Initiative : Le Président de la BAD en tournée dans la sous-région

Depuis le 10 mai et jusqu’au 18 mai, Akinwumi Adesina est en visite de travail dans quatre pays de la Cemac, afin de renforcer la coopération entre l’institution et cette Communauté économique régionale.

Le président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina est actuellement en visite de travail dans plusieurs pays d’Afrique centrale. Accompagné du directeur général de la Banque pour l’Afrique centrale, Ousmane Doré et des administrateurs pays de la Banque, il a inauguré son séjour régional par le Congo Brazzaville. Ensuite, il est annoncé en Guinée Equatoriale, au Tchad et en Centrafrique. Pour cette année 2019, l’Afrique centrale est l’épicentre de la Bad. Les assemblées annuelles de l’institution financière africaine s’y dérouleront en juin à Malabo (Guinée Equatoriale). Bien plus, la Bad vient de mettre à la disposition de la sous-région deux portefeuilles de financement des projets de développement et de financement de l’intégration régionale.

Etape de Brazzaville
La première étape de cette visite est la République du Congo. Akinwumi Adesina y effectue sa première visite officielle. Au menu de ses audiences : le président de la République Dénis Sassou-Nguesso, le Premier ministre Clément Mouamba et quelques membres du gouvernement. Au 31 décembre 2018, le portefeuille actif de la Banque au Congo comptait six opérations, uniquement dans le secteur public pour un total d’engagements estimé à 280 millions de dollars. Ce portefeuille est financé par les ressources de la Banque (7,6%) et celles du Fonds africain de développement (92,4%).

Brazzaville bénéficiera des retombées de l’interconnexion entre les deux Congo. La Bad construit le pont route-rail sur le Congo pour relier Kinshasa à Bangui. Cet ouvrage va multiplier par trois les échanges entre les deux pays. Le président de la Bad aura également à Brazzaville un échange avec l’équipe dirigeante de la BDEAC.

Guinée Equatoriale
Cette étape consistera principalement à faire le point sur les préparatifs des assemblées annuelles de la Bad qui s’y tiendront le mois prochain. La Bad envisage valider sa proposition d’augmentation du capital par ses actionnaires. Bien plus, Adesina évoquera la coopération bilatérale précisément le financement des projets. En l’occurrence la construction du pont sur le Ntem pour relier les villes de Bata en Guinée Equatoriale et Kribi au Cameroun. La stratégie de diversification économique du pays d’Obiang Nguema Mbasogo, en cours d’adoption, compte parmi les sujets d’échange au cours de cette visite.

Tchad
A Ndjamena, l’équipe de la Bad est très attendue. Le pays est lancé dans une dynamique de diversification économique et d’industrialisation. Le Tchad sollicitera le soutien de la Bad pour le financement du programme national d’industrialisation adopté récemment. Il a besoin d’énergie électrique. Il veut capitaliser le numérique et se déployer dans le commerce régionale. Pour ce faire, il faudra améliorer son réseau routier d’interconnexion aux pays voisins en général et ceux d’Afrique centrale en particulier. Le projet de dorsale de la fibre optique central Africa Backbone sera évalué. Qui plus est, le pays a besoin d’appui budgétaire pour permettre à l’Etat d’opérer les réformes du plan économique avec le FMI.

RCA
En RCA, tout est à refaire ou presque. Qu’il s’agisse de l’investissement dans les chaines de valeurs, de la stabilisation de l’offre énergétique, de l’amélioration du réseau routier et des infrastructures sociales telles que l’offre de santé ou d’éducation. Le Président de la Bad échangera avec les autorités sur le plan de développement post conflit, qui tient pratiquement lieu de plan national de développement. Ce sera également l’occasion d’évaluer la construction du barrage hydraulique de Bouali 2, dont la contribution de la Bad est de 8 milliards Fcfa.

 

Financement du développement

La Bad offre 10 milliards de dollars à l’Afrique centrale

Il s’agit des prêts que l’institution financière africaine met à la disposition des agents économiques de la région sur la période 2019-2021.

 

La Banque africaine de développement (Bad) connait une montée en puissance dans la région Afrique centrale. Alors que ses engagements globaux entre 1964 et 2018 étaient plafonnés à 13 milliards de dollars pour 531 opérations, la Bad se dit prête à injecter 10 milliards de dollars sur les 3 prochaines années.

