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Je m’insurge ! Une crise, plusieurs effets

Paul Ella, président du mouvement panafricain African Revival  revient sur le conflit armé qui oppose la Russie à l’Ukraine. Il dénonce les violations de procédures dans les sanctions prises contre la Russie.

En marge de la violation flagrante des procédures qui sous-tendent ces décisions, il se trouve bien que les instances occidentales en matière de propagande mensongère sont plutôt mal placées pour donner des leçons en la matière. On se souvient du grotesque mensonge du Général Américain Colin Powell le 5 février 2003 en pleine tribune de l’Onu, brandissant un tube de poudre, soi-disant comme preuve «sûre et fiable» des manœuvres de dissimulation par l’Irak de Saddam Hussein, d’armes de destruction massive et autres activités interdites par la Résolution 1441 du Conseil de Sécurité des Nations unies.

Dans la crise qui oppose l’Ukraine et la Russie, ou plus justement l’OTan à la Russie, des sanctions d’une certaine «communauté internationale» ont été prononcées par l’Occident, obsédé par sa bonne conscience, avec, entre autres sujets à controverse, l’exclusion de la Russie de la prochaine coupe du monde de football au Qatar, dans un communiqué conjoint des instances faîtières européenne et mondiale, l’UEFA et la FIFA. Il s’agit bien là d’une violation pure et simple des textes législatifs qui sous-tendent ces instances internationales. Le tout premier article des statuts de l’UEFA dans sa version de 2017 stipule en effet que «L’Union des Associations Européennes de Football (…) est neutre sur le plan politique et religieux». Ceux de la Fédération Internationale de Football, dans le même ton, précisent dans leurs articles 13 (Droits des associations membres) et 14 (Devoirs des associations membres), en leurs alinéas respectifs « e » et « b », que chaque membre doit «participer aux compétitions organisées par la FIFA». Mieux, l’article 23-a, exige aux confédérations membres de «rester neutre en matière de politique et de religion» et d’»interdire toute forme de discrimination» (aliéna b). Enfin, la Fifa dans ces mêmes textes fait état de ce que «Le Congrès peut exclure une association membre uniquement à la demande du Conseil si : « a) » elle n’honore pas ses engagements financiers à l’égard de la FIFA, « b) » elle est coupable de violation grave des Statuts, des règlements ou des décisions de la FIFA, « c) » elle n’a plus qualité d’association représentant le football dans son pays.». A l’observation, le cas de la Russie ne correspond à aucun des critères de suspension ni d’exclusion, ni de l’UEFA, ni de la Fifa.
Dans la même veine, on a entendu la France, par le biais de son ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, prononcer des mesures de proscription de certains médias russes et russophiles, en l’occurrence Sputnik et RT (Russian Today), confirmées par la Présidente de la Commission Européenne, Ursula Von Der Leyen. L’argument avancé étant que ces canaux de communication «plantent la graine de la division» et constituent des instruments de «propagande» de la guerre. En marge de la violation flagrante des procédures qui sous-tendent ces décisions, il se trouve bien que les instances occidentales en matière de propagande mensongère sont plutôt mal placées pour donner des leçons en la matière. On se souvient du grotesque mensonge du Général Américain Colin Powell le 5 février 2003 en pleine tribune de l’Onu, brandissant un tube de poudre, soi-disant comme preuve «sûre et fiable» des manœuvres de dissimulation par l’Irak de Saddam Hussein, d’armes de destruction massive et autres activités interdites par la Résolution 1441 du Conseil de Sécurité des Nations unies. Suite à ces «révélations», Saddam Hussein sera sauvagement et publiquement pendu, et son pays dévasté par les bombes américaines, avec un bilan de près d’un million de morts civils. Le même scénario mensonger sera servi pour éliminer Mouammar Kadhafi en 2011 (sous le fallacieux prétexte d’un génocide programmé contre sa population) en mondovision pour qu’on se rende ensuite à l’évidence qu’il s’agissait d’une autre arnaque médiatico-géopolitique.
Dans des cas similaires souvent bien plus affligeants, on n’a pas vu une telle détermination à punir les responsables. Les sanglantes agressions occidentales en Afghanistan, en Irak ou encore en Lybie, en Syrie, en Serbie… orchestrées par les Etats-Unis et l’OTAN, n’ont jamais inquiété aucun des pays impliqués quant à une quelconque sanction sportive, ni aucun média occidental censuré pour propagande mensongère de guerre. En revanche, on se souvient qu’en 2017, à la demande de la Palestine à la FIFA d’infliger des sanctions à l’encontre de six équipes du championnat israélien basées dans les colonies de Cisjordanie, le même Président actuel de la plus haute instance du football international, Gianni Infantino, qui vient de prononcer la privation de la Russie à la Coupe du monde 2022, avait rétorqué que la Fifa était tenue au «devoir de rester neutre dans les questions politiques». Des sanctions lourdes ont même souvent été prononcées à l’encontre de sportifs ou publics sportifs arborant des insignes politiques dans les stades ou en dehors, par ces mêmes instances aujourd’hui si promptes à exclure les Russes. Les occidentaux y vont même jusqu’à se saisir des biens et fortunes des Russes respectablement installés dans leurs pays respectifs, ou des artistes et autres intellectuels, sous la seule faute de leur appartenance à l’Etat russe. Il y a désormais en occident, auto-proclamé terre des droits de l’homme et de la liberté d’opinion, un crime de citoyenneté russe, sans loi ni procès…

