«La France a décidé d’accompagner la décentralisation après le Grand dialogue national»

Je pense qu’il s’est lié une relation d’amitié, de respect et de franchise aussi. C’est ce qui caractérise l’amitié entre deux pays et si j’ai été reçu souvent, c’est qu’on a des sujets bilatéraux à aborder régulièrement, des sujets régionaux et puis bien entendu, le tenir au courant de l’actualité en France et en Europe sur les grands sujets internationaux. Donc, une relation de confiance qui s’est établie au fil des années et je remercie le président Biya de m’avoir accordé cette confiance et de m’avoir expliqué ce pays qu’est le Cameroun.

Christophe Guilhou

Vous êtes à la fin de votre séjour diplomatique au Cameroun, après trois ans ou vous avez conduit la diplomatie française, quel est le sentiment qui vous anime actuellement?

Je suis vraiment à quelques jours de mon départ et je pars avec le cœur gros parce que j’ai beaucoup vécu ce mandat. Le Cameroun est un pays qui exige beaucoup de la France et il faut que la France et son ambassadeur qui représente son institution ici soient à la hauteur des attentes du public et des autorités camerounaises. J’ai l’impression d’avoir vécu pleinement ces trois années malgré une année ou deux années et demi de Covid qui ont beaucoup fariné les échanges. Mais malgré tout, on a pu renforcer les relations avec ce pays.

J’ai pleinement vécu se séjour parce que j’ai pu aller à la découverte, au-delà des autorités ministérielles. J’ai pu vraiment vivre ce pays en le sillonnant du nord au sud, de l’est en ouest. Je suis allé à la rencontre des populations, mesurer et apprécier la diversité, la langue également au-delà des deux langues officielles, le français et l’anglais. J’ai beaucoup aimé les expressions camerounaises qui font partie du patrimoine français. Au bout de trois ans, comme on dit ici, le «White» rentre en «Mbeng», mais on reste ensemble.

Vous avez utilisé l’expression, vous avez vécu et en réalité votre arrivé au Cameroun coïncidait avec l’organisation du Grand dialogue national, l’une des réponses à la crise du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Et votre visite coïncidait aussi avec la visite de l’ancien ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean Yves Le Drian au Cameroun et la fin de votre séjour au cameroun a également coïncidé avec la visite officielle au Cameroun de monsieur le président de la République française, Emanuel Macron, vous étiez un ambassadeur des grands événements?

Effectivement, je suis arrivé et le Grand dialogue était en train de commencer sur les grandes attentes entre vous. Mais également des grandes attentes envers la France. Par exemple, que va faire la France par rapport au conflit du NOSO; est-ce que la France peut accompagner? Est-ce que ça va déboucher sur quelque chose? Est-ce que vous allez tracer les perspectives? Et c’est dans ce contexte que quelques semaines après, Jean Yves Le Drian est venu au Cameroun. C’était une visite assez exceptionnelle où il a passé trois jours au Cameroun. Il s’est rendu bien entendu ici à Yaoundé, ensuite à Douala la capitale économique du pays et puis ensuite, il s’est rendu dans l’Extrême-Nord à Maroua où il a été très frappé par l’accueil très chaleureux.

Le ministre Le Drian le disait encore récemment à quel point cela l’avait marqué ce séjour de trois jours. Trois ans après, le président de la République, Emanuel Macron vient ici les 25 et 26 juillet pour une visite pleine avec beaucoup de volets bilatéraux. Rencontre avec le président Paul Biya, la conférence de presse, il a également briefé la presse internationale sur les grands événements internationaux. Ici à Yaoundé, la communauté française, les questions de résiliences avec le projet Farm qui est une initiative importante et puis bien entendu, l’événement fort avec la jeunesse camerounaise. Donc la boucle est bouclée en trois ans. Ça faisait longtemps que le président français n’avait pas passé autant de temps ici.