Sur la période 2019-2021, un montant de 9 914 milliards de dollars est mis à la disposition des États et des entreprises (voir la répartition dans l’encadré 1). La dotation couvrira 117 opérations prévisionnelles. Cette enveloppe a deux raisons principales : libérer le potentiel de la région et équilibrer l’intervention de la Banque dans l’ensemble des 5 priorités de développement. Lors de la présentation des perspectives économiques de l’Afrique le 3 avril dernier, la Bad a reconnu que « la transformation structurelle de la région est la seule condition pour assurer son décollage définitif ». La réponse à ce constat est ce programme de prêt.

Niveau d’ambition
Le portefeuille d’intervention de la Bad en Afrique centrale implique sept pays : le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo et le Tchad. À la Bad, on estime que le niveau d’ambition est à l’image du besoin exprimé. À Abidjan, le 26 février, la Banque a consulté ses gouverneurs dans la région. Il s’agit des ordonnateurs des fonds Bad dans les pays, globalement les ministres de l’Économie. À l’unanimité, les pays de l’Afrique centrale ont plaidé pour une augmentation des ressources de la Bad en Afrique centrale. « Nous avons une banque qui innove. Nous avons besoin de ressources significatives pour faire avancer l’Afrique et notre région », a ainsi déclaré le gouverneur de la Banque pour le Cameroun, Alamine Ousmane Mey.

Réalisations
Dans le domaine énergétique, deux projets ont vu le jour, l’un à Kribi, et l’autre grâce à l’interconnexion des réseaux électriques entre la RCA et la République démocratique du Congo (RDC). Le projet de fibre optique « Backbone Afrique centrale » (Cameroun, Congo et RCA) a pour objectif d’améliorer la connectivité, le « e-banking » et le transfert d’information sur le climat des affaires et des marchés. La Banque a également financé un projet de renforcement de l’alimentation en eau potable de la ville de Libreville au Gabon. En novembre dernier, le Forum pour l’investissement en Afrique à Johannesburg réunissait la Bad, Africa 50 et d’autres partenaires. Ces derniers ont conclu un accord de financement d’un montant de 500 millions de dollars pour la construction du premier pont route-rail reliant les deux voisins congolais, la République du Congo et la RDC.

Zacharie Roger Mbarga

Stratégie d’intégration régionale

4,4 milliards de dollars sur sept ans

Cet investissement devra permettre l’accélération des échanges commerciaux intra régionaux, la croissance économique inclusive et la mutation structurelle.

 

 

La stratégie de l’intégration régionale de la Bad en Afrique centrale nécessitera des investissements d’un montant de 4 421 milliards de dollars américains. Elle correspond à 30 opérations régionales à mener sur la période 2019-2025, soit sept ans. Elle a été entérinée, le lundi 15 avril 2019, par le conseil d’administration de la Banque africaine de développement (Bad). Le fonds sera financé par les ressources de la Bad, les fonds fiduciaires, mais aussi les cofinancements d’autres bailleurs et les investissements du secteur privé en faveur des projets intégrateurs.

La stratégie s’appuie sur deux piliers et se déroule en 5 axes d’intervention. Les piliers sont : le renforcement des infrastructures régionales (électricité, transport et TIC) et l’intensification des échanges commerciaux intra régionaux et des investissements transfrontaliers.

En ce qui concerne les 5 axes d’intervention, on énumère : le développement des infrastructures ;le renforcement des capacités institutionnelles ; l’optimisation de la résilience des pays de la région(notamment à la résilience à l’insécurité alimentaire) ; la réintégration socio-économique des groupes vulnérables ;la préservation des écosystèmes du bassin du Congo.

Philosophie
Le 26 février 2016, lors de la consultation des gouverneurs de la Bad en Afrique centrale, le ministre équato-guinéen de l’Économie, Lucas Abaga Nchama, a souligné les énormes besoins de la région en matière de développement, notant que « notre avenir réside dans l’intégration régionale ».

Afin d’être cohérente dans la sous-région, la stratégie de la Bad est une jonction des priorités régionales de la CEEAC et de la Cemac, ainsi que des cinq grandes priorités de la Banque, les High 5.

Fait d’armes
Du point de vue géopolitique, la Bad reconnait que l’Afrique centrale représente le point de connexion du continent, car elle partage ses frontières avec toutes les autres régions. C’est pourquoi la coopération et l’intégration économique, gage de paix civile et de progrès de la région, sont indispensables à la quiétude sur le continent.

