Hôpitaux de campagne : Des éléphants blancs dans une forêt de “covidés”

Aménagées pour assurer une prise en charge efficiente des patients, ces structures mises sur pied à l’aide de gros deniers, s’avèrent être une non-réponse à une vraie question.

Hôpital de campagne du stade militaire de Yaoundé: lits cherchent malades

Pour le choix des mots, c’est à peu près la même chose partout. Quand certains parlent de centres de prise en charge des personnes atteintes de coronavirus, d’autres soulignent surtout un nouveau dispositif sanitaire né du Covid-19. Et dans sa volonté de parer au mieux à la catastrophe, alors que l’épidémie ne cesse de progresser, le gouvernement a présenté les hôpitaux de campagne selon le canon du grand récit. Pas moins que Chief Joseph Dion Ngute pour annoncer leur mise sur pied. C’était le 9 avril dernier à Yaoundé. Se voulant garant à la fois d’intelligibilité et d’efficacité, le Premier ministre représentait alors un gouvernement soucieux de désengorger les hôpitaux de la capitale avec des lits supplémentaires.

À Yaoundé par exemple, le bâtiment jadis occupé par le supermarché Orca et le stade militaire ont été retenus pour être transformés en hôpitaux de campagne. «C’étaient des marchés passés en procédure d’urgence ; même si le processus de contractualisation est encore en cours», confie une voix autorisée. À la lecture des rapports, à Yaoundé comme à Douala tout ou presque est en place. «En tout cas, à l’heure actuelle, dans ces deux villes, rien ne construit un discours permettant que des éléments contradictoires puissent trouver une voie de passage», assure une source impliquée dans le projet. En se limitant à ce registre, il n’y a pas de point d’impasse.

Couacs
Mais au-delà de ce constat, c’est le fonctionnement même de ces structures qui est problématique. «Au stade militaire, plusieurs halles attendent les malades; à Mvog-Mbi où se trouve l’unité de soins intensifs, le tableau est le même», souffle une source de première main. À la vérité, la rareté des patients du coronavirus est devenue la figure imposée dans ces centres. À la fois plus ambitieux et plus élaborés techniquement, ces derniers semblent échouer à remplir leur rôle en ces moments de pic épidémique (selon les chiffres consolidés au 12 juin 2020, la situation de la Covid-19 au Cameroun affiche 9196 cas confirmés, 3283 cas actifs, 273 décès et 5640 guéris). À en croire certains acteurs du projet, celui-ci recouvre une combinaison d’enjeux très différents.

À tous les niveaux, quelques acteurs cherchent comment flécher l’utilisation de l’argent public pour qu’il puisse servir leurs intérêts. «D’où la rallonge des délais de livraison», murmure-t-on. Selon nos informations, cela fait juste un mois que l’hôpital de campagne du stade militaire a été réceptionné. À Douala, l’on parle de 3 semaines. Malgré les concertations et débats publics, longuement menés, qui se tiennent toujours en amont, il y a un enkystement qui, pour beaucoup d’acteurs de terrain, est l’aveu d’un échec. Dans cette ambiance, il devient quasi impossible dans l’esprit des décideurs de revenir en arrière. Seule option : «voir comment confier la supervision de l’expertise à un cabinet indépendant avec un accès au dossier et à toutes les pièces», mijote-t-on au secrétariat général de la présidence de la République.

 

Inhumation des morts du Coronavirus

48 heures chrono!

Pour le Conseil scientifique des urgences de santé publique du Cameroun, c’est le temps maximal que les familles devraient consacrer aux obsèques de leurs proches décédés des suites de Covid-19.

Enterrement… à la va-vite.

Pour sa toute première session tenue le 22 mai dernier à Yaoundé, le Conseil scientifique des urgences de santé publique du Cameroun (organe consultatif créé par le ministre de la Santé publique pour émettre des propositions au gouvernement pour une meilleure gestion des crises sanitaires) vient de compléter les mesures déjà prises par les pouvoirs publics au sujet de l’accompagnement, jusqu’à leur dernière demeure, des personnes mortes des suites de coronavirus.

D’après l’une des lignes du rapport de ladite session (dont Intégration a obtenu copie), l’instance présidée par le Pr Koulla — Shiro Sinata recommande que les personnes décédées des suites de Covid-19 soient inhumées dans un délai n’excédant pas 48 heures. Elle suggère par ailleurs que l’enterrement soit effectué dans la ville de survenance du décès, au domicile familial s’il y est situé, ou dans un cimetière public, dans le cas contraire.

