Intégration des peuples : L’Issea, un laboratoire à ciel ouvert

Les différentes communautés d’étudiants logées au Camp Sic de Messa à Yaoundé, offrent jour après jour un aperçu de ce que peut être à l’échelle de la sous-région, l’idéal communautaire.

Une vue de l’entrée du bâtiment Z du Camp Sic Messa à Yaoundé.

Parlez-lui de l’Institut sous-régional de la statistique et de l’économie appliquée (Issea) et Lionel Obiang Ndong vous le présente immédiatement «comme une place forte de l’intégration des peuples». Mais pour défendre ce 3 avril 2021 cette perception qui relève surtout de son vécu, le délégué des étudiants se fait fort d’indiquer qu’«ici, au bâtiment Z du Camp Sic de Messa à Yaoundé, les différentes communautés d’étudiants logées à juste 10 minutes du campus, vivent dans la paix et la fraternité». Et afin que cela soit bien compris comme quelque chose de planifier, l’étudiant gabonais fait alors observer que «le bâtiment est occupé par 96 personnes, soit en moyenne par appartement, 16 étudiants de diverses nationalités de la sous-région. Les responsables de l’Issea ont voulu cela ainsi pour favoriser le brassage des peuples et c’est une réussite».

Vivre ensemble communautaire
Allant dès lors puiser dans ses plus précieux souvenirs, Lionel Obiang Ndong met volontiers en avant plusieurs activités menées dans le cadre du vivre ensemble communautaire pour renforcer sa conviction. «Généralement le samedi, commence par indiquer le représentant des étudiants, nous faisons le ménage ensemble dans le camp. Mais aujourd’hui à 14 heures, il a été prévu que plusieurs étudiants de différentes nationalités le fassent dans l’appartement N0 16». Cela dit, l’étudiant gabonais se félicite tout particulièrement des activités sportives que tous les habitants de l’immeuble ont en partage. «On pratique beaucoup le football. L’année dernière, on a organisé un tournoi entre les différentes nationalités. Je me souviens que les Centrafricains n’avaient pas une équipe complète et on leur avait fait la faveur de les laisser la renforcer avec leurs compatriotes des quartiers. Finalement, ils ont remporté la compétition», se plaît-il à raconter.

Plusieurs étudiants de l’Issea qui entrent et sortent du bâtiment Z ce samedi après-midi partagent ce constat, même si en entonnant tous l’hymne de la cohésion et de l’intégration, certains y mettent quelques nuances. «Il est vrai que l’on rigole beaucoup entre nous. Mais les débuts ont été durs. Au départ, par exemple, on prenait certaines blagues pour de la moquerie», confie Ibrahim Kaolack de nationalité tchadienne. Gilles Duhamel Piamale de la République Centrafricaine n’en pense pas moins. «Du fait de nos différences de culture et de langue, on se regroupe la plupart du temps entre étudiants de même nationalité. Cependant, cela ne nous empêche pas de nous retrouver tous ensemble avec les autres pour manger ou pour causer», confie-t-il.

Depuis qu’ils ont embarqué dans cette aventure commune, quelques problèmes sérieux se sont toutefois signalés à leur niveau, même s’ils n’ont pas été de nature à mettre à mal la cohésion du groupe. Dans cette catégorie, Lionel Obiang Ndong évoque sans hésiter «les problèmes d’eau, de coupure d’énergie, mais également les coups de vols. Désormais l’accès aux visiteurs est limité et ceux-ci doivent se faire formellement identifiés». Mais il y a une autre réalité qui aurait pu également constituer un danger, surtout si l’on considère qu’il existe pour chaque nationalité une association. Seulement, et ainsi que le fait remarquer le président de l’association des étudiants congolais de l’Issea, «nous n’avons pas laissé les différences prendre le dessus. D’ailleurs, quand nous sommes ensemble, nos nationalités s’effacent». Ce dernier indique par ailleurs dans la foulée que «ladite association n’existe en réalité que pour régler les problèmes administratifs et particuliers, chaque État ayant ses propres procédures».

Théodore Ayissi Ayissi

 

Réactions

Crédo Auguste Kanfon Yelian, représentant des étudiants béninois

«On se serre les coudes»

«S’agissant de la vie au camp, il est vrai que l’on a des hauts et des bas, mais on se considère avant tout comme une famille. C’est pourquoi, on se serre les coudes et tout se passe bien jusqu’à présent. La communauté béninoise compte six membres seulement. Et c’est même avec mon arrivée à l’Issea que les choses ont pu évoluer de la sorte, puisqu’il n’y avait jusqu’à l’année dernière que trois membres. Les autres étudiants aiment bien nous taquiner au sujet du Vaudou, mais c’est sans méchanceté. On rigole bien ensemble».

Gilles Duhamel Piamale, vice-président de l’Amical des étudiants centrafricains

«On partage ce qu’on peut»

«Notre association nous permet de nous encourager entre nous, de resserrer les liens et d’apprendre déjà en tant qu’étudiants statisticiens, à travailler en équipe. Nous mettons également en place des structures pour accueillir les nouveaux venus. Ceci pour dire qu’il est davantage question pour nous de résoudre des problèmes de scolarité et sociaux que l’on rencontre. Mais cela ne déteint pas sur le vécu au sein du camp. Étant donné que c’est surtout le samedi qu’on se retrouve tous, toutes nationalités confondues, et alors, on partage ce qu’on peut».

Lionel Obiang Ndong, Secrétaire générale de la Communauté des étudiants gabonais de l’Issea.

«De bons souvenirs de notre vécu ensemble»

«Toutes les nationalités de la sous-région sont représentées dans ce bâtiment, à l’exception des Camerounais qui sont déjà chez eux. Le loyer est payé par l’Issea. Seuls s’acquittent cependant de ces frais, les boursiers Cemac. Et ce qui se passe est que lorsqu’ils perçoivent leur bourse, le comptable de l’établissement prélève directement le loyer dessus. Mais au-delà de ces aspects, je garde de bons souvenirs de notre vécu ensemble ici au Camp. C’est le cas par exemple de la préparation des fêtes de fin d’années. À ce moment-là, toutes les nationalités se mettent ensemble et on peut procéder par étapes. C’est-à-dire que dans un premier temps, les nationalités qui ont en partage la même culture se retrouvent d’abord. Et ensuite, on se met tous ensemble pour passer de bons moments».


Propos recueillis par
Théodore Ayissi Ayissi

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