Grâce au Fonds africain de développement, quatre des sept pays de la région ont été interconnectés par des axes routiers, et ce, en moins de dix ans. Il s’agit du Cameroun, de la République centrafricaine (RCA), du Congo Brazzaville et du Tchad. Ces corridors ont divisé par cinq les coûts de transport entre zones de production et zones de consommation. Autre exemple, le programme de facilitation des transports entre Douala, Bangui et Ndjamena : il a développé les échanges dans la zone ainsi que le commerce à l’extérieur de la zone Cemac, améliorant l’efficacité de la chaîne logistique de transport.

Zacharie Roger Mbarga

Maturation des projets

Le caillou dans la chaussure de la Bad en zone Cemac

Les pays de l’Afrique centrale pourraient ne plus bénéficier des nouvelles créances de la Bad si les dossiers de projets ne respectent pas certaines normes internationales en termes de coût, d’impact sociétal et de rentabilité.

Les ordonnateurs des fonds BAD en Afrique centrale briefés sur les ambitions de l’institution en Afrique et dans la région

Plusieurs projets financés par la Bad en Afrique centrale posent des problèmes une fois qu’ils sont construits. Quatre situations récurrentes de faible maturation des projets se conjuguent en Afrique centrale : la mise en danger de l’environnement d’une construction n’ayant pas intégré cet aspect ; la production au rabais de l’infrastructure, car les effets escomptés ne sont pas produits (ce qui nécessite des investissements supplémentaires) ; la sous-évaluation de l’exécution financière (ce qui entraine l’abandon du projet ou la recherche de nouveaux financements) ; la sous-évaluation des obstacles physiques sur l’emprise de construction (géographie) du projet.

L’exemple le plus illustratif de l’insuffisante maturation des projets d’investissement est le barrage hydroélectrique de Memvé’élé. Construit par la société chinoise Sinohydro, le barrage hydroélectrique de Memvé’élé fournira 211 MW. Cette infrastructure énergétique, d’un montant total de 420 milliards de francs CFA, est financée en majorité par un prêt d’Eximbank China, pour environ 243 milliards de francs CFA, contre 112 milliards de francs CFA pour la Bad et 65 milliards de francs CFA pour l’État du Cameroun. Aujourd’hui, la construction est achevée. Mais sa mise en service pose des soucis. À cause d’un faible débit des eaux, seules deux turbines tournent et produisent 100 MW. Afin de corriger cela, il est envisagé la construction d’un barrage-réservoir en aval. Celui-civa procurer un débit fort et régulier afin de permettre une production optimale.

Conformité
Au niveau de la Bad, on brandit fièrement le manuel des opérations. Ce document encadre la politique de vérification de la maturation des projets. Il vise à s’assurer que tous les projets qui émanent de la Banque ont une forte probabilité d’atteindre les objectifs. «En plus de cela, la Banque améliore constamment la qualité à l’entrée des projets. Tout projet approuvé par la Banque a subi le procès interne de conformité » assure la direction générale pour l’Afrique centrale de l’institution financière africaine.

Procédure
L’examen de la faisabilité des projets par la Bad se fait au cours des missions d’évaluation. En consultation avec le gouvernement et les autres parties prenantes, la mission d’évaluation analyse les aspects techniques, financiers, économiques, institutionnels, environnementaux, de marketing et de gestion ainsi que l’impact social potentiel du projet.

Les risques du projet sont étudiés en détail et les analyses de sensibilité sont effectuées pour apprécier le projet. Les modalités et les conditions d’entrée en vigueur du prêt sont discutées pour améliorer la performance du secteur et mettre à plat les enjeux fondamentaux de politique économique. Ces enjeux sont examinés en interne dans le cadre d’un groupe interdépartemental de travail et au cours de réunions de la haute direction. L’objectif est de déterminer si le projet est prêt à être présenté au Conseil d’administration du Groupe.

Zacharie Roger Mbarga

Promotion des PPP par la Bad

L’exemple d’Africa 50

Ce fonds stratégique est alimenté par des investisseurs publics et privés, à savoir les États africains, des institutions financières internationales, des investisseurs institutionnels. Le but est de financer les projets d’infrastructures transfrontalières en Afrique et dans la sous-région.