Restons sur ce plan diplomatique pour évoquer les nombreuses audiences que le président de la République du Cameroun vous a accordées. Vous êtes resté dynamique sur le plan diplomatique national, vous étiez l’ambassadeur le plus reçu au Palais de l’Unité à un moment, on vous a même accusé de fabriquer un certain Paul Biya qui n’existe plus. Vous souvenez-vous de cette audience? Comment expliquez-vous cette audience avec le président Paul Biya?

Effectivement, j’ai été reçu par le président Biya une dizaine de fois et à chaque fois, c’était des audiences tête à tête. C’était des heures et des heures de discussions. Je pense qu’il s’est lié une relation d’amitié, de respect et de franchise aussi. C’est ce qui caractérise l’amitié entre deux pays et si j’ai été reçu souvent, c’est qu’on a des sujets bilatéraux à aborder régulièrement, des sujets régionaux et puis bien entendu, le tenir au courant de l’actualité en France et en Europe sur les grands sujets internationaux. Donc, une relation de confiance qui s’est établie au fil des années et je remercie le président Biya de m’avoir accordé cette confiance et de m’avoir expliqué ce pays qu’est le Cameroun. Sa diversité, sa complexité et de prendre aussi du recul par rapport aux attaques injustes dont vous faisiez mention, des activistes qui faisaient mention à l’époque que j’avais fait un montage et que j’avais été reçu par quelqu’un d’autre qui n’était pas Paul Biya.

Tout ça avait donné lieu à un montage que le président Biya était décédé. Et que j’étais en train, soi-disant, d’organiser le gré à gré avec Frank Biya. Tout cela était un montage grotesque, mais ce que je retiens, c’est qu’il n’y a jamais d’excuse dans tout ça. Les activistes publient des tas de choses dans des médias pour faire parler d’eux, mais jamais aucune excuse, aucune reconnaissance sur le fait qu’il se soient trompé. Mais malgré tout, j’ai maintenu le cap sereinement parce que je sais qu’il y a une profonde amitié entre la France et le Cameroun.

Profonde amitié vous le dites, avant de quitter le Cameroun, vous avez séjourné dans plusieurs départements ministériels parmi lesquels le ministère de la Décentralisation et du Développement local. La France tient à la continuité constitutionnelle au Cameroun pour régler les problèmes dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Est-ce que vous avez le sentiment que vous avez fait le lobbying nécessaire à travers les partenaires internationaux du Cameroun pour leur expliquer ce qui se passe au Cameroun en particulier au Nord-Ouest et au Sud-Ouest?

Il s’agit de deux choses différentes, l’audience que m’a accordée le ministre du Développement local et puis il y a la question du Nord-Ouest et Sud-Ouest. En matière de développement local et de décentralisation, la France après le Grand dialogue national a décidé d’accompagner la décentralisation au Cameroun. Donc, nous avons une coopération très active avec le Cameroun. Notamment lorsque vous avez mis au point le Code pour les communautés territoriales décentralisées, nous étions là, nous avons apporté nos conseils et puis ensuite, sur la mise en œuvre de cette coopération, nous avons été là. Nous continuons à apporter nos conseils, notamment sur la formation des fonctionnaires, le conseil des différentes nouvelles structures qui ont été créées et je peux vous dire que nous avons un expert français qui va travailler avec le ministre et qui est financé par la France pour vous accompagner dans la poursuite de ce mouvement.

La question du NOSO c’est autre chose. Et effectivement à l’époque du Grand dialogue, il avait été décidé par les acteurs du Grand dialogue qu’une des réponses à la crise du NOSO était d’avoir davantage de décentralisation. Permettre aux populations de pouvoir décider beaucoup plus par elles-mêmes, que d’avoir toujours des décisions qui viennent de Yaoundé. Et c’est dans cet esprit que nous continuerons à appuyer la décentralisation. Un processus qui avait été initié et décidé par les Camerounais.

Source CRTV. Propos sélectionnés par André Gromyko Balla

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