Intelligence économique : L’essor est enclenché en Afrique

En discutant des enjeux liés à la marche du monde, le public africain prend conscience de l’utilité de la veille stratégique dans tous les secteurs de la vie courante. 

Les participants à un panel lors de la 2e édition du Javie à Yaoundé

En inaugurant son mois d’août par la 2e édition des Journées africaines de veille et d’intelligence économique (Javie), le Centre africain de veille et d’intelligence économique (Cavie) s’est drapé dans une double symbolique : «des victoires à portée de main» et «tout faire savoir à tous». À Yaoundé, ces 2 et 3 août 2019, l’événement procède d’un souci d’éducation du public.

C’est bien cet aspect qu’il faudrait retenir et mettre en exergue», suggère Guy Gwet. En posture d’invité du 13 heures sur les ondes de l’antenne radio de la Crtv, le président du Cavie décline toute la mécanique de l’intelligence économique. À en croire cet expert, celle-ci s’orchestre autour d’une triple partition: «l’histoire, l’immédiat et la perspective». Le tout, dit-il, se développe autour de cette idée qu’il n’existe pas de pause pour les besoins d’image et de rentabilité, tant au niveau géopolitique que commercial, avec une énergie visant à alimenter toujours plus les moteurs de la machine de veille.

À ceux qui sont venus l’écouter, Guy Gwet et son équipe transmettent les résolutions prises lors des états généraux économiques de Dakar, les 29 et 30 avril 2019. Le package est assorti de modalités pratiques de mises en œuvre au niveau des collectivités locales décentralisées. Il s’agit des outils nécessaires pour la mise en place des cinq surveillances de base et des dispositifs d’intelligence économique.

S’attachant à des comparaisons visibles et lisibles à l’aune des actualités, le président du Cavie souligne que les États africains doivent s’arrimer à l’intelligence économique pour être plus compétitifs sur le plan international. Parce que la scène mondiale est régie par des humeurs et des rapports de forces, Guy Gwet montre comment l’intelligence économique agit. «Elle permet de défendre le patrimoine national et informationnel des décideurs, et d’aller à la conquête des marchés internationaux». Par ailleurs, poursuit le président du Knowdys Consulting Group, elle représente un moyen pour les pays africains de faire face à l’influence étrangère.

Ainsi, les participants à ces ateliers ont pu comprendre les enjeux de l’intelligence économique. «Nous avons beaucoup appris sur les stratégies de guerre économique et nous repartons très satisfaits. Cet évènement nous a permis de comprendre un peu mieux que l’intelligence économique est un outil de compétitivité à l’échelle nationale et internationale», affirme Ulrich Jonso, président fondateur du club intelligence économique à l’Essec.

Pour le Dr Jacques Etoundi Ateba, l’intelligence économique est un moyen de rendre les apprenants plus compétitifs. «Avec l’intelligence économique, il ne sera plus question d’acquérir des savoirs savants. Il sera question de faire face aux enjeux et défis planétaires qui nous commandent de nous arrimer pour que chaque Camerounais qui sort de notre système éducatif soit capable de participer à la résolution des problèmes concrets et actuels qui se posent à nous», indique fièrement le spécialiste des questions de l’éducation et science de l’éducation.

De fait, le Cavie peut se glorifier d’avoir atteint son pari: informer sur la nécessité d’utiliser l’intelligence économique pour améliorer la compétitivité.

Créé en 2015, le Cavie est présent dans 37 pays à travers le monde. Cette organisation offre plusieurs formations en intelligence économique sur les marchés africains.

Joseph Julien Ondoua Owona, stagiaire

 

Une opportunité pour le made in Cameroon 

En empruntant à l’intelligence économique, les produits locaux pourraient mieux conquérir de vastes marchés.

