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Jean-Marc Bikoko: Je revendique, donc je suis

Écrit par  Jean-René Meva’a Amougou

Le syndicaliste, remis de fraîche date en liberté, a déjà essuyé plusieurs coups.

«En Afrique comme ailleurs, pas de démocratie sans alternance». Voilà le viatique de la journée du 15 septembre 2015 au palais des sports de Yaoundé. Eclairs et tonnerres dans la capitale quand la nuée informationnelle a désigné quelqu’un, Jean-Marc Bikoko, comme le serpent de l’affaire. Avoir pour ambition d’attirer l’attention très dispersée d’un public bombardé et étourdi par «la stabilité», c’est trop fort. Parler d’ «alternance et de gouvernance» dans le pays de Paul Biya… Quel culot. Mais parce que le libellé du thème sonne juste, on se dit qu’on peut en débattre sans une once de peur. Ce d’autant plus que le discours ambiant et les lois s’accordent à affirmer qu’il n’y a pas de nuisance à dire ce que l’on pense. Le 15 septembre 2015, Jean-Marc Bikoko n’a malheureusement pas pu se soustraire du torrent d’épouvante sécuritaire. Il est arrêté, malgré une ébauche de résistance et de sermon sur  ce que disent les lois et les principes démocratiques. Le supplétif de « trouble à l’ordre public » lui est attribué. Sans ménagement. Sans doute pour éviter les réflexions de l’opinion. Derrière les barreaux, il s’interroge. Il s’interroge surtout sur «l’exception africaine». Dans une cellule du Groupement mobile d’intervention, où il semble tenir une chaire d’anthropologie et de sociologie politique. Dehors, on peut l’entendre : «Quand on classe les pays du monde en fonction de la part de population née alors que la même famille était déjà au pouvoir, 14 des 20 premiers sont africains…» «Dans ce cas, explique-t-il à ses codétenus,  plus de la moitié de la population est née sous les auspices d’un même pouvoir. Jamais ils n’ont connu d’alternance. Excepté peut-être le Congo avec la parenthèse Lissouba de 1992 à 1997. Reste que le quinté de tête de ce classement fait froid dans le dos de tous les défenseurs de droits. C’est quoi cette histoire de faire tourner tout autour d’un giron familial?» Pour le point focal de l’ONG Dynamique citoyenne, «les délices du pouvoir sont addictives pour certains  dirigeants africains». Et de dire que dans la plupart des cas, ils recourent à des pseudo-référendums pour s’y maintenir. «Il y a urgence à tourner cette vilaine page. Pas de stabilité sans démocratie, pas de démocratie sans alternance.» Plus que par le passé, son imagination est jugée excentrique. «Vous êtes un client à notre goût parce que chaque jour, vous vous rapprochez des confréries criminelles!», peste un commissaire divisionnaire devant des journalistes. Occasion pour le geôlier de dérouler (à très haute voix) son CV. «Je suis âgé de 58 ans. Je suis né en 1957 dans une famille modeste. Mon père était ouvrier aux Brasseries du Cameroun. Il est décédé lorsque j’avais 10 ans et demi. Ma mère n’était pas allée à l’école, elle vendait des plats dans la rue pour élever ses quatre enfants. Nous nous levions vers 3h30 du matin pour aider notre mère, avant d’aller à l’école. Par la grâce de Dieu, nous avons tous réussi notre scolarité. Je suis devenu enseignant de géographie, après avoir décroché ma licence à l’université de Yaoundé, ainsi qu’un Dess de Sciences de l’environnement.» Colère du flic. Le ton est donné pour le prolongement de la garde à vue administrative.

 

Combats

Des scènes de ce genre,  Jean-Marc Bikoko en a connues. Du haut de sa taille moyenne, sa distinction farouche, il s’est longtemps employé à tailler dans la jungle pour trouver une clairière. Ceux qui fricotent le soir dans les ragots de la gendarmerie et la grande faune des secrets d’Etat disent qu’on lui a souvent demandé d’éviter l’éclat médiatique de ses actions.  Comme un bon avatar d’«upéciste», l’homme adore pourtant les montées d’adrénaline qui le conduisent à se hausser sur ses propres épaules. Entre 1994 et 1995, il en paie le prix fort : suspension de salaire et révocation du corps de la Fonction publique. Il ne doit sa réhabilitation qu’ la chambre administrative de la Cour suprême. Probablement pour colorier une nouvelle déchéance. De 1995 à 1999, on le prive encore de tout. Sans revenus, Jean Marc Bikoko est réduit à vivre sur la véranda de personnes généreuses. Fin mars 1995, le premier congrès ordinaire du Syndicat national autonome de l'enseignement secondaire (Snaes), tenu à Yaoundé, le porte à son secrétariat général. C'est véritablement l'entrée en scène de celui qui considère que «le Cameroun ne saurait continuer de se prévaloir d'être un Etat démocratique, tout en continuant de perpétuer des pratiques d'embrigadement d'une autre époque».

