Japhet Timothée Djetabe : la plume…en gras et en gros

Portrait d’un jeune journaliste-écrivain classé parmi les plus prolixes de sa génération.

 

 

« Au feu ! Le pays brûle ». Avec ses mots libres et volcaniques, le titre est là ; loin de la veine du grand style. Peut-être, pourrait-on voir à l’œuvre, dès la couverture de cet ouvrage publié en 2017, la grandeur continue et discontinue d’une pièce de théâtre retenue au premier tour du Prix RFI-Théâtre 2017. Japhet Timothée Djetabe, son auteur, assume une identité nouvelle indissociable de sa vocation d’écrivain, dans le sens d’artisan de la langue.

 

Dans ces conditions, on comprend combien il peut être intéressant d’examiner un autre titre : « Les chauves sourient la nuit », paru également en 2017. Tout semble se passer comme si, pour le fils naturel de Paul Djetabe et de Martine Goïdje, l’éclat d’une formule se construit suivant un ordre au service d’un univers impensé et impensable, où chaque mot semble attaché à un élastique invisible l’empêchant de s’écraser au sol. Peut-être, c’est la marque de fabrique d’un jeune au prénom doublement biblique : Japhet Timothée. « Japhet, dans les Saintes Écritures, signifie   » beau   » ;  et à propos de Timothée, le Nouveau Testament raconte dans 2 Timothée 3:15 que « ce jeune homme avait appris « depuis [s]a toute petite enfance  à aimer les écrits »,  situe Mgr Samuel Kleda. D’après l’archevêque métropolitain de Douala, « il n’est pas étonnant que le jeune homme dont on parle puisse allier le beau et l’amour pour l’écriture ».

 

Double posture

Pris sous cet angle, « c’est du gros et du gras », selon Charles Binam Bikoï. Pour le professeur de lettres et de sciences humaines dans plusieurs universités africaines et européennes, « les livres de Japhet Timothée Djetabe défendent l’idée d’une littérature exigeante, libre, assumant crânement son appartenance à une époque où sont privilégiés les livres conformes aux standards d’une lecture fluide, rapide et immédiatement digeste, avec des thèmes accrocheurs ».  Après un travail de repérage, on a tout compris : Japhet Timothée Djetabe est journaliste. Le fait qu’il soit également écrivain  correspond bien aux deux postures fondamentales de ce métier : celle du « témoin », qui tient sa légitimité de celui qui a vu et observé sur le terrain et celle de « l’expert » dont la crédibilité repose sur les compétences et les analyses.

Diplômé de l’École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication  (ESSTIC) de Yaoundé en 2009, ce trentenaire, originaire de Tcholliré (Nord-Cameroun) sait mettre en en ordre et rationaliser ses réflexes narratifs à travers deux métiers à la fois concurrents mais subrepticement liés. Après la radio (la CRTV notamment), dans les colonnes de la presse écrite (quotidiens Émergence et l’Actu), la trajectoire de producteur de discours de Japhet Timothée Djetabe s’affirme dans les livres, comme s’il a quelque chose à expier, à prouver ou à casser. Les livres, il les publie selon ses envies et non selon un plan de carrière. En mai 2016, il sort « Voyage au pays des Hommes cultivés » (roman). La même année, il comprend qu’il lui serait impossible de se débarrasser de son cursus au lycée de Garoua. Il publie alors un récit (La singulière histoire du lycée classique et moderne de Garoua). En septembre 2018, il rédige un essai dont contenu porte sur les «  Dérives de la génération « android ». Entre temps, une nouvelle («Les douze blessures de la République ») vient épaissir son répertoire littéraire. Le 26 mai 2018, il reçoit le Prix de Meilleur talent de littérature jeune, décerné par le Comité de l’Excellence africaine. À l’aide de ce package, l’époux de Yvette Maiba est désormais condamné à défendre une place au sein d’un espace social qui aurait théoriquement dû lui rester fermé. Le challenge à la dimension d’une montée en compétence récompensée depuis août 2019 par une nomination comme de chef de la cellule de communication du ministère des Postes et Télécommunications. Ses biographes écrivent que lors de sa promotion, Japhet Timothée Djetabe était « le plus jeune celcom de ministères, entreprises publiques et parapubliques mais aussi l’un des plus jeunes sous-directeurs dans l’administration publique au Cameroun ».

Jean-René Meva’a Amougou

 

Repères

 

Japhet Timothée Djetabe 

  • Né le 02 avril 1986 à Garoua
  • Depuis le 09 août 2019 : Chef de la Cellule de Communication du Ministère des Postes et Télécommunications.
  • 2012-2013 : Master Professionnel en Sémiotique Politique, option Sémiotique de la Communication  au Centre de Recherche en Sémiotique appliquée de l’Université de Yaoundé I.

Novembre 2006-Novembre 2009 : Diplôme des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (DSTIC) à l’ESSTIC.

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