Gounougo Moussa: ‘’Si la Côte d’Ivoire avait un peuple comme les Bamilékés, elle serait très avancée’’

Si applaudir pour la réconciliation des filles et fils de la Côte d’Ivoire, c’est rouler pour soi, alors, oui, je l’assume!» 

Basé au Cameroun depuis 1986, l’homme d’affaires tient le rôle de guide au sein de la communauté ivoirienne dans son pays d’accueil. Il vient d’adresser une lettre d’encouragements au président Alassane Dramane Ouattara (Ado), à la suite des décisions prises par ce dernier il y a quelques semaines. A rebours des polémiques, le sexagénaire classe ces actes au titre d’événement inédit. Entretien. 

 

Vous venez de signer une correspondance envoyée à la haute attention du président Alassane Dramane Ouattara, pour saluer ses décisions visant à réconcilier la Côte d’Ivoire avec elle-même. Quelles ont été vos motivations?
En tant qu’Ivoirien, je suis juste très content de la haute autorité de mon pays, le président Alassane Dramane Ouattara (Ado). En l’espace de quelques jours, cet homme a posé deux gestes de grande importance. Il s’agit de la grâce qu’il a accordée à 800 prisonniers et de son annonce de sa non- participation à l’élection présidentielle prévue en Côte d’Ivoire en 2020. Selon moi, tout cela participe à deux choses : décrisper l’atmosphère politique qui tendait déjà à se chauffer ces derniers mois et rechercher la réconciliation nationale après les affres de la guerre civile déclenchée en 2002 et la sanglante crise post-électorale de 2011.

Voyez-vous, en 2020, Alassane Dramane Ouattara aura 78 ans. Personnellement, je ne pense pas qu’à son âge, il n’est pas bon de faire de la prestidigitation politique pour mettre de nouveau le pays à feu et à sang. En plus, il a beaucoup travaillé: économiste principal au Fonds monétaire international (FMI), vice-gouverneur de la Bceao et directeur Afrique du FMI. Je pense que du haut de son âge, il a réfléchi à ne pas s’accrocher au pouvoir avec la niaque de celui qui a fait. En renonçant à un nouveau mandat à la tête de la Côte d’Ivoire alors que la constitution l’y autorisait, il a montré qu’il est au-dessus de çà. Pour ma part, je pense que le message que véhicule cette décision est double. Primo: Ado n’a pas voulu affadir son bilan en postulant, une nouvelle fois, à la présidence de la République de Côte d’Ivoire. Secundo: il est vraiment inutile non seulement d’aller jusqu’au bout d’une confrontation de type politique avec des frères, parce que cela est désormais en dehors du son rôle, mais aussi parce que les temps ont changé. En portant mon regard sur la libération des prisonniers, Ado fait part de l’une de ses grandes priorités : être plus un «réconciliateur» qu’un président. Je pense que c’est une décision qui doit permettre de tourner la page des rancœurs dans notre pays.

Et si, sur la base de cette lecture des actes du président ivoirien, quelqu’un vous soupçonnait de clientélisme, que lui répondriez-vous ?
D’abord de l’étonnement! Même si, me diriez-vous, on peut en effet se commettre dans de telles questions dans un débat démocratique. Mais je pense qu’au regard du bilan de M. Ouattara, une telle question serait utilisée comme la désignation péjorative de ce qu’il a pu faire jusqu’ici pour la Côte d’Ivoire et les Ivoiriens. J’estime que ceux qui pourraient le croire le feraient sur la base d’un manque de réflexion sur ce bilan. Et parce qu’il n’est pas certain, outre le caractère fallacieux d’une telle imputation, que cela échappe aux vrais Ivoiriens, je pense qu’il ne s’agit pas ici de clientélisme.

Si tel est donc le cas, de quoi s’agit-il concrètement ?
D’un regard vrai et positif. On peut tenter de mettre la poussière sous le tapis ou de détourner le regard en racontant des choses sur le regard d’un citoyen, mais le réel rattrape toujours ceux qui le font quand tout devient de plus en plus clair et précis à la face du monde. On voit tous que le président Ouattara a, à travers ses gestes que j’ai évoqués, envie de conduire les Ivoiriens à avoir une vision plus positive de leur pays. Parce que, voyez-vous, ce qui se dessine est une rupture avec l’approche de la fermeté inutile.

