Guerre hybride : La menace qui pèse sur l’Afrique

Depuis plus d’une décennie, l’Afrique connaît une pléthore de conflits, allant des soulèvements aux génocides, en passant par des attaques terroristes, des manipulations, des guerres sécessionnistes et des coups d’État. Selon le professeur Nkolo Foé, enseignant des universités et chercheur, ces guerres, perpétrées par les bandes armées et autres mouvements de soulèvements populaires, sont commanditées par des institutions internationales. Leur visée est de déstabiliser les pays africains pour instaurer l’anarchie totale où règneront mort et désolation. À l’en croire, tout cela participe de la guerre hybride, c’est-à-dire une nouvelle forme de conflits qui vise la destruction de la hiérarchie sociopolitique.

En Afrique, cela se manifeste par des manipulations de l’opinion publique à travers les réseaux sociaux et les médias. Le but est d’inciter les populations à se soulever contre leurs dirigeants qualifiés de dictateurs. Et ces derniers temps, les peuples africains semblent plus que jamais déterminés à éjecter les «dictateurs» de leurs sièges.

Pour parvenir à cet objectif, des mécanismes de financement sont mis en place par les commanditaires du chaos en Afrique. Il s’agit des activités illicites criminelles: trafics d’ossements et d’êtres humains, commerce de stupéfiants de toutes sortes qui poignent dans les pays africains actuellement. Lesdites activités permettent ainsi de financer l’achat des équipements, de procéder au recrutement des mercenaires, de corrompre les autorités locales, etc.

 

Frappé de plein fouet par le terrorisme et les guerres sécessionnistes, le continent noir subit les outrages des ONG et autres instances internationales, rongées par le désir de contrôler les ressources du sous-sol africain.

«La guerre hybride» en débat

Les États d’Afrique sont menacés de destruction par des institutions internationales. On l’a appris le 29 janvier 2020, du philosophe chercheur camerounais Nkolo Foé. Au cours d’une conférence-débat qu’il a donnée sur le thème «Guerre hybride et théorie du fragment: un défi pour les sciences sociales et les cultures en Afrique», l’homme de science a mis à nu les idéologies sordides entretenues par des instances internationales tapies dans l’ombre.

À l’en croire, tous les conflits armés qui endeuillent des milliers de familles africaines actuellement ne sont pas des faits anodins. Ce sont des scènes qui participent d’une nouvelle forme de guérilla: la guerre hybride. «Les crises qui secouent actuellement les régions du golfe de Guinée, du sahel, du Maghreb, présentent tous les symptômes d’une guerre hybride, entendue comme aspect essentiel d’une économie néolibérale, qui s’est répandue au cours de ces dernières décennies pour défendre son régime décadent».

Objectif
Les crises précédemment indexées sont multiformes. Parce qu’elles sont politiques, sécuritaires, identitaires, elles se manifestent par la prolifération des bandes armées, l’intensification des activités terroristes, la montée en puissance des mouvements insurrectionnels de type séparatistes. L’objectif est d’assassiner purement et simplement les États d’Afrique, garants de la justice sociale, au profit de l’anarchie et du chaos. Dans leurs pensées tordues, les commanditaires de ces crimes envisagent de mieux piller les richesses du sous-sol.

Milices non identifiables
Pour parvenir à décapiter les États africains, soutient le philosophe, les organismes tapis dans l’ombre s’adonnent à la pratique du terrorisme. Et pour mieux opérer sans se faire identifier, les multinationales, donneurs d’ordre aux milices, optent pour des groupes armés hétérogènes. On peut donc comprendre pourquoi, poursuit l’enseignant, on ne parvient pas à découvrir l’identité réelle de la secte Boko Haram, des djihadistes du Mali, des bandes de RCA, etc.

L’éducation spoliée
Déstabiliser les régimes africains passe également par l’aliénation de l’éducation. En ce sens, les principaux acteurs des guerres hybrides se montrent particulièrement efficaces en Afrique.

Selon l’ancien vice-président du Codesria (Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique), plusieurs théories élaborées contre les systèmes étatiques sont promues dans les écoles et universités. C’est ce qui explique que plusieurs intellectuels critiquent les régimes de leurs pays, et vont jusqu’à insulter les dirigeants, sans toutefois proposer mieux. En réalité, soutient-il, ces «pseudo intellectuels» sont programmés pour détruire leurs pays de l’intérieur en suscitant une haine contre leurs régimes dans leurs pays respectifs. Et cela, explique-t-il, constitue des théories philosophiques postcoloniales consistant à remettre en question les régimes africains. C’est à ce titre qu’on peut aujourd’hui avoir des intellectuels tels que Patrick Nganang (Camerounais) et autres, qui soutiennent la mort des États dont ils sont originaires.

