Inondations à Maroua: Djarengo accuse le coup

L’abondance des pluies dans la capitale régionale de l’Extrême-nord se conjugue, depuis une semaine, à des dégâts matériels importants. 

Inondations à Maroua

Les Sali ont élu domicile dans la rue, voici trois jours. Les murs de leur bicoque située à Djarengo, dans le 1er arrondissement de Maroua, sont tombés suite à la forte pluie de l’après-midi du 26 juillet dernier. «C’est grave! Inch Allah, personne n’est mort», marmonne Mahamat Sali, le chef de cette famille de quatre membres, dont deux enfants. Sur le coup, il rappelle que la digue construite autour de leur habitation a sauté, renforçant la colère des eaux.

Ce 25 juillet, la forte élévation du niveau d’eau reste perceptible grâce à une ligne tracée sur les maisons en matériaux de forte résistance. Autour de celles-ci, les populations s’activent dans l’anticipation. A défaut de construire de nouvelles digues, elles renforcent les anciennes. Souza Cherif, chef d’antenne météo à la délégation régionale des transports pour l’Extrême-nord codifie cela de «syndrome de 1996». Cette année-là, renseigne-t-il, l’on avait enregistré des pics d’environ 7 millimètres d’eau, le tout corrélé à la montée du niveau du mayo (rivière) juste en contrebas.

Pertes

Déclinés en maisons et cultures détruites, familles sans abri, troupeaux emportés, les dégâts matériels ont encore le même visage. Les premiers chiffres mis à la disposition de Joseph Densou, le sous-préfet de Maroua 1er, indiquent une quinzaine d’habitations tombées, 30 sans-abri et environ 100 volailles, caprins et bovins tués. Cette fois-ci, le pire est redouté par l’administrateur civil. «Avec la résurgence du choléra dans les régions voisines à celle de l’Extrême-nord, il y a beaucoup de raisons qui légitiment ces peurs», dit-il. «Nous sommes en état d’alerte», avance Alfaki Youssouf, membre du comité départemental de la Croix-Rouge du Diamaré. Pour l’humanitaire, les inondations survenues cette année imposent un autre degré de discipline et d’hygiène. Ces derniers jours, à Djarengo, zone de grande insalubrité doublée d’une pauvreté criarde, Alfaki Youssouf et quelques volontaires prodiguent des conseils aux populations.

Et dessinant en permanence de lourds nuages, le ciel semble indiquer que la situation est loin de s’améliorer. «Le cycle des vents venus du bas- Niger confrontés à ceux de la partie méridionale du Cameroun augure d’autres précipitations importantes», pronostique Souza Cherif. Le truc à comprendre dans cette prévision est que le seuil actuel des dégâts pourrait être dépassé. «Le coefficient des inondations s’élèverait pour étendre la déconvenue à une échelle plus grande», avise le fonctionnaire. En ces termes, les arrondissements limitrophes à Maroua 1er pourraient être touchés.

Aladji Bouba, maçon de profession, explique avoir décroché de copieux contrats pour ajuster les vérandas, rembler les arrières cours et arrimer les pourtours des modestes puits. Au moins, avec les inondations de cette année à Djarengo, la rentrée de sa progéniture est assurée, selon son propre terme. Surfant sur la vague de l’anticipation, les commanditaires de ces travaux s’adonnent aussi au curage des caniveaux bouchés par des immondices.

«Ce qu’on voit à Djarengo peut aussi arriver ici», craint Maba, le président de «Tous contre Maroua sale», une association de jeunes œuvrant pour la promotion de la salubrité dans la cité. Encouragés par la Communauté urbaine de Maroua, les uns et les autres expriment le besoin de jouer le rôle à fond et sans coloration politique, même si, selon quelques avis, leur action se situe à l’intersection entre la campagne électorale et la prévention.

Jean-René MevaaAmougou à Maroua

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