Henri Bandolo, clichés inédits

Il y a 22 ans que nous quittait le journaliste, ancien ministre de l’Information et de la Culture. Leçons posthumes dispensées à une génération prise en flagrant délit de métier mal appris.

«Si tu n’étais pas Henri Bandolo, qui serais-tu ?» La question vient de Sévère Amougou, présentateur de l’émission «Du coq à l’âne» en 1980 sur les antennes de Radio-Douala. Réponse : «À 9 ans, j’ai décidé de devenir écrivain : je serais Émile Zola ou rien. Ma tante maternelle m’ayant convaincu que ce n’était pas un métier où l’on était sûr de gagner sa vie, je tentais de la rassurer en lui promettant que je serais aussi journaliste. Parce qu’un journaliste, c’est un mélange de Tintin et de futur martyr de la vérité». Juste un premier cliché inédit sorti d’un gouffre intemporel, à deux mètres sous terre. Il est encore gravé dans les annales 1985 de l’Essti (École supérieure des sciences et techniques de l’information), ancêtre de l’actuelle Esstic (École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication).

Et puis, il y a une citation. C’est Charles Ndongo qui la tient de Henri Bandolo. «Le journaliste doit faire fonctionner son cerveau au service de l’intérêt général. Comment ? D’abord, en s’éduquant. Ensuite, en s’informant chaque jour . L’actuel directeur général de la Crtv rapporte que son «modèle avait un carnet d’adresses en béton ; c’était un lecteur compulsif, curieux de tout».

Enfin, il y a ceci : «Le journalisme n’est pas un métier où tous les petits coqs trouvent un perchoir». Ça, c’est Henri Bandolo qui l’a dit à Makon ma Pondi. Dans Cameroon Tribune du 16 juillet 2007, l’ancien éditorialiste écrit : «Dix ans après la mort du célèbre journaliste, son souvenir demeure intact dans la corporation. Le temps qui passe n’a pu brouiller ni dissiper dans les esprits, en particulier dans le milieu de la communication, le souvenir indécrottable de ce chevalier émérite de la plume que fut Henri Bandolo. Dix ans après une mort manifestement prématurée, celui qui se faisait appeler affectueusement “H.B” par ses jeunes confrères a continué à hanter ici et là les salles de rédaction, comme l’un des modèles les plus accomplis du journaliste éveilleur des consciences».

Dans son ouvrage « Henri Bandolo : un destin exceptionnel, recueil de témoignages paru en 2009, Prosper Roger Effemba, un ancien de la Crtv, avoue ne pas être en mesure d’épuiser «le sujet H.B». Il retient ce que lui avait dit “H.B”: «En journalisme, l’autocensure rend la plume conforme». À ce stade, toute ressemblance avec une personne existante ou ayant existé n’est pas fortuite. «Il est mort le 16 juillet 1997. Mais, tout ce qu’on dit de H.B aujourd’hui est réel», confirme Samuel Nongowé, ancien stagiaire du fils d’André Ngangue, l’un des tout premiers de la profession au Cameroun, disparu lui aussi. Son rejeton, on n’a pas vu ou pas cherché à savoir qui il était, en dehors du nom épinglé comme un papillon dans les pages de l’histoire du journalisme au Cameroun. «Pourtant dans ce métier, ajuste Samuel Nongowé, H.B a laissé des traces et non des preuves». Il ajoute: «Pour quelqu’un qui a exercé à l’époque de la pensée barbelée, c’est plus qu’une icône».

