{"id":49898,"date":"2026-02-23T16:07:01","date_gmt":"2026-02-23T16:07:01","guid":{"rendered":"https:\/\/journalintegration.com\/?p=49898"},"modified":"2026-02-23T16:07:05","modified_gmt":"2026-02-23T16:07:05","slug":"dr-bernard-aristide-bitouga-la-modernisation-des-territoires-doit-preserver-les-equilibres-sociaux-et-la-survie-des-communautes-autochtones","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/journalintegration.com\/index.php\/2026\/02\/23\/dr-bernard-aristide-bitouga-la-modernisation-des-territoires-doit-preserver-les-equilibres-sociaux-et-la-survie-des-communautes-autochtones\/","title":{"rendered":"Dr Bernard Aristide Bitouga :\u00abLa modernisation des territoires doit pr\u00e9server les \u00e9quilibres sociaux et la survie des communaut\u00e9s autochtones\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le sp\u00e9cialiste en anthropologie culturelle et sociale d\u00e9plore l\u2019avanc\u00e9e de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ontologique des communaut\u00e9s entretenue par la d\u00e9possession fonci\u00e8re et l\u2019effacement des d\u00e9nominations originelles des places.<\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"497\" height=\"374\" src=\"https:\/\/journalintegration.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-19-145834.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-49899\" srcset=\"https:\/\/journalintegration.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-19-145834.jpg 497w, https:\/\/journalintegration.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-19-145834-300x226.jpg 300w, https:\/\/journalintegration.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-19-145834-80x60.jpg 80w, https:\/\/journalintegration.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-19-145834-100x75.jpg 100w, https:\/\/journalintegration.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-19-145834-180x135.jpg 180w, https:\/\/journalintegration.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-19-145834-238x178.jpg 238w, https:\/\/journalintegration.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-19-145834-265x198.jpg 265w\" sizes=\"(max-width: 497px) 100vw, 497px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Dr Aristide Bitouga, sp\u00e9cialiste en anthropologie culturelle et sociale<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question fonci\u00e8re constitue, dans de nombreux contextes africains, un r\u00e9v\u00e9lateur central des tensions entre modernisation \u00e9tatique, dynamiques capitalistiques et reproduction des soci\u00e9t\u00e9s autochtones. Au Cameroun, cette probl\u00e9matique se complexifie lorsqu\u2019elle touche des communaut\u00e9s install\u00e9es de longue date dans des espaces devenus strat\u00e9giques du fait de leur potentiel \u00e9conomique, administratif ou infrastructurel. Loin de se limiter \u00e0 des conflits d\u2019usage ou de propri\u00e9t\u00e9, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 fonci\u00e8re rev\u00eat ici une dimension profond\u00e9ment anthropologique : elle affecte les syst\u00e8mes de nomination, les lieux m\u00e9moriels, les espaces rituels et, plus largement, les matrices symboliques qui fondent l\u2019identit\u00e9 collective.Dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles africaines en g\u00e9n\u00e9ral, la terre ne constitue jamais un simple support mat\u00e9riel de subsistance ou un capital susceptible d\u2019\u00e9change marchand. Elle est d\u2019abord et avant tout une matrice d\u2019appartenance, un principe organisateur des hi\u00e9rarchies symboliques et un fondement de la reconnaissance sociale. La territorialit\u00e9 y est v\u00e9cue autant qu\u2019elle est h\u00e9rit\u00e9e, racont\u00e9e et transmise. Elle articule m\u00e9moire collective, g\u00e9n\u00e9alogies lignag\u00e8res, espaces rituels, r\u00e9cits d\u2019origine et syst\u00e8mes de nomination des lieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au Cameroun, cette conception relationnelle et symbolique du foncier se trouve aujourd\u2019hui profond\u00e9ment fragilis\u00e9e par les dynamiques contemporaines de marchandisation de la terre, d\u2019urbanisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e et de reconfiguration administrative des territoires. Ces transformations produisent une ins\u00e9curit\u00e9 qui ne saurait \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 la seule pr\u00e9carit\u00e9 juridique ou mat\u00e9rielle: elles engendrent une v\u00e9ritable ins\u00e9curit\u00e9 ontologique, au sens o\u00f9 elles affectent les conditions m\u00eames par lesquelles les communaut\u00e9s autochtones se d\u00e9finissent, se reconnaissent et se projettent dans le temps long.