Pour le collège des experts du Conseil, le souhait est que «la manipulation et l’inhumation du corps soient opérées par les personnels techniques formés et protégés, conformément aux procédures standards en la matière; que le corps soit placé dans un cercueil hermétique, fermé et zingué, avec ou sans vitre encastrée permettant à la famille de voir le visage du défunt». Pour éviter les deuils «chamboulés» et les funérailles au rabais, l’équipe du Pr Koulla — Shiro Sinata n’interdit pas formellement les fleurs et les couronnes pour les personnes atteintes ou probablement atteintes de Covid-19 avant leur mort. «Que les corps soient enterrés dans le respect de la dignité humaine et de leurs traditions culturelles et religieuses, n’impliquant pas de contact physique, par les services de la mairie et de l’hôpital du lieu de décès», insiste le Conseil.

À côté, l’on s’insurge contre «ceux qui voient dans la crise sanitaire l’occasion de faire advenir une autre manière de faire le deuil en Afrique», selon le mot de Christophe Amana. Pour l’anthropologue de la santé et de la maladie, «le processus du deuil est généralement rapporté à un cheminement psychologique dans nos cultures». «Il n’y a pas de coupure entre un être humain et son groupe. À l’occasion de ce constat relatif au cérémonial confiné du deuil, c’est sans doute l’ensemble de la structure sociale et de son fonctionnement que la situation de la Covid-19 vient interroger», ajoute l’universitaire.

JRMA

Fonds de solidarité

L’urgence d’une enquête

À en croire Human Rights Watch, le gouvernement devrait éplucher minutieusement les comptes.

 

«Enquêter sur l’utilisation du Fonds de solidarité pour la santé», la suggestion est faite au sommet d’un article publié par Human Rights Watch (HRW), depuis la mi-journée du 12 juin 2020. Dans son rendu, consultable sur son site internet, l’organisation non gouvernementale dit s’inquiéter qu’«aucune information au sujet des règles de gestion de ce fonds ou de ses activités n’a été publiée, ce qui le rend vulnérable à la corruption et aux détournements».

Pour interpeler les autorités locales, Lewis Mudge, le directeur pour l’Afrique centrale de HRW, monte au filet pour interpeler les autorités locales. «Le ministre de la Santé, exhorte-t-il, devrait immédiatement faire en sorte que les sommes versées au Fonds de solidarité pour la santé soient mises à la disposition des établissements médicaux qui ont un besoin pressant de soutien, publier les informations relatives à la gestion de ce fonds et enquêter sur d’éventuelles irrégularités».

Pour avoir écouté quelques membres du personnel médical camerounais, HRW dit ressentir «une fièvre» au niveau des activités relatives à la gestion des contributions versées à ce fonds d’urgence par les établissements de santé du Cameroun pendant plus de 25 ans.

Bien plus, l’ONG fait siennes les observations formulées par la Banque mondiale en 2018: «On n’est pas en mesure de savoir clairement à quoi sert le Fonds de solidarité… il n’y a toujours pas de législation sur son mode d’utilisation». Aussi, est émise l’idée de «débloquer de l’argent provenant de ce fonds pour soutenir les établissements médicaux qui font face à la pandémie de la Covid-19, s’il ne l’a pas déjà fait, et ouvrir des enquêtes si une partie de ces fonds a disparu». «Les établissements sanitaires camerounais manquent de ressources adéquates pour faire face à la pandémie de la Covid-19.

Les prestataires de soins de santé que nous avons interrogés ont fait état de pénuries d’équipements hospitaliers de base, notamment de thermomètres, de produits désinfectants et de médicaments, ainsi que de ventilateurs, d’oxygène et d’équipements de protection pour les médecins et les infirmières tels que masques, gants et lunettes. Malgré ces pénuries, le gouvernement n’a fourni aucune information concernant les sommes encaissées par le Fonds de solidarité pour la santé, ses éventuels décaissements et le solde disponible, et n’a pas davantage clarifié ses règles de gestion», fait observer HRW.

Le 14 mai 2020, le ministre de la Santé publique, Malachie Manaouda, a révélé que le Fonds de solidarité pour la lutte contre le coronavirus au Cameroun est déjà renfloué à hauteur de 3,5 milliards FCFA. Mis en place par le chef de l’État, Paul Biya, dès la confirmation des premiers cas de Covid-19 sur le territoire camerounais en mars 2020, ce fonds a bénéficié d’une dotation initiale d’un montant d’un milliard FCFA.

