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Migrations clandestines : L’Afrique se fracture à Yaoundé

Une discussion portant sur les traitements infligés aux candidats à l’exil met des diplomates nord-africains en colère ; la scène achève de configurer un continent à deux visions.

Migrants africains: à l’origine de la controverse

Incurie des gouvernements africains, échec des politiques locales de développement, poussée irrépressible vers une vie meilleure rendue accessible par les moyens d’information et de communication modernes, sans oublier les trafiquants de cette nouvelle forme de traite des êtres humains, et à l’autre bout les associations qui en vivent également.

À Yaoundé le 18 septembre 2018, au cours d’un dîner-débat organisé par l’Association Europe-Afrique Cameroun, l’on a capté tous les ressorts d’un drame de proportion continentale. L’on a surtout démontré que quelques pays d’Afrique du Nord (Libye, Mauritanie, Égypte et Algérie notamment) sont coupables de connivence avec les réseaux de passeurs. Pire : en juin 2018, l’Algérie est accusée d’avoir expulsé 13 000 personnes au cours des 14 derniers mois -y compris des femmes et des enfants- sans eau ni nourriture, les obligeant à partir à pied dans le désert du Sahara.

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En l’affirmant, Niyota Sebigunda, représentant de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) lève un lièvre. Dans la salle, la violence des réactions donne une idée de l’ampleur du tabou. Évitant d’exposer la réalité, les diplomates des pays incriminés conduisent à l’enlisement du débat sur les traitements inhumains dont ils sont accusés.
Avec des préoccupations nationales en tête, un officiel algérien s’emporte. Il estime qu’Alger est victime de provocations continuelles des organisations internationales. Il appelle cela «une campagne malveillante». «La logique de rétention et de «parquage» est contraire à nos valeurs et à nos engagements ; dans ces pays qu’on charge aujourd’hui, le défi est de limiter les mouvements des migrants. Partout dans ces pays, l’on pense que la capacité à fermer la route est la plus efficace et la plus humaine», dit-il.

Devant les protestations de l’Algérien, un invité égyptien dégaine une carte supplémentaire, en accusant l’OIM d’être déconnectée des réalités. Dans son élan coléreux, il suggère de ne pas pousser la réflexion sur les migrants dans «le sens de la victimisation d’un côté et de la sanctification de l’autre». En filigrane, la fracture entre l’Afrique subsaharienne et celle du Nord est perceptible. Selon lui, il faut dissiper certaines illusions. Ceux qui chargent les pays d’Afrique du Nord doivent au contraire structurer le débat sur les motivations à l’immigration. «Les pays souverains peuvent expulser les migrants comme ils le désirent… tant qu’ils respectent le droit international», ponctue le diplomate égyptien.

André Balla (Stagiaire)

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