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le foncier comme fait social total: m\u00e9moire, filiation et pouvoir<br><\/strong>Dans les soci\u00e9t\u00e9s autochtones, la terre rel\u00e8ve de ce que Marcel Mauss qualifiait de \u00abfait social total\u00bb: elle engage simultan\u00e9ment des dimensions \u00e9conomiques, juridiques, religieuses, politiques et symboliques. Le sol n\u2019est pas seulement occup\u00e9, il est habit\u00e9 au sens plein du terme. Il est investi de significations qui lient les vivants aux anc\u00eatres, les lignages entre eux et les g\u00e9n\u00e9rations futures \u00e0 celles qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es.Les syst\u00e8mes de nomination des lieux jouent ici un r\u00f4le central. La toponymie autochtone ne se contente pas d\u2019indiquer un emplacement g\u00e9ographique ; elle fonctionne comme une archive sociale non \u00e9crite. Chaque nom de lieu condense un \u00e9v\u00e9nement fondateur, un pacte lignager, une migration, une victoire, un drame ou une relation particuli\u00e8re au sacr\u00e9. \u00c0 travers ces noms se transmettent des savoirs historiques, des normes sociales et des cosmologies locales.D\u00e8s lors, adresser la gouvernance fonci\u00e8re sans tenir compte de ces dimensions revient \u00e0 fragiliser l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9difice symbolique qui soutient l\u2019identit\u00e9 collective. La d\u00e9possession fonci\u00e8re ne signifie pas uniquement la perte d\u2019un espace productif; elle correspond \u00e0 une rupture dans la cha\u00eene de transmission des rep\u00e8res identitaires. Elle alt\u00e8re les m\u00e9canismes par lesquels les communaut\u00e9s se reconnaissent comme sujets historiques inscrits dans un territoire donn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Urbanisation, pression fonci\u00e8re et marchandisation des territoires<br><\/strong>Les dynamiques contemporaines d\u2019urbanisation et de valorisation \u00e9conomique des sols exercent une pression croissante sur les territoires historiquement occup\u00e9s par des communaut\u00e9s autochtones. Les zones p\u00e9riurbaines, devenues des espaces strat\u00e9giques pour l\u2019habitat, les infrastructures ou l\u2019investissement priv\u00e9 concentrent une grande partie de ces tensions. L\u2019expansion de villes comme Douala, Yaound\u00e9, Kribi, la multiplication des projets immobiliers, des infrastructures et des op\u00e9rations d\u2019am\u00e9nagement produisent une comp\u00e9tition accrue autour du foncier. Cette comp\u00e9tition se traduit par des expropriations, des d\u00e9guerpissements, des transactions asym\u00e9triques et des conflits ouverts ou latents entre populations autochtones, nouveaux occupants et acteurs institutionnels. Dans ces configurations, les communaut\u00e9s autochtones se trouvent rarement en position de n\u00e9gociation \u00e9quitable.Mais l\u2019enjeu ne se limite pas \u00e0 la perte mat\u00e9rielle de la terre. La marchandisation du foncier introduit une logique de valeur marchande qui entre en contradiction frontale avec les r\u00e9gimes coutumiers de territorialit\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 la terre \u00e9tait inali\u00e9nable, transmise selon des r\u00e8gles lignag\u00e8res et investie d\u2019une dimension sacr\u00e9e, elle devient un bien cessible, divisible et interchangeable. Cette mutation bouleverse en profondeur les cadres normatifs autochtones et reconfigure les rapports de pouvoir locaux. Mais au-del\u00e0 de la d\u00e9possession mat\u00e9rielle, ces dynamiques s\u2019accompagnent d\u2019une reconfiguration symbolique des espaces.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Effacement toponymique: une violence symbolique discr\u00e8te<br><\/strong>Parmi les effets les plus insidieux de ces transformations figure l\u2019effacement progressif de la toponymie autochtone. La rebaptisassions des lieux, souvent op\u00e9r\u00e9e par de nouveaux occupants ou ent\u00e9rin\u00e9e par des usages administratifs informels, participe \u00e0 une logique d\u2019appropriation qui ne se limite pas au sol, mais s\u2019\u00e9tend \u00e0 la m\u00e9moire du lieu. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, observable dans plusieurs zones urbaines. C\u2019est le cas par exemple dans la m\u00e9tropole de Douala, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans l\u2019arrondissement de Douala 3\u00e8me, notamment la zone p\u00e9riurbaine de Logbessou (qu\u2019on nomme localement PK 17) en territoire Bassa, on note l\u2019effacement progressif des marqueurs toponymiques autochtones au profit de d\u00e9nominations exog\u00e8nes. Cette situation illustre une tendance plus large et ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant un cas isol\u00e9. Au Cameroun, de nombreuses localit\u00e9s sont d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es au quotidien de leurs toponymes et sont rev\u00eatues de nouveaux toponymes qui traduisent de mani\u00e8re