Jacqueline Mouna : « Une politique de genre devrait exister dans les projets extractifs »

La responsable de la communication et de mobilisation à DMJ (Dynamique mondiale des jeunes) dit l’urgence de l’implication de l’approche genre dans le secteur extractif.

 

 

Comment entrevoyez-vous l’œuvre de plaidoyer que vous menez au sein de la société civile?
Concernant le plaidoyer sur l’implication des femmes au sein du secteur extractif, à DMJ, c’est un plaidoyer permanent. Déjà à la tête de l’organisation se trouve une femme qui est assez impliquée et assez intéressée par ces questions-là. Une femme qui milite tous les jours pour que plus de femmes de cette organisation puissent comprendre ce qui se passe dans le secteur extractif. La preuve : je suis là aujourd’hui. Je dirai que c’est grâce à cette perpétuelle présence que je peux faire partie du groupe de travail concernant le genre, en valorisant la femme.

Nous apportons notre soutien aux femmes qui demandent à se faire entendre, nous travaillons à mettre fin à la discrimination qui les empêche d’accéder aux ressources, aux opportunités économiques et aux instances décisionnelles, et nous les aidons à demander des comptes aux gouvernements, aux entreprises extractives et aux institutions financières qui appuient le secteur. Nous aidons celles et ceux qui vivent dans la pauvreté à jouir de leurs droits à la vie et à la sécurité, à des moyens de subsistance durables, à se faire entendre et à une identité. Nous travaillons avec le gouvernement, les acteurs du secteur privé, les communautés locales et d’autres organisations et réseaux de la société civile afin de promouvoir la réalisation de ces droits.

 

Sur le plan institutionnel, la marginalisation des femmes dans le secteur extractif se reflète dans l’intégration insuffisante des questions de genre dans les politiques et les cadres réglementaires régionaux et nationaux. Quel commentaire en faites-vous ?

Même lorsqu’une perspective de genre est intégrée, des lacunes persistent en matière de mise en œuvre et de redevabilité. L’indifférence au genre qui entraîne l’exclusion des femmes de la prise de décisions produit, reproduit et accentue les impacts sexistes des projets extractifs. Tant que les femmes resteront en marge des processus de consultation et de prise de décisions, il sera impossible de remédier adéquatement aux disparités de genre qui concernent les bénéfices et les coûts des projets extractifs, et les droits des femmes demeureront particulièrement menacés.

Que suggérez-vous dans ce cas ?
Je pense que le secteur extractif doit faire mieux s’agissant de la question fondamentale de son engagement au niveau politique en faveur des droits des femmes et de la justice de genre. Les entreprises extractives doivent mettre en place et en œuvre des politiques sexospécifiques et rendre des comptes en la matière. Ces politiques devraient constituer un engagement clair et global à promouvoir l’égalité entre les sexes, à respecter les droits des femmes et à réduire autant que possible les impacts négatifs des projets extractifs sur les femmes, les hommes, les filles et les garçons. Une politique de genre devrait aussi engager les entreprises à faire participer aussi bien des femmes que des hommes aux processus de consultation et de prise de décisions associant entreprise et communauté.

Propos recueillis par Jean-René Meva’a Amougou

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