Jean-René Meva’a Amougou

 

Revalorisation des allocations familiales

Une aide au prix fort

Depuis le 30 avril dernier, le montant des allocations familiales a connu une hausse de 60,7% au Cameroun. La mesure implique de lourdes conséquences au plan financier pour l’État.

Mekulu Mvondo Akame, DG de la CNPS.

En vue de réduire l’impact socioéconomique de la pandémie de la Covid-19 sur les ménages et les entreprises au Cameroun, le chef de l’État a pris un certain nombre de mesures le 30 avril 2020. Parmi celles-ci, il y a la revalorisation du montant des allocations familiales. Elle est passée de 2800FCFA à 4500FCFA. Soit une hausse de 60,7% sur le montant initial. Pour soutenir son action, l’État camerounais a envisagé de débloquer cinq-milliards FCFA pour mettre à la disposition des travailleurs immatriculés du Cameroun, pour le compte de l’année 2020.

Au rang des autres prestations familiales concernées par la présente mesure, il y a les allocations prénatales représentant neuf fois le montant mensuel des allocations familiales. Il en est ainsi des allocations de maternité qui représentent 12 fois le montant mensuel desdites allocations.

Bénéficiaires
Sont concernés par la hausse, tous les travailleurs immatriculés et déclarés à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS). La disposition s’applique aussi aux retraités qui ont des enfants mineurs à charge. Ce n’est pas tout. Il y a également les 1667 entreprises des secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et du transport répertoriées par la Caisse. «Le chef de l’État a voulu que les travailleurs relevant de ces secteurs d’activités frappés par les conséquences de la crise sanitaire continuent de bénéficier des allocations familiales, même s’ils ont été mis en chômage technique ou que leurs employeurs ne se sont pas acquittés du paiement de leurs cotisations sociales pendant cette période», a indiqué Noël Alain Olivier Mekulu Mvondo, directeur général de cette institution, dans les colonnes du quotidien national Cameroon Tribune.

Les entreprises n’ayant pas honoré à leurs engagements auprès de l’institution n’ont pas pour autant été oubliées. Selon le DG de la CNPS, «des dispositions d’allègement ont été prises pour soutenir les entreprises qui éprouvent des difficultés de trésorerie du fait de la crise sanitaire actuelle. Ainsi, sur demande justifiée des employeurs, le paiement de leurs cotisations sociales est différé sur une période de trois mois».

Dispositions
Parce qu’elle est le bras séculier de l’État dans la mise en œuvre de cette revalorisation, la CNPS a pris des mesures qui s’imposent. «Dès l’annonce de ces dispositions, nous avons procédé au paramétrage de notre système afin que tous les bénéficiaires reçoivent leurs prestations sous les nouveaux montants. Ceci sera d’ailleurs effectif dès la signature des actes règlementaires y relatifs. De même, en ce qui concerne les employeurs, tout est mis en œuvre pour leur garantir notre accompagnement», a rassuré le patron de l’entreprise à capitaux publics.

Seulement, l’aide se fera selon les canons imposés par la pandémie. «En application des mesures de distanciation physique, les contrôles sur place sont suspendus pour le moment. Nous effectuons des contrôles en ligne, sur la des documents qui nous sont transmis par voie électronique par les employeurs», précise le haut cadre de l’administration publique camerounaise.

Impact
Il est vrai que l’augmentation du montant des allocations familiales vient résoudre un problème pour les pensionnaires. Mais elle n’est pas sans impact pour la CNPS. D’après le directeur de cette institution, la mise en application de la directive gouvernementale nécessite une petite fortune. «La revalorisation des anciennes pensions nous coutera à peu près douze-milliards FCFA.

En ce qui concerne les allocations familiales dont le montant est désormais fixé à 4500FCFA par enfant, cela va nous couter plus de cinq-milliards FCFA, sous réserve de l’augmentation probable des effectifs d’enfants», indique-t-il. À cela, s’ajoute le report d’encaissement des cotisations sociales évalué quant à lui à «environ 15 milliards FCFA».

Cette revalorisation est la 2e du genre en cinq ans, la dernière ayant eu lieu en 2016. En cette année-là, les allocations familiales avaient fait l’objet d’une hausse de 55,5% à la faveur du décret n°2016/034 du 21 janvier 2016. Alors estimées à 1800, elles sont passées à 2800FCFA.

Joseph Julien Ondoua Owona, stagiaire

Du pain béni pour les pensionnaires

Pour plusieurs travailleurs et retraités affiliés à la CNPS, la mesure du 30 avril 2020 est un ouf de soulagement en cette période de crise à la fois sanitaire et socioéconomique.

JJOO

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