Joseph Vincent Ntuda Ebode : « tous les étudiants sont boursiers »

Le directeur de l’Institut gouvernance, humanités et sciences sociales revient sur les objectifs et les avancées de l’Université panafricaine.

Professeur Joseph Vincent Ntuda Ebode

Comment se déroulent les formations à l’Université panafricaine ?

L’Université panafricaine, qui est l’université de l’Union africaine, est constituée de cinq établissements. Chaque sous-région africaine a un établissement qu’on pourrait appeler, en langage simple, une faculté, mais qu’on a décidé d’appeler institut. L’Afrique centrale a pour base le Cameroun. Le pays abrite l’institut en charge de la gouvernance des sciences sociales et humaines. Il a pour tutelle académique l’Université de Yaoundé II. Basé à Soa, cet institut dispense à ce jour des enseignements dans un programme dénommé gouvernance et intégration régionale, ainsi que des enseignements en traduction et en interprétation. Nous avons délocalisé cette dernière à l’Université de Buea, en raison de l’avantage comparatif que présente cette université, en ce qui concerne ce domaine.

 Que peut-on dire de manière pratique de ces programmes ?

À l’Université de Yaoundé 2, la formation commence par des mois de renforcement de capacités linguistiques, pour que les étudiants soient bilingues. Les deux langues enseignées sont l’anglais et le français. Cela suppose donc qu’un étudiant doit être au moins au niveau moyen dans la langue qu’il ne connaît pas. Lorsqu’on a reçu la première promotion, on s’est retrouvé avec des étudiants monolingues. Nous avons donc décidé de faire deux parcours. Les anglophones font leurs études en anglais, et les francophones font les leurs en français. Mais ils ont l’obligation de faire des cours de langue qui, au niveau du master, sont obligatoires et notés. Après des mois et des années de renforcement des capacités linguistiques, on commence le programme lui-même qui, comme tout programme de Master, dure vingt-quatre mois (c’est-à-dire quatre semestres). Les deux premiers semestres (c’est-à-dire la première année) sont essentiellement intenses en matière d’enseignement. La deuxième année est dédiée à l’étude sur le terrain. Le premier semestre est consacré au stage dans une entreprise ou une institution. Le second semestre est dédié au mémoire. On achève donc la formation par la soutenance du rapport de stage et un mémoire de fin d’études en gouvernance et intégration régionale. L’autre chose à ajouter est que lorsqu’on est au second semestre, les étudiants choisissent les options. Certains font intégration régionale et d’autres font gouvernance. Ceux qui font Intégration régionale ont en option tous les cours obligatoires de ceux qui font Gouvernance, et vice-versa. À l’Université de Buea, on forme les traducteurs et les interprètes aussi bien dans les langues occidentales que dans les langues africaines transfrontalières. Le troisième cycle a été lancé il y a trois ans. Pour ce qui concerne la gouvernance, les premiers étudiants vont soutenir leurs thèses au premier trimestre.

Qu’est-ce qui fait la spécificité de cette 4e promotion ?

La première spécificité est que cette promotion est la première à faire les nouveaux programmes. Si vous la comparez aux premières promotions, vous verrez que pour les trois premières les moyennes étaient trop élevées (autour de 17, 18). Avec celle-ci, le nombre de cours, comparé à la première et à la deuxième promotion a pratiquement triplé. Du coup, la moyenne commence elle aussi à se tasser même si on reste au-dessus de 15. Lorsqu’on prend aussi les premières promotions, les premiers des promotions étaient toujours des femmes. C’est la première fois qu’au moins à l’Université de Yaoundé un garçon est en tête. Une autre spécificité, c’est le nombre de pays représentés. Pour cette promotion, on a 35 alors que lors des dernières, on en avait environ 30. L’effectif est trop bas, compte tenu du milliard d’habitants que compte le continent.

Est-ce qu’il est appelé à augmenter au fil des années ?

Chaque institut recrute chaque année 100 étudiants. Il y a 5 instituts (soit un institut par sous-région), ce qui fait chaque année 500 étudiants au total. Le nombre ne va pas aller croissant, parce que c’est une question d’adéquation entre formation et emploi, mais aussi enseignant et étudiant. C’est pour des mesures d’assurance qualité. Tous les étudiants sont boursiers et on ne va pas mettre de l’argent pour faire aussi la formation de masse. Au sortir de cette formation, de quoi sont capables les produits de l’Université panafricaine ? Comme vous le savez, la gouvernance a plusieurs faces. Celui qui a fait comptabilité, la notion de gouvernance n’a pas la même acception qu’avec celui qui a fait droit civil. L’un fait la gouvernance de la monnaie et l’autre fait la gouvernance des ménages. Si vous allez en justice, ça devient aussi différent. Quand vous êtes administrateur civil, c’est aussi une autre forme de gouvernance. Donc, chacun a un profil et on attend qu’il implémente la théorie et la pratique apprises en rapport à son profil. Il y a la gouvernance dans les institutions régionales. Il y a la gouvernance dans les pays au niveau étatique, aux niveaux périphériques. Il y a même la gouvernance sociale dans les familles. Donc chacun apprend en fonction de son background. En science sociale, on prend vraiment les sciences sociales, c’est-à-dire que vous avez les gens qui ont fait gestion, économie, droit, science politique, relation internationale, géographie, histoire ; l’objectif étant que chacun améliore son sillon

André Balla, stagiaire

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