Joseph Julien Ondoua Owona (Stagiaire)

 

Les pays africains victimes de leur développement 

À Yaoundé, il a été établi que les États victimes d’exactions représentent des modèles en termes de démocratie et de développement.

 

Contrairement à ce qu’une certaine opinion laisse entendre, l’avènement des conflits en Afrique n’est pas la conséquence de la mal gouvernance. Ce postulat est celui que défend le Pr Nkolo Foe, enseignant-chercheur en philosophie, à l’École normale. Ce 29 janvier, face à un parterre de chercheurs, journalistes et étudiants, l’homme de sciences n’est pas allé par quatre chemins pour déconstruire les thèses infondées. Face à lui, le Pr Ndzie. L’enseignant d’histoire, lui aussi, soutient que la mal gouvernance tient un grand rôle dans la guerre hybride dont sont victimes les régimes africains.

Malversations
Pour cet historien avisé, les pays africains souffrent de ce phénomène à cause de la mal gouvernance, de la corruption, des malversations financières et autres mauvaises pratiques observées dans ces pays. Pour davantage s’en convaincre, l’enseignant prend l’exemple des crises au Cameroun, nées selon lui de la forte promiscuité et du manque d’infrastructures dans le pays. Ce que l’orateur principal ne partage pas.

Guerre capitaliste
Question: S’il y avait eu une gouvernance qui permet d’avoir les écoles partout dans nos pays, est-ce que les phénomènes tels que Boko Haram seraient nés? OUI, renchérit le philosophe. À bien comprendre, la guerre hybride qui sévit en Afrique actuellement n’a rien à voir avec la gouvernance. Elle est plutôt le fait d’institutions étrangères dont la cupidité est sans fin. D’ailleurs, brandit-il, si les États africains sont ainsi visés par la guerre hybride, c’est parce que le sous-sol des pays du continent noir regorge d’un grand nombre de richesses. C’est une guerre capitaliste, nous apprend-on.
Ce n’est pas tout. Parlant de la gouvernance en Afrique, le professeur d’université estime que les pays africains sont mieux gérés que partout ailleurs dans le monde. Prenant le cas du Mali, le scientifique va affirmer que c’est l’un des États les plus démocratiques en Afrique. Pourtant, poursuit-il, ce pays est en train de sombrer dans le chaos.
Poursuivant son argumentaire, l’homme va indiquer que les théories selon lesquelles l’Afrique a une mal gouvernance sont tout simplement le fait de la guerre hybride. Il est question des manœuvres de manipulations pures et simples, visant à retourner les peuples africains contre leurs dirigeants.

Joseph Julien Ondoua Owona (Stagiaire)

 

«Le but des attaques terroristes est de précipiter l’effondrement des régimes africains»

Pr Nkolo Foe

c’est précisément parce que ces États sont mieux gérés et qu’ils font des progrès extrêmement rapides qu’ils sont la cible des guerres hybrides

L’enseignant chercheur en service à l’École normale supérieure de Yaoundé a donné une conférence-débat sur le thème: «Guerre hybride et théorie du fragment: un défi pour les sciences sociales et les cultures en Afrique». Il revient sur les sources des guerres dont souffrent les pays africains ces dernières années.

 

«Guerre hybride et théorie du fragment: un défi pour les sciences sociales et les cultures en Afrique». Tout au long de votre exposé, vous avez parlé de guerre hybride. Que doit-on comprendre, professeur?
Le concept de guerre hybride est apparu il y a une vingtaine d’années, à la faveur de l’occupation de l’Irak par l’armée américaine. Les guerres hybrides désignent les nouvelles formes de conflits qui opposent, non plus les États ou les entités politiques, mais les communautés culturelles. Il y a actuellement dans le monde en général et en Afrique particulièrement, un processus de culturalisation. C’est-à-dire que les conflits qui à l’origine étaient politiques prennent une coloration culturelle ou religieuse. C’est la raison pour laquelle, nous parlons de la cléricalisation et la confessionnalisation des conflits. C’est aussi la raison pour laquelle ces conflits sont de plus en plus insolubles ou du moins difficiles à régler. Parce qu’il s’agit des conflits d’identité qui opposent des entités culturelles. Pour ces dernières, l’harmonie entre les peuples, les groupes ethniques et les communautés linguistiques est impossible, au nom de ce qu’ils appellent l’incommensurabilité des cultures.

