Gouvernance : La Sonara, problème pour ses actionnaires depuis 2014

L’incendie survenu dans les installations de l’entreprise soulève de nombreuses questions sur les implications pour l’économie. Sa dette dépasse les 800 milliards de FCFA et elle a cumulé des pertes de plus de 230 milliards de FCFA.

Le DG de la Sonara

Quelques instants après le double incendie qui s’est déclenché à la Société nationale de raffinage (Sonara), le gouvernement est monté au créneau pour rassurer sur un point, celui de garantir la pérennité dans la distribution des produits d’hydrocarbures au Cameroun. Pourtant certains détails sont toujours attendus, notamment ce qu’il adviendra du plan de relance et de modernisation dont la mise en œuvre se poursuivait.

À la fin de l’exercice 2017, date dont les indicateurs financiers sont disponibles, la dette globale de la Sonara était de 763,3 milliards de FCFA. Une part importante de cette dette était due à ses fournisseurs (374 milliards de FCFA sur la période), et aux services fiscaux (270,5 milliards de FCFA). On ne peut pas faire jouer les compensations avec les créances du raffineur sur l’État. En effet, ce dernier a apuré sa dette vis-à-vis de l’entreprise pour la réduire à seulement 46,74 milliards de FCFA, laissant donc une dette fiscale nette de 224,8 milliards de FCFA.

Techniquement, le plan de relance était destiné à booster le chiffre d’affaires de l’entreprise et lui permettre d’honorer ses engagements, dont 108,4 milliards dus à des établissements financiers. D’un point de vue purement opérationnel, la Sonara n’a pu être rentable sur les 4 ans, entre 2014 et 2017. Ses charges d’exploitation (dépenses) sont restées supérieures à son chiffre d’affaires (ventes), notamment entre 2014 et 2017. Durant l’année 2018, l’entreprise est restée fermée 9 mois sur 12. Il y a donc peu de chance qu’elle ait obtenu de meilleurs résultats, selon des données disponibles sur l’entreprise. Aussi, la société de raffinage a cumulé un report à nouveau négatif de 238,7 milliards de FCFA sur la même période. Lorsqu’on prend en compte toutes ces variables, le déficit direct à combler par l’État dépasserait aujourd’hui les 800 milliards de FCFA.

De nouveaux éléments permettent de dire aujourd’hui que la Sonara est un problème pour l’économie du Cameroun depuis plusieurs années, et particulièrement en 2018. Selon des données collectées par le site Investir au Cameroun, le collectif budgétaire, signé le 29 mai 2019 par le chef de l’État camerounais, consacre une augmentation de 20,3 milliards de FCFA sur l’enveloppe destinée à la subvention des carburants à la pompe. Selon les explications du ministère des Finances, cette rallonge budgétaire permet de porter à 124,3 milliards de FCFA la provision faite dans la loi de Finances initiale (104,3 milliards de FCFA). Le but est de combler les manques à gagner enregistrés par la Sonara, la raffinerie publique.

Le gouvernement pointe un doigt accusateur sur la hausse des cours du pétrole sur le marché mondial. Mais une analyse comparée, faite sur les prix des produits pétroliers dans plusieurs pays du monde, indique que les tendances sont plutôt à la baisse. Si le gouvernement s’est empressé de rassurer quant à l’approvisionnement en carburant, c’est parce qu’il sait que c’est un des points de ce dossier qu’il maitrise le plus. Peu de Camerounais le savent, mais entre avril 2018 et fin novembre 2018, l’essentiel du carburant livré par la Sonara n’était pas produit par elle, ses installations étant annoncées à l’arrêt pour maintenance. Cette situation a conduit à l’importation de carburant par la société, pour environ 473,4 milliards de FCFA. Un volume qui s’est affiché en hausse de 87,9 % par rapport au niveau de 2017 (251,9 milliards de FCFA).

L’administration justifie cette situation par le fait que la Sonara a connu un arrêt technique. La question devra normalement être au centre des débats parlementaires. Une part des personnes légitimement proches du processus sont sur le point de savoir finalement quels sont les individus qui avaient réellement intérêt à ce que l’infrastructure soit décimée. Le gouvernement ne dit rien sur la situation des banques qui ont apporté de la ressource au projet de modernisation, projet qui était supposé améliorer la rentabilité de la Sonara et donc sa capacité à rembourser ses dettes. Ces questions sont pour l’instant sans réponse.

Le gouvernement a entraîné l’opinion publique sur un problème qui est facile à gérer, mais sur le fondamental, il reste silencieux. Pour l’instant, le public est informé de l’option visant à restaurer les unités de raffinerie qui sont défectueuses. Il est clair qu’en l’état actuel des choses, aucune situation n’est trop favorable à la Sonara. L’entreprise est structurellement déficitaire, et a entraîné pour ses actionnaires, une perte globale de plus de 1000 milliards de FCFA, lorsqu’on additionne la dette et les reports à nouveau négatifs. Rappelons que le gouvernement n’est actionnaire de la Sonara qu’à hauteur de 11 %. Le gros de l’actionnariat appartient à des entités publiques dont l’identité n’est pas clairement connue. 17,4 % du capital contrôlé par des privés.

Idriss Linge

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