insidieuse une politique consciente ou inconsciente d\u2019effacement progressif des syst\u00e8mes toponymiques autochtones.Renommer un lieu n\u2019est jamais un acte neutre. C\u2019est inscrire l\u2019espace dans un nouvel ordre de sens, effacer des r\u00e9cits d\u2019origine, disqualifier une ant\u00e9riorit\u00e9 et reconfigurer la m\u00e9moire collective. \u00c0 travers la substitution de noms exog\u00e8nes aux appellations autochtones, se joue une forme d\u2019appropriation qui d\u00e9passe largement le cadre juridique. La terre change de nom avant m\u00eame de changer d\u00e9finitivement de mains. Ce processus participe d\u2019une reterritorialisation symbolique qui marginalise les communaut\u00e9s autochtones et fragilise leur capacit\u00e9 \u00e0 se reconna\u00eetre dans l\u2019espace qu\u2019elles habitent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans plusieurs espaces urbains et p\u00e9riurbains du Cameroun, des localit\u00e9s historiquement d\u00e9sign\u00e9es par des toponymes autochtones se voient progressivement rebaptis\u00e9es selon des logiques fonctionnelles, commerciales ou administratives. Ces nouvelles d\u00e9nominations, largement diffus\u00e9es par les usages quotidiens et les pratiques institutionnelles, finissent par s\u2019imposer comme allant de soi. Le processus est d\u2019autant plus efficace qu\u2019il s\u2019op\u00e8re sans confrontation directe, par une accumulation de micro-transformations symboliques. L\u2019effacement toponymique constitue ainsi une forme de violence symbolique au sens bourdieusien : une domination qui s\u2019exerce avec le consentement implicite des acteurs, faute de reconnaissance institutionnelle des enjeux qu\u2019elle recouvre. La perte ou la transformation de ces noms \u00e9quivaut d\u00e8s lors \u00e0 une rupture dans la cha\u00eene de transmission des savoirs et des appartenances. Elle fragilise les m\u00e9canismes par lesquels les communaut\u00e9s se reconnaissent, se situent et se projettent dans le temps long.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les angles morts de la gouvernance fonci\u00e8re<br><\/strong>Le cadre juridique camerounais, en affirmant la pr\u00e9\u00e9minence de l\u2019\u00c9tat sur les terres, vise en principe \u00e0 r\u00e9guler l\u2019acc\u00e8s au foncier et \u00e0 pr\u00e9venir les conflits. Toutefois, cette posture de propri\u00e9taire ultime tend \u00e0 invisibiliser les r\u00e9gimes fonciers coutumiers et les attachements symboliques qui leur sont associ\u00e9s. L\u2019\u00c9tat appara\u00eet alors moins comme un acteur supra-protecteur du patrimoine culturel mat\u00e9riel et immat\u00e9riel que comme un arbitre prioritairement orient\u00e9 vers les imp\u00e9ratifs de d\u00e9veloppement, d\u2019investissement et de rentabilit\u00e9.Les dimensions anthropologiques du foncier \u2013 lieux sacr\u00e9s, sites m\u00e9moriels, toponymie autochtone \u2013 demeurent largement absentes des dispositifs de planification territoriale. Cette lacune cr\u00e9e un angle mort majeur dans la gouvernance fonci\u00e8re : ce qui n\u2019est pas juridiquement reconnu devient politiquement n\u00e9gligeable. Cette asym\u00e9trie institutionnelle cr\u00e9e un angle mort majeur: la faible prise en compte de la dimension anthropologique du foncier dans les politiques publiques. Les lieux sacr\u00e9s, les espaces m\u00e9moriels et les syst\u00e8mes de nomination autochtones ne b\u00e9n\u00e9ficient que rarement de dispositifs de reconnaissance ou de protection formalis\u00e9s, ce qui les rend particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables aux dynamiques de transformation territoriale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En se positionnant comme arbitre supr\u00eame, l\u2019\u00c9tat se trouve ainsi engag\u00e9, parfois malgr\u00e9 lui, dans un processus d\u2019\u00e9rosion des identit\u00e9s territoriales autochtones. La protection du patrimoine culturel immat\u00e9riel, pourtant affirm\u00e9e dans les discours officiels, peine \u00e0 se traduire en m\u00e9canismes concrets lorsqu\u2019elle entre en tension avec des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques ou strat\u00e9giques.Pourtant, la toponymie autochtone joue un r\u00f4le central dans l\u2019organisation du monde social. Les noms de lieux condensent des r\u00e9cits d\u2019origine, des \u00e9v\u00e9nements historiques, des pactes lignagers et des rapports au sacr\u00e9. Ils mat\u00e9rialisent l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 et constituent une archive sociale non \u00e9crite, transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Leur disparition ou leur substitution par des d\u00e9nominations exog\u00e8nes ne rel\u00e8ve donc pas d\u2019un simple changement lexical ; elle participe d\u2019une reconfiguration du sens et d\u2019une rupture dans les