Le premier projet financé par le Fonds stratégique pour l’Afrique, Africa 50, créé par la Bad, est l’interconnexion entre Brazzaville en République du Congo et Kinshasa en République démocratique du Congo. Le projet a trois composantes : la construction d’un pont à la fois routier et ferroviaire sur le fleuve Congo entre les deux capitales ; la mise en place de postes-frontière uniques CEEAC, COMESA, SADC ; la construction d’une ligne ferroviaire qui sera connectée à Lubumbashi-Ilebo, c’est à dire au-delà des capitales. Le projet global a un coût estimatif de 1,65 milliard de dollars. Actuellement, ces deux capitales, séparées par le fleuve Congo, sont reliées par des chaloupes. Ce qui implique d’énormes lenteurs et une grande insécurité.

La Bad a financé l’étude de ce projet en offrant deux dons d’environ 8 millions de dollars aux deux États ainsi qu’à la CEEAC. Les deux pays ont versé des fonds de contrepartie à hauteur de 2 088 099 de dollars.

Composition
Africa 50 mobilise des fonds non seulement des États africains et des institutions financières internationales, mais également des investisseurs institutionnels tels que les fonds de pension et les fonds souverains, les sociétés d’assurance et d’autres entités du secteur privé. Elle fonctionne comme une institution financière commerciale cherchant à générer un rendement attractif pour les investisseurs.

L’assemblée générale constitutive des actionnaires fondateurs s’est tenue en juillet 2015 à Casablanca, avec des souscriptions initiales de 20 États africains et de la Bad d’environ 700 millions de dollars en capital. 90 % des engagements financiers ont été affectés au financement de projets, et le reste au développement de projets. Lors de la première assemblée des actionnaires en juillet 2016, deux autres États africains et deux banques centrales ont rejoint Africa 50. Lors de la deuxième assemblée des actionnaires de septembre 2017, deux autres États ont rejoint le groupe, ce qui porte le total à 25 et le capital engagé à plus de 800 millions de dollars. D’autres actionnaires souverains devraient adhérer à court terme et une collecte de fonds auprès d’investisseurs institutionnels est en cours de lancement. Le capital devrait atteindre 1 milliard de dollars d’ici début 2018.L’objectif à moyen terme est de 3 milliards de dollars.

Les dernières estimations de la Bad portent les besoins de financement des infrastructures en Afrique à un montant compris entre 130 et 170 milliards de dollars par an. Suite à la déclaration des chefs d’État africains sur les infrastructures en 2012,la Bad a établi Africa 50 comme nouveau véhicule d’investissement. Il a été conçu comme un fonds d’infrastructure indépendant axé sur les projets nationaux et régionaux à fort impact (énergie et transports).

Zacharie Roger Mbarga

 

Mobilisation

Malabo accueille les assemblées annuelles de la Bad

Sous le thème « l’intégration régionale pour la prospérité économique de l’Afrique », la 54eassemblée annuelle du Conseil des gouverneurs de la Banque africaine de développement (Bad) et la 45eassemblée annuelle du Conseil des gouverneurs du Fonds africain de développement (FAD) se tiendront du 11 au 14 juin prochain à Malabo en Guinée-Équatoriale.

Cet événement, le plus important du Groupe de la Banque, rassemble chaque année, quelque 3000 délégués. Y prennent part les ministres africains de l’Économie, des Finances et du Plan, des décideurs politiques, des acteurs du secteur privé et de la société civile, des groupes de réflexion, des représentants du monde universitaire ainsi que les médias qui débattent sur les questions clés relatives au développement de l’Afrique.

Au programme des assemblées 2019, des discussions sont prévues. « Renforcer l’intégration économique du continent africain » sera l’une des thématiques vedettes au moment où le continent africain connait des mutations dynamiques de son processus d’intégration en vue d’intensifier les échanges de biens et services, les mouvements de personnes…

La création du marché unique africain, la Zone de libre-échange continentale africaine (le plus vaste marché dans le monde) est cohérente avec les conclusions du dernier rapport de la Bad sur les perspectives économiques en Afrique. Ce rapport fait du décloisonnement du continent une condition pour augmenter le PIB de l’Afrique de l’ordre de 135 milliards de dollars.
L’Afrique, peuplée d’un milliard d’habitants, génère un produit intérieur brut (PIB) global de plus de 3400 milliards de dollars américains.

Un tel marché devrait engranger de formidables opportunités pour les entreprises du continent. Pour en faire une réalité, les gouvernements des pays africains les communautés économiques régionales doivent intensifier leurs efforts afin de faciliter la libre circulation des biens, des services et des personnes, ainsi que le commerce transfrontalier.
L’Afrique centrale en général et la Guinée Équatoriale seront honorées d’accueillir la famille Bad.

 

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