Le jour d’après sera-t-il nécessairement si différent du jour d’avant ?

Selon l’internationaliste, cette crise du coronavirus est un choc du réel qui nous oblige à essayer de comprendre le bouleversement civilisationnel qui est en train de se produire sous nos yeux.

Il y a un grand risque de voir les forces d’inertie plus puissantes que les forces de changement et de dépassement, dès le premier jour d’après… Ne soyons pas naïfs. Nous allons certainement assister à un affrontement entre des forces d’inertie qui voudront reprendre la vie comme avant et des forces de changement qui voudront rebâtir à partir du chaos de cette crise. Cela sera vrai tant sur le plan individuel que collectif. Chacun des acteurs en place, surtout s’ils sont dominants, voudra reprendre sa position et ne se laissera pas balayer par ceux qui voudront du changement, et prendre la place de ceux qui sont déjà en place.

Même si nous pouvons nous diriger vers un changement d’ordre qualitatif, meilleur pour tous, je crains malheureusement que des forces d’inertie ne dominent le jour d’après. Il faudra y faire face. Car si rien ne change dans l’après coronavirus, nous n’aurons que davantage de désordres, de décompositions géopolitiques, de dérèglements économiques et une aggravation de la situation climatique. Ce chemin a un nom : c’est le chemin de la destruction et de la mort. C’est la voie morbide. Elle ne peut pas être une option.

Un monde où les égoïsmes et le repli sur soi dominent est aujourd’hui à l’oeuvre en effet, aussi bien pour les individus comme pour les nations. Individualismes, égoïsmes, nationalismes… c’est un cocktail explosif et dangereux. Un monde où dominent le chacun pour soi dans une sorte de lutte effrénée pour la survie, c’est un possible que nous oblige à envisager cette pandémie du Covid-19. Ce monde doit être évité coûte que coûte, chacun en a conscience, même si tout le monde n’a pas la même vision du futur.

Il y a pour moi une certitude : il faut privilégier la coopération à la compétition. Seule une meilleure coopération nous permettra à tous de préparer un futur positif. Une meilleure coopération entre les pays africains et leurs partenaires, une coopération politique approfondie, une meilleure coopération internationale. Je dis une banalité… mais on en est à se rappeler des banalités si évidentes que nous les avons perdues de vue… Il faut donc se concentrer sur ce qui peut sembler une banalité et qui est en réalité une nécessité : coopérer, il n’y a pas le choix ; les défis, les risques et les menaces sont globaux et transfrontaliers.

Seule une meilleure coopération nous permettra à tous de préparer un futur positif. Une meilleure coopération entre les pays africains et leurs partenaires, une coopération politique approfondie , une meilleure coopération internationale. Je dis une banalité… mais on en est à se rappeler des banalités si évidentes que nous les avons perdues de vue… Il faut donc se concentrer sur ce qui peut sembler une banalité et qui est en réalité une nécessité : coopérer, il n’y a pas le choix ; les défis, les risques et les menaces sont globaux et transfrontaliers.

Ils appellent des règles et des limites nouvelles à créer si l’on veut préserver un modèle de société démocratique protecteur, prospère et libre. Préparer ce monde suppose que nous soyons déjà capables d’identifier les forces d’inertie et que nous essayions de nous poser la question de ce que nous avons entre les mains pour construire un modèle de société qui nous convienne.

Mais il faut affronter les défis de la civilisation. Il se trouve que nous sommes en Europe, nous sommes Français et qu’à partir d’où nous sommes, de ce que nous sommes, nous pouvons agir de manière utile et judicieuse. J’avais évoqué des pistes de réflexion dans un livre publié en novembre 2018 avec un collectif d’amis : De la Gauche en commun aux nouveaux possibles. On y analyse ce que nous avons nommé la «crise du futur», qui est une crise du sens, une crise du progrès et de l’humanisme.