Icône
Le terme résonne comme un pied de nez à toutes les paresses intellectuelles, et ceci dans tous les lieux sur lesquels on peut écrire son nom. Jean Vincent Tchienehom, journaliste émérite, pense au “guide”. Henri Manga, entraîneur de football, se souvient d’une “voix radiogénique”, celle de “Dominique”, l’émission qu’il avait créée et animait sur les ondes de Radio-Cameroun. Daniel Anicet Noah évoque “La flamme et la fumée”, écrit, selon lui comme “une prose transparente et rigoureuse, purgée de tout sentimentalisme, faisant de son auteur une icône avant l’heure du Nouveau journalisme théorisé par Tom Wolfe”. De son vivant, Sévère Amougou s’était épanché sur le même ouvrage. “Le thème de ce livre est d’une prodigieuse ambition, à la fois décalé et provocant, intempestif et éclairant”, avait écrit le défunt journaliste dans son mémoire de fin de cycle à l’Essti, en juin 1985. “C’est un travail de journaliste, de l’eau claire sur du granit”, assure Charles Ndongo qui souhaite à tout le monde d’avoir l’occasion d’employer ces mots.

Ongoung Zong Bella

 

Un peu de classe !

L’Édito, aujourd’hui plus que d’actualité

On a probablement tout dit sur les causes de la crise économique que subit, que connaît ou que traverse actuellement notre pays. Mais, évacués les facteurs exogènes dont l’origine, le contrôle et la maîtrise nous échappent, on n’a pas dit grand-chose sur nos propres responsabilités dans cette crise et, notamment, sur la médiocrité de nos élites intellectuelles, cadres supérieurs de la Nation, en charge des affaires de la République.

Passons sur l’éternel, inépuisable et vain début rendu plus caduc par ses réactualisations constamment mises en échec, sur le bon choix des hommes, selon le bon principe de “l’homme qu’il faut à la place qu’il faut”. Car, chacun doit s’être rendu compte que ce principe fait désormais partie de la panoplie des poncifs qui ont la vie particulièrement dure, et dont la vigueur se renouvelle, sans cesse, dans la faillite même de l’idéal ainsi proclamé.

En effet, depuis longtemps, nous célébrons, pratiquement tous les ans, à l’occasion de diverses nominations, l’avènement, enfin, d’hommes providentiels crédités de toutes les vertus, de toutes les qualités et de toutes les compétences. Leurs biographies sont chargées de parchemins et de lauriers académiques exaltés aussi bien par les médias que par les officiels. Elles n’autorisent, en tout cas, aucun doute sur leurs aptitudes à changer les choses, au mieux des intérêts de la nation.

Depuis longtemps aussi, nous assistons à la faillite de ces hommes donnés hier pour être “ceux qu’il faut à la place qu’il faut”, qui, par la suite, se révèlent incapables de redresser la barre. Ils se signalent même davantage par une singulière vocation à faire des vagues et à précipiter des naufrages. Hommes pétris d’expérience, comme on dit, ou hommes neufs porteurs de toutes les espérances, comme on le croit, c’est assurément du beau monde, pourvu qu’on n’y regarde pas de trop près.

En effet, s’ils sont ce qu’on dit ou ce qu’on croit, faute d’être aussi des hommes de principes, ils ne parviennent pas toujours à prendre de la hauteur pour se soustraire aux marais. Car, à peine se sont tus les tams-tams célébrant leur promotion ainsi que leurs mérites, qu’ils se retrouvent réduits à la petitesse, rétrécis et rabougris, dans la boue fangeuse des marécages où ils manquent de se noyer. C

omment notre peuple se reconnaîtrait-il encore dans ces élites qui s’ébattent frénétiquement ainsi dans les petites et grandes combines, dans les trafics, le faux et les fraudes, dans les détournements grossiers ou déguisés, dans la corruption et le tribalisme ? Le plus grave danger pour la santé morale et économique de notre pays réside dans le comportement de ces élites de la nation qui rusent avec nos options dont, pourtant, elles doivent assurer la garde, comme elles doivent les illustrer, les répandre et contribuer à leur enracinement dans la conscience collective des Camerounais.

Aussi, si nous devons demeurer fiers d’être Camerounais, ne nous leurrons cependant pas. Délions-nous de toute forfanterie qui nous porterait à croire que nous sommes les meilleurs des hommes. Une telle attitude serait propre à cybernétiser la pensée et tous les ressorts de l’action, condamnant définitivement nos élites à la carence et à la disqualification.

*Chapeau de la rédaction
Henri Bandolo dans Cameroon Tribune du 22 septembre 1987

 

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