Infrastructures des transports : Un forum africain pour booster l’Afrique centrale

Insuffisamment connecté à elle-même et au reste du continent, le cœur du continent entend capitaliser cette grand-messe continentale de l’infrastructure qui se tient pour la première fois chez elle.

Doter l’Afrique centrale des infrastructures à la hauteur des ambitions du continent

Le forum africain des infrastructures (FAI) se tient pour la première fois en Afrique centrale cette semaine, avec pour thème : «Infrastructures de transport: catalyseurs de l’émergence régionale». Il rassemble l’Afrique du Nord, de l’Ouest et du Centre. Pour cette 12e édition, le FAI regroupe plus de 400 acteurs publics et privés en provenance de plus de 20 pays, en vue de débattre et d’échanger autour des problématiques des infrastructures en Afrique francophone.

Le réseau des transports de l’Afrique centrale est l’un des plus problématiques d’Afrique. Lors des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (Bad), tenues en juin dernier à Malabo (Guinée équatoriale), il est revenu qu’au lieu d’être le pont économique du continent et son ouverture sur l’océan Atlantique, l’Afrique centrale était insuffisamment connectée économiquement au reste du continent.

Pire, elle n’est pas connectée à elle-même. Avec «un taux de bitumage de seulement 31%, soit le taux le plus faible des sous-régions du continent, une densité routière de 10 km/100 km2 pour l’ensemble du réseau principal et de 0,3 km/100 km2 pour les routes bitumées», la CEA évoque «des infrastructures insuffisantes, vétustes et mal entretenues ou détruites avec plusieurs maillons manquants. Les réseaux sont peu intégrés et les coûts de transport sont très élevés. Les ressources consacrées au financement des infrastructures de transport sont très insuffisantes par rapport aux besoins».

Capitalisation
À la veille de la session extraordinaire des chefs d’État de la Cemac en 2017 à N’Djamena, le constat suivant a été établi par les ministres des Transports: «le transport routier représente 90% du trafic interurbain et inter-États de marchandises dans les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Seulement, en termes d’infrastructures, le constat établi par divers experts du secteur routier démontre un déficit énorme. En plus de cela, les études ont établi qu’au Cameroun, le transport représente en moyenne 60% du coût total de la marchandise sur les routes dégradées, contre moins de 40% sur routes réhabilitées».

Afin de résorber les différentes contraintes qui entravent le développement des infrastructures dans la région, le FAI offre plusieurs solutions: le partage d’expérience, le partage des bonnes pratiques, la conception, les mécanismes de financement classiques et innovants, etc.

Cette plateforme d’exposition et d’échange sur les enjeux majeurs liés au développement des infrastructures dans leurs composantes routières, portuaires et aéroportuaires propose ainsi d’associer le secteur privé à la définition de nouvelles approches de dynamisation des infrastructures, à travers des thématiques spécifiques débattues entre experts.

Appel à projets
Au terme des débats entre experts et personnes-ressources des institutions clés, un appel à projets sera lancé lors de la deuxième journée. Les projets de construction d’infrastructures suffisamment matures pourront trouver des financements lors des travaux.

À la Cemac, on indique que les 12 projets intégrateurs prioritaires du Programme économique régional seront à l’honneur. Au ministère de l’Économie du Cameroun, on présentera en plus des projets déjà engagés, mais à court de financement ou des projets en processus d’engagement. On peut évoquer le projet de construction de l’autoroute Yaoundé — Douala et le projet de construction de l’autoroute Edéa — Kribi.

Zacharie Roger Mbarga

Développement des infrastructures

En finir avec des projets éléphants blancs

La philosophie et le modèle de construction des infrastructures de transport au cœur des discussions.

 

En vue d’atteindre l’émergence, les États africains s’endettent pour désenclaver leur territoire, moderniser le système de transport et s’ouvrir sur les marchés régionaux, voire internationaux. Le lourd investissement dans les infrastructures de transport n’a pas souvent eu d’impacts conséquents dans le quotidien des populations. Lors de la présentation du document de stratégie d’intégration régionale en Afrique centrale, Ousmane Dore, directeur général de la Bad en Afrique centrale, est revenu sur «ces corridors construits et livrés qui n’ont pas permis de fluidifier les échanges et les déplacements entre les pays». Ceci est dû à une mauvaise analyse de départ.

Afin de solutionner cet état de fait, le Forum africain de l’infrastructure va aborder le modèle de construction des infrastructures. Ce sera d’ailleurs le premier débat du forum sur le thème: «décryptage des modèles de développement des infrastructures». Six ministres africains se prononceront sur cette problématique. Ce débat entre ministres sur les orientations stratégiques et les modèles économiques qui animent le développement des infrastructures portuaires, aéroportuaires et terrestres plantera le décor.