Il faut penser l’histoire au moment où elle se passe, au moment où elle a lieu. Quand Karl Marx écrit en 1852 Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, il n’a pas la tête dans un monde-d’après messianique. Il est sur l’événement, en temps réel, mais avec le recul conceptuel qui lui permet de dégager les spécificités du moment. Quand Machiavel rédige Le Prince, il médite la nouveauté des temps présents, ses effets politiques en laissant la pensée morale de côté. Il y a un temps pour la morale et un temps pour l’utopie. Et un temps pour saisir le réel du moment, l’événement dans ce qu’il a de nouveau, de spécifique et d’inédit. Je crois que c’est cet effort qui doit être privilégié à ce stade si on veut être en mesure d’écrire le futur sur des bases solides.

Que vit-on ? Cette pandémie de la Covid-19, qui confine d’un seul coup la moitié de l’humanité, se produit dans une situation de désordre mondial préexistant. Depuis quelques années, l’humanité vit dans un monde instable et dangereux où les règles internationales et de la gouvernance internationale sont très peu respectées, voire pas du tout.

Un monde où la force et le fait accompli dominent dans les affaires du monde. Nous sommes depuis plusieurs années dans un monde déréglé: dérèglements géopolitiques, économiques et financiers depuis la crise de 2008, qui n’ont pas été réglés, dont nous pouvons encore observer les effets aujourd’hui. S’ajoutent à cela les dérèglements climatiques et écologiques, dont l’humanité commence à mesurer la puissance et la dangerosité. D’autres facteurs, comme l’accroissement démographique, produisent des dérèglements, face à une humanité qui comptera bientôt plus de 7 milliards d’individus, pour atteindre plus de 9 milliards d’êtres humains d’ici 2050 avec des projections des disparités démographiques particulièrement inquiétantes selon les régions du globe.

En réalité, depuis probablement la chute du Mur, en lieu et place d’un nouvel ordre mondial, nous avons hérité d’un nouveau désordre mondial. Jusqu’aux attentats terroristes de 2001 à New York, il y avait une hyperpuissance unilatérale américaine qui a tenté tant bien que mal d’équilibrer le monde, sans pour autant réussir à masquer les désordres, qui se sont amplifiés. L’ordre bipolaire n’a pas été remplacé à ce stade par un autre ordre international capable de maîtriser justement les difficultés et les problèmes du monde nouveau qui se dessinaient à l’aune du nouveau siècle naissant.

Dans ce désordre mondial, dans ce dérèglement qui s’accentue depuis les années 2010, on assiste à un retour du terrorisme, à de nouvelles volontés de puissance, à une nouvelle course aux armements, avec un retour de la prolifération nucléaire, en particulier ce qu’on appelle le «nucléaire tactique» ( des mini bombes nucléaires dont sont en train de se doter aussi bien la Russie, l’Inde, le Pakistan et, depuis 2018, les Etats-Unis).

En même temps, la prolifération d’armes conventionnelles s’accentue (les budgets militaires n’ont jamais autant augmenté dans le monde), mais aussi des cybermenaces, provenant d’entités étatiques ou non étatiques, lesquelles peuvent porter des attaques massives tout aussi destructrices sur le plan physique et matériel. Bref, nous ne sommes pas à l’abri d’un «cyber-11 septembre».

On sait aussi que des pays développent des «armes écologiques», qui donneraient la possibilité de fabriquer des tsunamis, des tremblements de terre ou encore des pluies acides. Soyons clairs : l’enjeu aujourd’hui est la sécurité et la paix. Rien de moins. Un peu comme le monde l’était à la veille de la Première Guerre mondiale, vers 1910-1911. J’y vois beaucoup de similitudes, bien plus qu’avec les années 1930 comme on l’entend souvent. Nous avons devant nous de nouveaux possibles. Il nous appartient de trouver la voie.

Les énergies existent, elles se révèlent sur tout le territoire à la faveur de cette pandémie. Il n’y a pas de solution prête-à-porter. C’est de la haute-couture, c’est fin et précis. Il faut qu’on se donne le temps, qu’on prenne les bonnes matières, qu’on se dote de bons savoir-faire pour trouver de nouvelles manières de concevoir, d’écrire le futur, de recoudre notre monde. Avec beaucoup d’humilité, d’abnégation et de volonté, c’est une voie que nous pouvons envisager. Nous devons avoir l’audace de nous y engager.

Marcel Okoun Mpiang, internationaliste

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