Entre hausses arbitraires, quantité réduite et justifications approximatives, les commerçants rivalisent d’ingéniosité pour contourner la surveillance des agents du ministère du Commerce.

À Yaoundé, la routine a repris ses contours les plus familiers : ceux d’une spéculation devenue presque institutionnelle. Une semaine après la prestation de serment du président Paul Biya, et en dépit des mesures annoncées pour fluidifier l’acheminement des produits sur l’ensemble du territoire, les prix de denrées alimentaires repartent à la hausse au gré des commerçants. Sur les marchés, le constat dressé par les reporters de L’hebdomadaire Intégration est sans appel : chacun fixe ses tarifs selon sa convenance, et les consommateurs, derniers maillons de la chaîne, subissent sans avoir vraiment le choix.
Dans les allées des marchés de quartier, les stratagèmes se multiplient pour “faire arriver au prix”. Le 11 novembre, Aline, habituée du petit marché d’Odza, tombe de haut. Elle pensait acheter une tasse d’arachides à 125 FCFA, comme indiqué sur le sac du fournisseur, mais se la voit proposer à 150 FCFA. Le boutiquier lui sert une explication désormais bien rodée : « Les camions venant du Nord ne sont pas encore arrivés. On augmente un peu en attendant l’approvisionnement. » Aline, elle, cherche encore à comprendre comment une hausse provisoire devient aussitôt une règle installée.
Quelques kilomètres plus loin, au carrefour Man-Assa, Achille et ses amis font la même découverte chez Oumarou, vendeur de viande braisée – le très populaire « soya ». La portion habituelle de 500 FCFA est soudain passée à 1 000 FCFA, et les lamelles d’oignon, elles aussi, se vendent désormais quatre fois leur valeur. Lorsque les clients s’étonnent de la rareté affichée, le vendeur répond sans sourciller : « Il n’y a pas la viande au marché, j’attends l’arrivage. » Pourtant, derrière lui, le comptoir déborde de brochettes prêtes à griller. Réplique immédiate d’Achille : « On voit la viande, mais tu dis qu’il n’y en a pas. Pourquoi vous torturez les Camerounais comme ça ? »
Même ambiance au marché de Mvog-Mbi, où une ménagère, en quête de feuilles de manioc, s’emporte : « Après la guerre en Ukraine, on a déjà les prix de Tchiroma au marché ! » Les paquets ont rétréci, les tubercules aussi, mais pas les prix. « Pour préparer les feuilles de manioc aujourd’hui, il me faut au moins dix paquets. Et quatre maniocs coûtent déjà 1 000 FCFA. Je dois dépenser 10 000 FCFA pour manger du pwem sans sel chez moi », soupire-t-elle, résignée à changer son menu.
André Gromyko Balla