 

Le million

Cette somme, la chronique révèle que c’est le cabinet de Peter Mafany Musongue qui l’avait remise à Jean-Marc Bikoko en présence de ses camarades Angelo Phouet Foe et Joseph Ze.  C’était le 2 mai 1997. Le million avait été baptisé «argent de taxi» par le Premier ministre. «Tout pour tenter de nous anesthésier», lança le syndicaliste. «Nous aurions pu nous taire et nous partager cet argent à trois. Mais je ne mange pas de ce pain, puisque c'est nous-mêmes qui avions décidé de communiquer sur ce fameux argent de taxi», explique aujourd'hui Jean-Marc Bikoko. Jouer le double langage, légaliste en façade et illégaliste dans les faits, n'est souvent pas tenable selon lui ; car les élus syndicaux ou politiques, consciemment ou inconsciemment, sont obligés de défendre le cadre légal. Le combat autour de « jetons » offerts par le Pm déclencha la rupture avec  le Syndicat national autonome de l’enseignement secondaire (Snaes) en septembre 1997. C’est le motif de la création du Syndicat national autonome de l'éducation et de la formation(Snaef). 

Une nouvelle aventure est entamée. Il peut enfin se déployer dans un spectre plus large à travers la Centrale syndicale du secteur public (Csp), créée en mars 2000. Elle a posé des actes de défiance vis-à-vis des pouvoirs publics pour faire entendre la voix des sans-voix du secteur public. Cette virulence lui a valu l'ostracisme du gouvernement, qui ne goûte que très peu son «non alignement». Le 1er mai de cette année-là, la Csp avait annoncé «sa Fête du travail en sa permanence, sise au carrefour Bout carré à Yaoundé». Le 1er mai, estimait Jean-Marc Bikoko, doit être l'occasion, pour les travailleurs, d'exprimer librement leurs revendications. Ce n'est plus le moment d'aller défiler sous le soleil, avec des pancartes inspirées par la hiérarchie, devant leurs bourreaux tranquillement assis dans les tribunes. Mais le pouvoir de Yaoundé n'a jamais autant déployé de moyens humains, financiers et matériels que lorsqu'il s'agit de casser une dynamique de rupture. Ce jour-là, des dizaines d'éléments de la police prirent position de bonne heure autour de l'immeuble, en bouchant les issues et procédant à quelques contrôles. Le siège ne fut levé qu'après le défilé du 20 mai. 

 

Perdiems

En 2007, les fonctionnaires couvent le sentiment de leur dégringolade sociale. Bon prétexte pour l’enseignant de formation. Devant le siège de l’Assemblée nationale à Yaoundé, il caracole au grand jour en syndicaliste contestataire. Jean-Marc Bikoko aligne les interviews. Sa boîte électronique et son téléphone débordent d’incroyables messages des agents publics.  Nouvelle arrestation. A la légion de gendarmerie du Centre où il a été placé en garde à vue le 28 novembre 2007, il lit Karl Marx et Engels. Comme pour mettre à distance les menaces qui pèsent quotidiennement sur lui et les siens. «C’est sur ce socle qu’un syndicaliste doit travailler», confia-t-il aux journalistes…devant des bérets rouges médusés. Et pourtant, Ce jour-là, l’énergie et la hardiesse de l’homme ont pu arracher une majoration des revenus des agents publics. Mais plus qu’une protestation générale, le syndicat  délivre un message d’avertissement. Car plusieurs sujets brûlants se profilent: la gestion des carrières, la rémunération des fonctionnaires et la réforme des retraites . Jean-Marc Bikoko exige que le gouvernement dévoile des pistes de réflexion. Ce qu’il obtient à travers la «hausse» des salaires.

 

Article 66

Jean-Marc Bikoko s'est de nouveau retrouvé sous les feux de la rampe, suite à la publication par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (Ccfd-Terre solidaire) d'un rapport sur les «biens mal acquis» de Paul Biya. Un autre tollé. Il reçoit des menaces de tous ordres, et prend le parti d'en rire : «En lieu et place d'éléments de preuve qui pourraient servir de contre-arguments aux citoyens face aux interpellations et moqueries , depuis la publication dudit rapport de la part des étrangers vivant dans notre pays, tout se passe comme si l'on refuse de regarder en face les faits allégués mais qu'on était plutôt à la recherche de boucs émissaires». Pour lui, le nœud du problème se trouve dans l'article 66 de la Constitution. Celui-ci, que le pouvoir s'est librement donné, fait obligation aux détenteurs d'un mandat électif et aux gestionnaires de crédits de déclarer leurs biens au début et à la fin de leur mission. Il n'a jamais connu un début d'application, y compris par le président de la République, qui devrait pourtant prêcher par l'exemple. Altermondialiste dans l'âme, celui qui se considère comme l'un des «dignes fils» de Um Nyobé, de Che Guevara, est naturellement «un têtu». Les coups encaissés semblent, chaque fois, booster son moral et sa détermination. Par ces temps de mal-vie endémique doublée d'une mauvaise gouvernance ostentatoire, le leader de la Csp apparaît de plus en plus comme un bras secourable pour beaucoup de citoyens tentés par la résignation. Et bien fin celui qui clamera qu’avec sa récente remise en liberté, Jean-Marc Bikoko descendra de sa tribune de revendications.

 

 

 

 

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