Une vidéo truquée du président d’Afriland First Bank, Dr Paul Kammogne Fokam, promet des profits faramineux. En réalité, c’est une arnaque numérique bien ficelée, signée intelligence artificielle et bêtise humaine réunies.

C’est le buzz dont la toile camerounaise se serait bien passée. Depuis quelques jours, une vidéo circule frénétiquement sur les réseaux sociaux : on y voit le très respecté Dr Paul Kammogne Fokam, président du groupe Afriland First Bank, annoncer avec assurance une « nouvelle méthode d’investissement révolutionnaire ». Le ton est posé, la diction impeccable, la promesse alléchante : « Investissez maintenant et multipliez vos gains en quelques semaines ! » Rien ne manque… sauf que l’homme à l’écran n’est pas vraiment le Dr Fokam. C’est un deepfake, une imitation numérique aussi bluffante qu’inquiétante. Ce faux spot publicitaire, généré par intelligence artificielle, a tout du piège parfait : image réaliste, voix crédible, décor de bureau luxueux et un logo d’Afriland subtilement apposé en bas d’écran. De quoi tromper les internautes les plus prudents. À première vue, on pourrait croire que la banque lance une nouvelle offre miracle. Sauf que les miracles, comme les taux à deux chiffres garantis, n’existent que dans les vidéos truquées.
La réaction officielle d’Afriland First Bank n’a pas tardé : dans un communiqué, la direction rappelle qu’aucune campagne d’investissement rapide ou en ligne n’est en cours, et que toute communication authentique passe exclusivement par ses canaux vérifiés. Le ton, ferme mais pédagogique, vise à rassurer une clientèle parfois déboussolée par les prouesses technologiques de l’ère numérique.
Le banquier qui ne parlait pas… mais qu’on fait parler. « Nous n’avons jamais inventé de méthode magique pour s’enrichir sans effort », glisse avec ironie un cadre de la banque. « Si c’était vrai, nous serions déjà tous à la retraite sur une île ». L’humour, ici, sert de bouclier face à une situation absurde : un banquier réputé pour sa rigueur transformé par l’IA en influenceur crypto-enthousiaste. Selon un expert en cybersécurité contacté pour l’occasion, ce type de manipulation visuelle devient monnaie courante. « Les deepfakes ne visent plus seulement les politiciens ou les célébrités, mais aussi les figures crédibles du monde économique. L’idée, c’est d’exploiter la confiance qu’inspire leur visage pour piéger les internautes », explique-t-il.
Quand l’intelligence artificielle flirte avec la bêtise naturelle
Derrière le gag numérique, le danger est bien réel. Plusieurs internautes auraient déjà tenté de suivre les instructions de la fausse vidéo, en fournissant leurs données personnelles à une plateforme frauduleuse. « Une simple minute d’inattention peut coûter des années d’économies », avertit un autre spécialiste du numérique.
Pour éviter que l’intelligence artificielle ne tourne à la catastrophe financière, Afriland First Bank appelle ses clients à vérifier systématiquement la source de toute communication, et à signaler toute vidéo suspecte. Des démarches ont d’ailleurs été engagées auprès des autorités compétentes pour identifier les auteurs de cette manipulation visuelle.
L’affaire aura au moins le mérite de rappeler que, sur Internet, voir n’est plus croire. Le Dr Fokam n’a pas inventé de méthode d’investissement express ; il reste fidèle à sa réputation : celle d’un banquier réfléchi, pas d’un illusionniste financier. « Si je pouvais doubler l’argent aussi vite que le prétend cette vidéo, je commencerais par doubler les dépôts de ma banque », aurait-il plaisanté, selon un proche.
En attendant, les équipes d’Afriland continuent de traquer les faux contenus. Et les internautes, eux, devraient retenir cette maxime version 2025 : avant d’investir sur un lien douteux, mieux vaut investir dix secondes pour vérifier sa source.
Jean-René Meva’a Amougou