Situation prospective
Selon la Banque africaine de développement (Bad), en 2050, plus de la moitié de la population africaine vivra en ville. La croissance rapide de la population urbaine exerce une forte pression sur les infrastructures existantes. Si elle s’avère mal accompagnée, cette croissance pourrait rendre les grandes métropoles africaines invivables et nuire à leur compétitivité économique.

Il faudrait ainsi agir, et vite, pour positionner l’infrastructure de transport comme un réel levier pour l’amélioration des conditions de vie des citoyens.

«Qu’on soit dans le ferroviaire, le fluvial, le routier ou l’aérien, l’urgence est là» indiquait, lors de la 11e édition, Pierre-Simon More Ndong, du département de développement des infrastructures, villes et l’urbanisation de la Bad.

Le secteur de tous les défis
Au ministère camerounais de l’Économie, organisateur local du FAI, on indique: «malgré les avancées notables pour doter le continent d’infrastructures performantes, fiables, viables et efficaces, un long chemin reste à parcourir et les défis sont considérables. Qu’il s’agisse du cadre institutionnel, de la gouvernance, de l’exécution stratégique, du financement, des mécanismes juridiques et réglementaires, du leadership… une vraie révolution s’impose pour enclencher une dynamique de transformation productive». Une conférence en plénière se penchera sur 5 préoccupations devant permettre de modifier la conception de la contribution des infrastructures de transport au développement:

– Comment appréhender les stratégies suivies, les réalisations et les défis à relever?

– Comment structurer les priorités et identifier les zones de blocage? Les défis sont-ils insurmontables?

– Quel constat faire des réformes institutionnelles, réglementaires et administratives engagées?

– Investissement: les nouvelles approches et mécanismes pourront-ils combler le gap de financement?

– Comment tirer profit des progrès réalisés dans la sophistication des produits financiers?

Zacharie Roger Mbarga

Investissement

Le Maroc fait son marché à Yaoundé

Pays à l’honneur de cette 12e édition, le pays de Mohammed VI va exposer son savoir-faire et ses success stories en matière de transport et se ramène avec une délégation d’opérateurs économiques.

 

Le Maroc entend marquer de son empreinte la 12e édition du Forum africain des infrastructures (FAI). Les organisateurs du forum indiquent que le Maroc partagera sa riche expérience dans la construction des infrastructures de transport. Devenu un hub industriel sur le continent, le Maroc est considéré comme étant à la lisière de l’émergence économique. Le pays présente un patrimoine infrastructurel assez dense.

Ce patrimoine va davantage se densifier. À l’occasion du 44e anniversaire de la Marche verte, le roi Mohammed VI a annoncé, le mercredi 6 novembre dernier, au cours d’un discours à la nation, la construction d’une ligne de chemin de fer longue de plus de 230 km. Elle va relier les villes de Marrakech et d’Agadir (dans le Sud-ouest marocain). Bien plus, les travaux de la voie express, de plus de 1 000 km, qui va d’Agadir à Dakhla en passant par Laâyoune, la plus importante ville du Sahara occidental, vont s’accélérer.

Globalement, le Maroc a lancé un ambitieux programme de modernisation des infrastructures. Ce programme projette investir 660 milliards de dinars. Dans le détail, le plan routier 2035 du ministère n’ambitionne rien de moins que de doubler le réseau autoroutier existant, totalisant à l’heure actuelle 1800 km pour le porter à 3500 km. Le réseau routier n’est pas en reste, puisqu’il devrait bénéficier d’un ambitieux programme de modernisation décliné sur 7000 km, de grands aménagements, 2000 km de voies express, 45 000 km de routes rurales ainsi que 2000 km de routes à réhabiliter par an.

Zacharie Roger Mbarga

Financement des infrastructures

Vers l’essoufflement de l’État

L’Afrique centrale doit consacrer 68 milliards de dollars par an pour résorber son déficit en infrastructures.

Le barrage de Nachtigal au Cameroun un exemple des PPP dans les infrastructures

Le rapport «développement des infrastructures en Afrique centrale: au-delà des maillons manquants» du bureau sous-régional de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique a été présenté lors du 34e Comité intergouvernemental d’experts pour l’Afrique centrale (CIE2018) à N’Djamena. Il indique que le secteur des transports a besoin d’au moins 68 milliards de dollars américains par an. Pour mobiliser ces fonds, les experts de la CEA appellent à regarder au-delà des budgets nationaux et de l’aide publique au développement.