Et l’Afrique alors ?
Le bon sens suggère que, si vous regardez brûler la maison du voisin sans rien faire, la prochaine sera la vôtre, car comme le disait à juste titre Albert Einstein, «Le monde ne sera pas détruit, non par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire». C’est avec un certain étonnement mêlé d’affliction qu’il m’est fait écho de la posture de certains leaders d’opinion africains faisant état de ce que, dans cette crise en Ukraine, les africains ne sont en rien concernés, ni de près ni de loin, et ne devraient, de ce fait, pas s’en préoccuper. J’observe alors avec tristesse que les africains n’ont jusqu’ici pas encore tiré les leçons du passé, faute de convoquer les faits historiques éloquents qui témoignent à suffisance des dommages collatéraux structurels multiformes sur l’Afrique, des situations mondiales qui, en apparence, ne nous concernaient pas. Je note que, le 2 mars dernier, lors du vote à l’Onu de la résolution sur l’action en Ukraine de la Russie, sur les 193 pays membres, 35 pays se sont abstenus de condamner l’«agression contre l’Ukraine», parmi lesquels 17 pays africains dont le Cameroun, l’Erythrée étant le seul pays africain sur les cinq ayant voté contre. A saluer donc, cette sagesse de certains dirigeants africains qui ont refusé de mimer aveuglement les postures occidentales. Face à la nuée de critiques et la mise au ban de ceux qui ont refusé de se soumettre au diktat de la pensée unique universelle, chaque esprit libre et défenseur des libertés se doit de dénoncer ces manœuvres d’influence de l’occident.
Dans cette crise comme dans d’autres, l’alibi de la démocratie et des droits humains dans la mobilisation occidentale à grands renforts médiatiques est une insulte de trop à nos intelligences. Il n’est plus pardonnable de retomber indéfiniment dans les mêmes pièges dont l’Afrique a maintes fois été victime tout au long de son histoire. Les seuls enjeux pour l’Occident dans cette crise comme dans toutes les autres sont géostratégiques. Il n’est donc pas acceptable que l’Afrique continue de passer pour un faire-valoir dans cette situation au regard de la reconfiguration conséquente de la géopolitique mondiale.

La nécessité de l’action
Je dénonce avec force la répugnante vision manichéenne du monde qui consiste, par la christique rhétorique des droits de l’Homme et de la démocratie, à assimiler les fantasmes impérialistes occidentaux à des nécessités vitales pour l’humanité entière.
Je m’indigne face aux silences coupables en Afrique de la Société Civile, des intellectuels, des leaders d’opinion, des partis politiques, sur cette prise en otage manifeste de nos droits et libertés dans des décisions aussi graves sans consultation préalable des Etats-membres des différentes instances internationales qui font le jeu d’un seul camp auquel elles semblent tout acquises.
Je déplore l’instrumentalisation honteuse du sport et des médias par les détenteurs exclusifs de la vérité officielle dont l’arrogance et la condescendance constituent un réel danger pour l’avenir du monde.
Je m’offusque de ce qu’aucun pays africain ne prenne des mesures appropriées pour dénoncer les abus répétitifs de l’Occident dans ses délires de préservation de ses seuls intérêts au mépris ostentatoire des droits humains et des libertés. Les pays africains devraient boycotter la coupe du monde prochaine et toutes les compétitions internationales, non pas en soutien de la Russie, mais en exigence du respect des textes et procédures, car nul ne peut jurer de qui sera la prochaine victime des obsessions et lubies occidentales.
Je fustige l’écœurante hypocrisie des médias occidentaux qui ne font écho que très partiellement et partialement d’une situation de conflit, avec une omission délibérée de la réalité dans son intégralité temporelle et factuelle ; d’autant plus que cette crise ukrainienne tient son origine de la malfaisance, de l’arrogance et du mépris des occidentaux vis-à-vis de la Russie, comme d’ailleurs des autres peuples du monde, dans leur volonté séculaire d’imposer à tous leurs vues, non sans s’exonérer du respect eux-mêmes des règles du droit international ou de la démocratie qu’ils brandissent à tous vents comme l’étendard de leur civilisation et la justification de leurs crimes à travers la planète.
Cette autre situation de crise aux impacts géostratégiques importants pour l’Afrique appelle un certain nombre de réflexions et d’actions conséquentes à portée structurelle. Il est urgent de s’organiser pour sortir de la dépendance préjudiciable des systèmes financiers et médiatiques occidentaux. Hormis l’orientation subjective avérée des médias occidentaux aux ordres de la puissance tutélaire américaine, la partialité affichée des réseaux sociaux les plus connus et les plus utilisés qui censurent à tour de bras tous ceux qui ne se soumettent pas aux injonctions de leurs mandants, appelle des alternatives sans délais. De plus, sur le plan économique, l’exemple de la Russie exclue du système de paiement international SWIFT, mais tout récemment celui du Mali avec le blocus de la BCEAO, doivent nous interpeller. Lorsque des sanctions vont jusqu’à toucher les systèmes et mécanismes financiers pour paralyser des économies, il est certainement naïf de ne pas songer à des solutions alternatives et autonomes pour l’Afrique et par les africains eux-mêmes. La crise sanitaire du Covid d’abord, et maintenant la crise ukrainienne, offrent à l’Afrique l’occasion idoine de s’organiser à l’intérieur du continent pour briser cette dépendance nocive à quelque puissance extérieure. L’Afrique ne peut plus se contenter d’être une simple caisse de résonance des caprices et desideratas d’un Occident de plus en plus égocentrique et égotique. La jeunesse africaine, principale concernée par les dramatiques conséquences à venir d’une Afrique méprisée, a l’impérieux devoir de se mobiliser pour une Afrique forte, qui impose le respect et ne se laisse plus dicter des lois venues d’ailleurs, mais choisit de tracer son propre chemin.

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