordinaire de l’Assemblée de l’Union africaine qui s’est tenue à Addis Abeba au mois defévrier 2019, les chefs d’État ont «endossé cette candidature, faisant ainsi de ce haut fonctionnaire international le candidat de l’Afrique au poste de vice-directeur général de l’Upu» a déclaré Minette Libom Li Likeng. La ministre camerounaise des Postes et Télécommunications, présidente en exercice de la conférence des plénipotentiaires de l’Upap, s’exprimait le 24 septembre 2019 à Genève (Suisse), à l’occasion du 3e congrès extraordinaire de l’Upu.

De même, les ministres africains du Commerce négocient à l’effet de proposer une candidature africaine pour le poste de directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le mandat de l’actuel top management, Roberto Azevedo, arrive à son terme en 2021. Le sujet sera sur la table lors de la 10e réunion des ministres qui devrait avoir lieu à Lusaka dans les prochaines semaines. C’est un sérieux challenge, quand on sait que l’organisation est au cœur des enjeux géoéconomiques actuels: la guerre commerciale sino-américaine et la plainte déposée par la Chine à l’OMC, l’escalade fiscalo-douanière entamée par les États-Unis d’Amérique envers ses principaux partenaires commerciaux. En clair, les relations économiques internationales connaissent un dérèglement à endiguer, d’autant plus que la réforme de l’OMC devient un impératifurgent. Le profil reste donc à trouver afin de donner des chances à la candidature africaine.

Polarisation
À plusieurs reprises, l’Afrique a requis toute sa place dans la gouvernance mondiale. C’est le cas avec l’appel de Nice où 38 chefs d’État et de gouvernement africains présents au sommet Afrique-France de Nice ont demandé une meilleure représentation du continent dans les organisations internationales, et notamment au Conseil de sécurité des Nations unies.

Le président Paul Biya a convoqué, en mai 2010, la conférence Africa 21, qui célébrait les cinquantenaires des indépendances sur le continent. Elle questionnait la place de l’Afrique dans la gouvernance internationale. Près d’une décennie plus tard, l’évaluation n’est pas très reluisante. Un Africain préside la 74e session de l’Assemblée générale de l’Onu: le Nigérian Tijjani Muhammad-Bande. Depuis 1961, 13 Africains ont été élus à la présidence de l’Assemblée générale des Nations unies. Quatre pays d’Afrique de l’Ouest (le Libéria, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Nigéria à deux reprises), trois d’Afrique du Nord (la Tunisie, l’Algérie et la Libye), deux d’Afrique australe (la Zambie et la Namibie), deux d’Afrique de l’Est (l’Ouganda et la Tanzanie) et un d’Afrique centrale (le Gabon) ont présidé l’organe onusien représentatif de l’ensemble des États membres de l’Onu.

Une Africaine dirige l’Organisation mondiale de la francophonie. Deux Africains ont officié au secrétariat général de l’Onu. De quoi faire la fine bouche!

Zacharie Roger Mbarga

Gouvernances internationales : Ces organisations infranchissables

Il faudra beaucoup de temps à l’Afrique pour s’affirmer comme puissance à l’échelle mondiale. Si le poids dans le commerce et la finance internationale constitue les préalables sine qua non, le management des organisations internationales stratégiques est indicateur déterminant.

La Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), le Conseil de paix et de sécurité de l’ONU, l’Organisation mondiale du commerce, la FIFA entre autres, avec la multipolarisation des relations internationales, le contrôle ou simplement le management de ces institutions se fait de plus en plus avec une approche régionale. Ainsi, l’Europe veut garder une main sur le FMI et les États-Unis contrôlent la Banque mondiale.

Principalement, l’Afrique ne saurait ignorer que le contrôle d’une organisation internationale passe principalement par la taille des contributions au budget ou encore par la taille des réserves, lorsqu’il s’agit d’une institution financière.
Il devient ainsi aisé d’expliquer les échecs de l’ex-ministre nigériane des Finances, Ngozi Okonjo-Iweala.

Facteurs
Plusieurs facteurs expliquent la marginalisation de l’Afrique dans la gouvernance mondiale. Le juriste Andela, dans son blog le portail du droit, évoquel’histoire (passé colonial, perceptions extérieures sur l’Afrique y compris celles des Africains sur eux-mêmes); l’économie (extrême pauvreté, sous-développement, 3 % de contribution au commerce mondial, dépendance à l’aide); la gouvernance et la sécurité (instabilité politique, déficit démocratique, changements anticonstitutionnels de gouvernement, guerres civiles, émeutes, absence de l’État de droit).

Optimisation
Infléchir cet état des choses commande que l’on «abandonne les jérémiades au sein des instances internationales. Le rôle de l’Afrique dans la gouvernance mondiale s’accroîtra lorsqu’on va privilégier l’approche collective. Ceci suppose la définition de positions communes africaines sur les grandes questions internationales», indique l’expert. Il s’agit de donner sens au slogan de l’agenda 2063,«une Afrique intégrée, prospère et en paix, gérée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique dans l’arène internationale».

Zacharie Roger Mbarga

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