«Collecte d’un certain nombre de données. Par exemple, une industrie brassicole pourra dire pourquoi la consommation de la bière baisse, etc. À la fin, elle peut créer un réseau lui permettant de collecter cette information en vue d’agir sur son système de production et peut-être de changer l’étiquette de la bière, la bouteille ou de changer la teneur en alcool et tout le reste». De manière caricaturale, Pierre-Michel Nguimbi, ancien ambassadeur du Congo au Sénégal, parle de l’incidence de l’intelligence économique sur la vie d’une entreprise. Tel que proposé, le schéma peut être dupliqué ailleurs, notamment sur les produits « Made in Cameroon ».

Georgette, promotrice de produits locaux voit en ce nouvel outil de compétitivité, un moyen de ravir le marché local, voire international. La jeune entrepreneure estime que la veille concurrentielle qui fournit des informations clées sur le marché représente un atout majeur pour son secteur d’activité. De «Grâce à la veille, je pourrais m’informer sur ce que font les concurrents, comment ils réfléchissent, pourquoi ils font plus de chiffres d’affaires que moi et surtout ce que je dois faire pour gagner le marché local», précise la promotrice du Made in Cameroon.

JJOO

Réactions

Pierre-Michel Nguimbi, ancien ministre congolais, président exécutif du groupe d’expertise sur les réformes institutionnelles en Afrique (Geria)

« C’est important pour améliorer la compétitivité »

Pierre-Michel Nguimbi

Nous sommes là d’abord pour améliorer le corpus de tous ceux qui considèrent que l’intelligence économique a une importance en Afrique. C’est important pour améliorer la compétitivité. Ce n’est pas encore quelque chose que l’on appréhende avec toute son acuité et notamment au niveau des organisations publiques. Les grandes firmes ont compris, il y a longtemps, l’intérêt de l’intelligence économique, ne fût-ce que pour des besoins de concurrence, pour capter des marchés, améliorer leurs prestations.
Pour les États, la compétitivité se joue souvent en termes d’influence. Quelle est l’influence que le pays a dans un secteur donné, mais aussi quelle est la nature de l’influence que le pays ne veut pas subir ? Il s’agit de collecter des informations utiles à ce sujet, de savoir les analyser et de construire des outils d’aide à la décision. Ces outils seront mis à la disposition notamment du Premier ministre, du président de la République et même des parlementaires, afin qu’ils votent des lois qui peuvent freiner l’aliénation du patrimoine.

 

Jean Louis Atangana, enseignant de droit

« Une richesse sur laquelle nos gouvernements devraient s’appuyer »

Jean Louis Atangana

Mes impressions sont bonnes. L’atelier auquel j’ai pris part a porté sur l’intérêt de l’État dans les négociations internationales. Je dois dire que par le niveau des intervenants, la qualité des participants et les questions qui ont été discutées, on ne peut qu’en sortir plus grandi. Ce questionnement est en effet important dans la gestion de l’intelligence économique comme problématique majeure de notre société du XXIe siècle. La quasi-totalité des États considérés comme des États développés ont mis en place des structures en charge de la veille intelligente et nos États n’y avaient pas encore pensé. Le fait qu’un certain nombre de jeunes Camerounais, de jeunes Africains aient mis en place ce centre de veille et d’intelligence économique constitue vraiment une richesse sur laquelle nos gouvernements devraient s’appuyer.

 

Serge Bertrand Bolo, cadre à la cellule de communication de l’Université de Yaoundé I

« Un facteur très important pour l’université »

Serge Bertrand Bolo

Au sortir de ces échanges, je me suis rendu compte que l’intelligence économique est un facteur très important pour l’université. Elle va nous permettre d’avoir un feedback des savoirs dispensés aux étudiants, de mesurer la satisfaction dans le milieu de l’emploi, afin de savoir si les produits que nous avons mis sur pied sont compétitifs. C’est donc cette veille qui permet de collecter ces informations, dans le but d’améliorer les contenus et mieux former les jeunes. L’intelligence économique participe à améliorer les contenus de formation.

 

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