Les dernières données de l’ICA (Infrastructure Consortium for Africa) sur les engagements dans les infrastructures et engagements des différents bailleurs datent de 2017. Ils démontrent que les gouvernements nationaux africains financent 42,56 % des infrastructures, le secteur privé 4,16 %, les donateurs bilatéraux/multilatéraux 4,96 %, la Chine 10,24 %, les des donateurs arabes 8,8 % et les membres de l’ICA 29,74 %.

Les pays africains ne parviennent pas à collecter les fonds suffisants pour prendre à leur charge les dépenses nécessaires aux infrastructures. Plusieurs pistes d’explication permettent de comprendre ce constat: la collecte et la mobilisation de l’épargne privée sont insuffisantes, la dépendance aux matières premières et l’exposition des économies aux chocs exogènes, les flux financiers illicites.

Alternatives
Il existe plusieurs solutions pour empêcher l’essoufflement de l’État. Si l’on s’en tient aux recommandations des experts du 34e Comité intergouvernemental d’experts pour l’Afrique centrale (CIE2018) de la CEA, l’Afrique centrale devrait explorer des sources alternatives à l’instar des assurances, des fonds de pension, des fonds souverains, des marchés obligataires et du Fonds Africa50 dédié aux infrastructures.

Plusieurs réformes structurelles doivent être entreprises pour installer un cercle vertueux. Les experts ont conclu qu’il convient d’explorer d’autres approches du développement des infrastructures de transport, telles que des «corridors de développement impliquant le secteur privé, en partenariat avec le secteur public».

Afin d’attirer des investisseurs privés dans le financement des corridors de développement, «un cadre réglementaire favorable, une bonne préparation des projets et une évaluation solide des risques financiers constitueront un bon point de départ», conseille la CEA dans son rapport.

Les experts ont exhorté les gouvernements à identifier et à hiérarchiser les projets d’infrastructure de haute qualité dans les secteurs minier, manufacturier et agricole, susceptibles de mobiliser des ressources pour financer des projets d’infrastructures.
Entre autres recommandations, ils ont mentionné la nécessité «d’identifier des projets bancables, de développer des corridors à fort potentiel capables de devenir des axes de transformation structurelle et de renforcer les capacités techniques, institutionnelles, financières et humaines des États membres».

Le secteur privé n’investit que dans les projets profitables. Sur la période 2012-2016, les participations du secteur privé dans des projets d’infrastructure en Afrique subsaharienne visaient surtout l’énergie. Au total, le secteur privé a été engagé dans des projets d’infrastructure d’un montant total de 30,5 milliards $ en Afrique subsaharienne selon la Banque mondiale (l’ICA estimait ces mêmes montants à 31,2 milliards $ sur l’ensemble du continent pour la période 2012-2016).

Zacharie Roger Mbarga

Partenariat public-privé : la route à suivre… 

Entre 1990 et 2017, selon la base de données de la Banque mondiale sur les participations privées dans les infrastructures, sur 463 projets renseignés, 236 concernaient des infrastructures liées à l’énergie, 108 aux transports, 87 au secteur des télécommunications et 32 à l’eau et à l’assainissement (tableau 1).

Au total, tous secteurs confondus, les partenariats public-privé ont représenté 66,7 milliards $ entre 1990 et 2017, soit une moyenne annuelle de 2,47 milliards par an, sur une période de 28 ans. En réalité, les PPP ont surtout été employés depuis les années 2000. Sur les 66,7 milliards mentionnées, plus de 60 milliards ont été décaissés depuis l’an 2000.

Entre 1990 et 2000, ce sont les infrastructures de télécoms qui avaient représenté le plus de PPP, à peu près au même niveau que les infrastructures énergétiques. Les équipements de télécommunications (téléphone + internet) sont généralement les plus profitables pour les opérateurs.

 

Une fois les installations en état de fonctionnement, ces infrastructures constituent une rente pour les opérateurs propriétaires qui perçoivent les abonnements des usagers pendant des décennies. Les infrastructures de télécommunications sont celles qui ont la plus courte durée d’amortissement: une vingtaine d’années contre une durée qui peut aller de 20 à 50 ans pour une voie de chemin de fer, et qui sera supérieure à 30 ans pour un barrage ou une centrale électrique.

Il est intéressant de constater que les priorités du secteur privé ne sont pas nécessairement celles avancées par les États africains et par les bailleurs publics ou les plus utiles pour les populations. Les acteurs privés ont en effet préféré s’impliquer dans les opérations les plus rentables.

Zacharie Roger Mbarga

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