continuit\u00e9s historiques et culturelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Ins\u00e9curit\u00e9 ontologique et risques de dilution identitaire<br><\/strong>Les processus de rebaptisation observ\u00e9s dans plusieurs espaces anciennement autochtones traduisent des strat\u00e9gies d\u2019appropriation qui d\u00e9passent le cadre juridique. Renommer un lieu, c\u2019est l\u2019inscrire dans un nouvel ordre symbolique, l\u2019extraire de la m\u00e9moire autochtone pour l\u2019int\u00e9grer \u00e0 un r\u00e9gime de patrimonialisation \u00e9tranger. L\u2019effacement progressif des noms autochtones peut \u00eatre analys\u00e9 comme une forme d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ontologique, au sens o\u00f9 il affecte les fondements m\u00eames de l\u2019\u00eatre collectif. En perdant leurs rep\u00e8res symboliques, les communaut\u00e9s se voient d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es de leur capacit\u00e9 \u00e0 produire du sens \u00e0 partir de leur environnement. Cette d\u00e9connexion entre territoire v\u00e9cu et territoire nomm\u00e9 engendre des formes diffuses de marginalisation culturelle, souvent invisibles dans les indicateurs classiques du d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans un tel contexte les communaut\u00e9s autochtones voient se dissoudre les rep\u00e8res \u00e0 partir desquels elles se d\u00e9finissent, se racontent et se projettent. \u00c0 moyen terme, cette dynamique fait peser un risque r\u00e9el de dilution identitaire. La disparition des toponymes, des lieux de culte et des espaces rituels contribue \u00e0 une homog\u00e9n\u00e9isation culturelle qui fragilise la diversit\u00e9 des syst\u00e8mes de pens\u00e9e et des modes d\u2019habiter le monde.Le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat m\u00e9rite d\u2019\u00eatre questionn\u00e9 et sa responsabilit\u00e9 dans ce processus d\u2019\u00e9rosion des identit\u00e9s autochtones doit \u00eatre \u00e9voqu\u00e9e. En se positionnant comme propri\u00e9taire ultime des terres, l\u2019\u00c9tat est cens\u00e9 encadrer les usages en mati\u00e8re fonci\u00e8re, garantir l\u2019ordre foncier et assurer la protection des communaut\u00e9s autochtones. Toutefois, cette centralit\u00e9 juridique tend \u00e0 rel\u00e9guer au second plan les r\u00e9gimes fonciers coutumiers et les dimensions immat\u00e9rielles du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Les politiques publiques privil\u00e9gient majoritairement les imp\u00e9ratifs de d\u00e9veloppement, d\u2019investissement et d\u2019am\u00e9nagement, laissant peu de place \u00e0 la reconnaissance institutionnelle des lieux sacr\u00e9s, m\u00e9moriels ou toponymiques autochtones.Ces dysfonctionnements et tous ces manquements enregistr\u00e9s dans la gouvernance fonci\u00e8re au Cameroun ne sauraient ne pas avoir des cons\u00e9quences sur la pr\u00e9servation des \u00e9quilibres sociaux. \u00c0 moyen et long terme, l\u2019effacement des marqueurs fonciers symboliques fragilise la diversit\u00e9 culturelle et accentue les processus d\u2019invisibilisation des communaut\u00e9s autochtones dans l\u2019espace national. La disparition progressive des toponymes autochtones contribue \u00e0 une uniformisation des territoires et \u00e0 une r\u00e9duction de la diversit\u00e9 des mani\u00e8res d\u2019habiter et de penser le monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pour une gouvernance sensible \u00e0 la dimension anthropologique du foncier<br><\/strong>L\u2019analyse de ces dynamiques invite \u00e0 repenser les cadres de la gouvernance fonci\u00e8re au Cameroun \u00e0 partir d\u2019une approche int\u00e9grative. Reconna\u00eetre la pluralit\u00e9 des rapports \u00e0 la terre suppose d\u2019articuler droit positif, pratiques coutumi\u00e8res et patrimoines symboliques. Des pistes existent: int\u00e9gration de la toponymie autochtone dans les documents d\u2019am\u00e9nagement, cartographies participatives associant les communaut\u00e9s locales, reconnaissance juridique des sites culturels et m\u00e9moriels, ou encore mise en place dispositifs de consultation pr\u00e9alable r\u00e9ellement inclusifs. Ces approches, exp\u00e9riment\u00e9es dans d\u2019autres contextes africains et internationaux, montrent qu\u2019il est possible de concilier d\u00e9veloppement territorial et respect des identit\u00e9s autochtones.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>Louise Nsana<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le sp\u00e9cialiste en anthropologie culturelle et sociale d\u00e9plore l\u2019avanc\u00e9e de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ontologique des communaut\u00e9s entretenue par la d\u00e9possession fonci\u00e8re et l\u2019effacement des d\u00e9nominations originelles des places. 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