La Côte d’Ivoire reste marquée par les événements de 2011 qui l’ont fortement ébranlée dans ses fondements. La guerre a causé de nombreuses victimes. Des Ivoiriens portent encore les stigmates du conflit. Des sœurs et des frères sont en détention. Des milliers d’autres, dont des enfants, demeurent en exil, dans le dénuement. Qui peut rester insensible face à de tels drames et à la détresse des plus faibles ? L’heure est venue d’abréger ces souffrances pour nous tourner résolument vers le futur. Cela passe par la réconciliation, le pardon et la justice. Ce processus ambitieux ne peut réussir que si nous mettons en sourdine nos différends. L’avenir de notre Nation exige un climat apaisé. Les enjeux sont si cruciaux qu’il est vital que toutes les parties se parlent. Je pense qu’une nouvelle ère de coexistence fraternelle est possible afin de permettre à tous les Ivoiriens de vivre à nouveau en paix l’un à côté de l’autre. C’est ce que moi je pense en tout cas.

Selon certaines informations en notre disposition, vous êtes proche du président Alassane Dramane Ouattara. Vous avez été camarade d’université et mené les mêmes combats. Que diriez-vous si l’on vous accusait de rouler pour votre propre compte?
En leur temps, Martin Luther King et Nelson Mandela, qui avaient fait le choix du dialogue, étaient aussi accusés de rouler pour leurs propres comptes. Si applaudir pour la réconciliation des filles et fils de la Côte d’Ivoire, c’est rouler pour soi, alors, oui, je l’assume! Nul n’ignore que les initiatives ont foisonné depuis 2011. Pour réussir, le processus de réconciliation nationale, des actes comme ceux que vient de poser Ado contribuent à desserrer l’étau des frustrations.

Quand il y a une voie qui s’ouvre pour l’apaisement, on l’entretient et c’est ce que j’ai fait en adressant, via l’ambassadeur de Côte d’Ivoire au Cameroun, une lettre d’encouragements au président. Quand une posture politique n’apporte ni la paix ni des avancées pour une cause, je me désolidarise d’elle. Mais, je suis convaincu que l’initiative d’Ado épouse bien le sens de l’Histoire de mon pays.

Au Cameroun où vous vivez depuis plus de deux décennies, il existe une association dénommée Cercle de l’amitié Côte d’Ivoire-Cameroun (CACC). Vous en êtes d’ailleurs le vice-président. Parlez-nous de cette association.
C’est un groupe reconnu d’utilité publique par les autorités camerounaises et la chancellerie ivoirienne à Yaoundé. Il assure un lien sur mesure entre la Côte d’Ivoire et le Cameroun. Il défend les intérêts de ses membres qui sont Camerounais et Ivoiriens et leur apporte soutien et entraide au quotidien. L’association est un incontournable pour tous les Ivoiriens résidant au Cameroun et pour Camerounais résidant en Côte d’Ivoire. Son but? Renseigner ses membres sur leurs droits et leur faciliter la vie au quotidien à l’aide de renseignements, de bons plans et de conseils personnalisés tant pour les membres fonctionnaires que pour les hommes d’affaires ou autres. Pour cette raison, le CACC organise régulièrement des activités informatives, culturelles et sportives dans un climat convivial. En cas de pépin, ou si vous avez besoin d’aide pour résoudre un problème une fois installé dans votre pays d’accueil, l’association est également disponible pour vous aider. Elle entend demeurer à l’écart de toute préoccupation politique ou confessionnelle » comme mentionné ses statuts.

Gounougo Moussa (à droite) avec l’ambassadeur de Côte d’Ivoire au Cameroun

Je dois dire que l’accompagnement du CACC est suivi de bout en bout par S.E. Narcisse Malan Ahounou, l’ambassadeur de Côte d’Ivoire au Cameroun. Je pense que c’est un diplomate qui tient vraiment son rôle dans le suivi des dossiers et la recherche des solutions aux difficultés des uns et des autres parmi ses concitoyens vivant au Cameroun.

Vous êtes au Cameroun depuis pas mal de temps, on l’a dit. Décrivez-nous vos rapports avec les Camerounais.
Les Camerounais, ce sont des travailleurs. Depuis que je suis ici, j’ai compris le sens de la boutade du feu président Houphouët qui disait que s’il avait un peuple comme les Bamilékés, la Côte d’Ivoire serait très avancée. Je pense que de nombreux Camerounais ont du sang bamiléké. A ce que j’ai observé ici, il en ressort que tous brillent par leur courage et une abondance de perspectives et une efficacité collective. Chaque jour, ils cultivent l’espoir de s’en sortir, individuellement ou collectivement, engendrent une implication plus forte dans le travail, et donc un surcroît d’efficacité. Cela fait que la peur du chômage semble être de nature à provoquer plus durablement une valorisation des aspects positifs que chacun attribue à celui-ci au-delà de la rémunération qu’il en attend.

Interview réalisée par
Jean-René Meva’a Amougou

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