Quel peut être l’objectif de ce que vous décriez?
Avec des guerres hybrides, l’objectif c’est le démantèlement des États, des nations, des communautés, pour mettre en place des sociétés réduites à leur plus simple expression, organisées autour de l’ethnie, autour de la tribu, de la langue. C’est la raison pour laquelle en Afrique, dans certains États comme au Cameroun, il y a des gens qui parlent d’un fédéralisme à dix États, d’un fédéralisme communautaire.

Et à ce niveau, je pense qu’il s’agit là d’une régression. En effet, l’humanité a progressé par le rassemblement des hommes, le rassemblement des cultures, mais également le rassemblement des peuples; l’humanité est une. Cette humanité doit affirmer son unité à travers la construction de grands ensembles, de grands États continentaux, à l’exemple d’un État panafricain.

Qu’est-ce qui vous fait dire que les conflits vécus en Afrique aujourd’hui sont le fait de la guerre hybride? Comment la reconnaitre?
L’on reconnait la guerre hybride à certains faits. Il faut d’abord savoir que la guerre hybride est une guerre par procuration. Il s’agit d’une guerre menée par des groupes armés, des milices, au nom de certains États ou des groupes d’intérêts tels que les multinationales, les ONG et autres entités.

Le deuxième trait caractéristique porte sur la nature multinationale des groupes armés. Dans les guerres hybrides, les États cibles font face à des individus recrutés dans plusieurs pays. Le caractère multinational des groupes armés permet de mieux dissimuler l’identité véritable des agresseurs et des commanditaires. On s’est souvent questionné sur l’identité véritable des mouvements insurrectionnels qui débarquent dans les pays. L’expérience et l’observation du phénomène ont permis de dégager une constance: les groupes armés impliqués dans des guerres hybrides opèrent souvent dans le strict anonymat ou sous une fausse identité. Il en est de même de l’équipement militaire sans estampille, dans le but de camoufler l’identité des agresseurs et des commanditaires. Par exemple, on peine aujourd’hui à savoir quelle est l’entreprise ou l’institution qui se cache derrière les mouvements sécessionnistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun.

L’autre fait est que nous avons affaire à des milices sous-formées qui exercent un terrorisme sous faux drapeau. Le terrorisme sous faux drapeau est une composante essentielle de la guerre hybride, qui implique le recourt à une violence accrue pour atteindre des objectifs politiques, économiques et culturels.

Les auteurs d’actes terroristes recourent aussi à la violence pour désorganiser la société, à travers l’informatique. C’est la raison pour laquelle on parle de cyberterrorisme. L’objectif est de créer un climat général d’insécurité et de terreur, en lançant des attaques sur les hôpitaux, les hôtels, les marchés. Ces actes peuvent également consister en l’intimidation, au harcèlement dans le domaine idéologique, culturel, intellectuel, spirituel, esthétique et même stratégique. On a comme exemple les cas de destruction des laboratoires, l’assassinat des chercheurs, etc.

Je voudrais également faire allusion à des milices qui ont été formées pour harceler psychologiquement les autres citoyens, précisément les artistes et les personnes qu’ils soupçonnent de soutenir les «régimes dictatoriaux» africains. La plus célèbre en la matière est la Brigade anti-sardinards d’origine camerounaise qui s’est constituée suite à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 au Cameroun. Le but ultime des attaques terroristes, je le rappelle, est de déstabiliser psychologiquement les populations africaines et précipiter ainsi l’effondrement des régimes africains.

La quatrième caractéristique est une guerre d’information, de la communication et de la cybersécurité. Toute guerre hybride authentique ne peut se passer de la guerre de communication et de l’information. Ceci consiste à contrôler la circulation des messages, de les orienter et de les dénaturer. L’on a découvert, il y a peu de temps, que la guerre hybride se manifeste avec la diffusion de fausses nouvelles que l’on appelle fake news, visant à désinformer, à manipuler l’opinion publique. Dans ce sens, les réseaux sociaux sont d’une véritable efficacité. N’oublions pas que ces ONG et institutions internationales disposent des moyens nécessaires pour prendre le contrôle des systèmes informatiques de nos pays.

