L’administration et le bon usage des archives : un défi à relever par les archivistes africains !

Ce faisant, l’archiviste de profession reste un artiste incontournable en fait de gouvernance pour un aboutissement correct de chaque dossier d’affaire étatique, ce dernier, lorsqu’il est clos réunit des informations réutilisables tout à fait indispensables à une diligence efficace d’autres dossiers d’affaires dans un contexte similaire

Pour ce qui apparaît désormais comme une déficience dans le rôle de l’archiviste africain, comme un vide qui avilit son image, c’est l’incapacité d’accomplir la prouesse de satisfaire les besoins en information documentaire principalement, ceux des autorités administratives en charge de l’expédition des affaires courantes.

 

L’exercice du préarchivage au sein des organismes publics ou privés, déjà plus proche du «Records management» des anglo-américains ou de l’«Aktenplan» des allemands, reste par expérience, la bête noire des archivistes africains. Cette défaillance qui tire en longueur profite, dans les pays où le faux et usage du faux sont officiellement conviés à bien nourrir son homme, aux nombreux usurpateurs de titre d’archiviste, bien abonnés à couper l’arbre pour avoir le fruit. Ce faisant, l’archiviste de profession reste un artiste incontournable en fait de gouvernance pour un aboutissement correct de chaque dossier d’affaire étatique, ce dernier, lorsqu’il est clos réunit des informations réutilisables tout à fait indispensables à une diligence efficace d’autres dossiers d’affaires dans un contexte similaire.

Les Ecoles de formation en archivistique recensées sur place, dispensent-elles, sur le terrain, des cours en alignement avec le devoir d’inculquer aux apprenants les pratiques adaptées de taille à nettoyer, dans cette spécificité, les écuries d’Augias? Il convient d’admettre que la formation des archivistes africains sur le continent africain fait problème. Il .serait temps de chercher à mettre le doigt sur la plaie, il s’agit surtout, dans la quasi-totalité des hypothèses et à mon avis, d’une histoire de clauses sur la qualification du corps enseignant.

En guise d’exemple intéressant: MM Ahmed Ndiaye, Mbaye Thiam, Mouhamed M. Mbengue… enseignants d’archivistique depuis des dizaines d’années à l’Ebad de l’Université Cheik Anta Diop de Dakar au Sénégal sont, au départ, des archivistes de profession et font de ce choix de métier un fromage sur leur carte de visite, bien qu’ils soient chacun, titulaire d’un doctorat dans une autre discipline scientifique régulièrement obtenu, dans la plupart des cas, étant déjà en activité.

Il se trouve que l’Esstic de l’université de Yaoundé au Cameroun compte, à ce sujet, parmi les mauvais exemples des Ecoles qui forment sur place des archivistes. Ici, le personnel enseignant est composé en écrasante majorité de détenteurs d’un doctorat, ils sont commis de but en blanc «chargés de cours», une distinction qui donne à chacun d’eux, pour faire la classe, le droit d’empiéter, au gré des opportunités ostensiblement portées sur l’appât du gain, sur une discipline considérée ni de près ni de loin de celle qui a enrichi sa thèse, juste jouer un rôle par-dessus la jambe, au grand dam de la jeunesse estudiantine camerounaise.

C’est ainsi qu’on surprendra un sociologue en train de professer l’archéologie, un historien enseigner la spéléologie… Tout cet embrouillamini est supposé valable derrière le bouclier du grandissime diplôme de doctorat, à dessein de faire mousser une ambiance incontrôlable de copinage, de taille à militer efficacement pour une cause commune, celle d’une meute de dévoyés, tout à fait déterminés à mettre en permanence du beurre dans les épinards en tirant au cul. Voilà pourquoi on observe, au gré de la flambée des pourboires sous-jacents, une avalanche de nouveaux «docteurs omniscients» dans les cités universitaires au courant de chaqu’année académique.

Les enseignants se voulant «docteurs archivistes» vont sans façon, dans l’enseignement archivistique, pousser à hue et à dia, en faisant du calendrier des délais de conservation» qui n’est qu’une simple pièce d’archives et en dépit du bon sens, l’essentiel des cours annuels d’archivistique, l’internet tenant lieu de pôle de ressourcement gratifié. Des centaines d’étudiants «formés» sous cette bannière ont de la peine à surmonter leur inaptitude sur la pratique du préarchivage et de l’archivage d’un fonds d’archives, des chapitres non mentionnés dans les leçons durant des années d’apprentissage sur les bancs de classe.

Mais, c’est des jeunes qui se battent les flancs à raison du doute étalé désormais sur l’avenir de leur métier d’archiviste. Un archiviste ivoirien, Pazimi Ponon Younous en évente la mèche en révélant : «j’ai eu à encadrer quelques-uns de vos élèves sortis de l’Esstic, c’est grâce à vous que j’ai compris pourquoi ils ne sont pas à jour dans les pratiques archivistiques» Néanmoins, ils s’empressent à dévoiler beaucoup de bonne volonté en essayant de poser des actes sans conséquence professionnelle surtout, ils sont sommés à agir en surface en se limitant à faire l’apologie d’un modèle de recherche ou de communication dite «automatique» de l’information documentaire : la numérisation des documents dont l’appui à la véracité des données est déjà soumis à l’épreuve du doigté de l’infographie.

Au demeurant, le Benin se place au rang d’une infime minorité des pays africains qui publient des répertoires sur leurs archives historiques. Les fonctions à visage externe que pilote toute administration, sont conviées à pourvoir aux besoins de la population, des usagers, de la clientèle…, en vertu de quoi chaque dossier d’affaire courante se réfère à un passé qu’il convient de consulter pour mieux décider et ceci reste une évidence chez les anglo-américains où le «records manager» et l’«archiviste» ne jouent pas un rôle identique. Un organisme dans ses attributions n’a nullement l’option de virer ses actions pour la recherche rétrospective sur les disciplines scientifiques, cela revient à tirer le rideau sur le fonctionnement normal d’un office.

C’est à ce titre que le préarchivage qui détient la recette d’extraire les informations réutilisables sur les dossiers fraichement clos, a l’avantage sur l’archivage, ce dernier s’applique uniquement au classement et à la conservation matérielles des archives ayant vraisemblablement perdu toutes valeurs administratives mais, particulièrement destinées à favoriser la recherche rétrospective dans toutes les disciplines scientifiques. Qui plus est, si le travail d’un archiviste venait à se limiter rien que sur l’archivage, il y aura de quoi spéculer sur le nombre important de dépôts d’archives à construire dans chaque pays, question d’offrir l’emploi à des milliers d’archivistes assermentés en divagation sur le terrain !

En somme, l’archiviste parvient à savourer la célébrité dans une Administration, lorsqu’il réussit à assurer la visibilité dans son rôle de détenteur des indications qui sécurisent le choix des actions dans le traitement des dossiers d’affaires administratives courantes, par peur d’être continûment à la bourre.

Pierre Essomba Mbida
Archiviste professionnel

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