Vous identifiez la mal gouvernance comme l’une des causes de la guerre hybride. Pensez-vous que cela s’applique au cas de l’Afrique? La mal gouvernance est-elle la cause du terrorisme qui y sévit?
Non. Ce que vous évoquez là fait partie des discours qu’on nous sert au quotidien. On entend souvent dire que nous sommes nous-mêmes à l’origine de ce qui nous arrive en Afrique. Par exemple, que Boko Haram est arrivée parce qu’on gère mal nos États; parce que, disent-ils, nous ne savons pas gérer, on ne démocratise pas les États. Je voudrais qu’on s’arrête sur le cas du Mali. Lorsque les djihadistes arrivent au Mali, ce pays est quand même l’un des États les plus démocratiques et l’un des régimes les plus vertueux que le continent africain n’ait jamais eus, sous le président Touré.

Je pense qu’en Afrique, nous avons les États les mieux gérés au monde. Je suis totalement opposé à l’idée selon laquelle il n’y a pas de démocratie en Afrique. Je pense même que le degré de démocratie que nous avons dans nos États est rarement présent ailleurs. Je le dis parce que j’ai vécu dans les Amériques du Nord et du Sud, en Europe et en Asie. J’ai pu obtenir des poignées de comparaison. Et je constate que nos États sont parmi les mieux gérés. Mais il se trouve que c’est précisément parce que ces états sont mieux gérés et qu’ils font des progrès extrêmement rapides qu’ils sont la cible des guerres hybrides. Ce qu’il faut dire aux gens c’est que si la Libye a été détruite, c’est parce qu’elle était bien gérée. Il en est de même pour mon pays le Cameroun.

Je pense que si le Cameroun est victime des guerres hybrides, c’est parce qu’il est bien géré sur les plans économique, politique, culturel, etc. il suffit de comparer nos États à d’autres pays pour comprendre que nos pays ne sont pas ce qu’on nous fait croire en matière de gouvernance. Permettez que je prenne le cas du gouvernement camerounais que je connais bien. Pourquoi les Camerounais ont-ils l’impression que le Cameroun est l’un des États les plus corrompus au monde? C’est parce que le gouvernement et la justice ont décidé d’être transparents. C’est l’un des rares pays au monde où l’on compte autant d’anciens ministres dans les prisons de la nation. Ailleurs, on n’en trouve pas.

À vous entendre parler de guerre hybride, du point de vue de la cyber guerre, on s’interroge sur les bienfaits de l’informatique pour les États africains. L’informatique ne constitue-t-elle pas une arme de destruction massive?
L’informatique a permis les progrès les plus fulgurants de l’humanité. L’évolution cybernétique est quand même quelque chose d’extraordinaire et que l’humanité même, dans les rêves les plus fous, n’aurait jamais imaginé. Grâce à l’informatique, l’espace s’est considérablement réduit. Bien sûr que l’impérialisme est passé par là. On a aujourd’hui la guerre hybride qui met ce canal à profit. Mais je voudrais surtout m’intéresser au côté positif de l’informatique. On ne peut vivre sans informatique. Parce que les progrès politiques, les progrès économiques, scientifiques, passent aussi par la maitrise de l’outil informatique. Bien entendu il faut se parer à toute éventualité. Dans ce sens, la Chine met actuellement sur pied un dispositif très efficace contre la cybercriminalité. Lorsqu’on appose des caméras dans des villes, il y a des systèmes de protection. J’ai des connaissances de nationalités chinoises qui m’ont dit récemment que «nous savons qu’en Afrique vous êtes vulnérable parce que la sécurité de vos données n’est pas garantie. On va vous doter de la 5G et là vous serez protégé. Je pense que l’informatique est une arme de destruction massive, mais elle apporte aussi des solutions aux maux qu’elle génère. Voilà ce que je peux dire à ce sujet.

Quelles sont les propositions que vous formulez à l’endroit des dirigeants et des peuples africains pour résister à la guerre hybride?
Il faut déjà un renforcement de nos États. Il y a le renforcement de forces armées, ça, c’est capital. Sans vouloir vanter mon pays, je pense que si le Cameroun résiste mieux que les pays d’Afrique de l’Ouest, c’est parce que le pays a la chance d’avoir une armée professionnelle, une armée bien formée, une armée bien équipée. Je crois que l’Afrique de l’Ouest, en particulier le Mali, le Burkina Faso, devrait s’inspirer du Cameroun. C’est l’un des pays africains qui résistent mieux à la guerre hybride en Afrique. À défaut de prendre l’exemple les uns des autres, les États africains doivent se regrouper et surtout résister.

Propos recueillis par
Joseph Julien Ondoua Owona

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