Gestion de Nexttel : Victoire judiciaire pour Danpullo

Le milliardaire camerounais vient de remporter une bataille importante face à ses partenaires vietnamiens, dans la guerre juridico-administrative sur le contrôle de Viettel Cameroun.

Baba Ahmadou Danpullo

Le feuilleton juridico – administratif enclenché depuis la signature de la convention de concession en 2012 à Viettel Cameroun SA (Nexttel de son nom commercial) n’a pas fini de captiver l’opinion publique. Les protagonistes de ce feuilleton : Viettel Global Investment Company S.A (VGIC) et Bestinver Cameroon S.A (Bestcam). La première société, détenue par l’armée vietnamienne, contrôle 70% de Nexttel. Et la seconde société, propriété du milliardaire camerounais Baba Ahmadou Danpullo, actuel président du Conseil d’administration de Viettel Cameroun SA (VC), détient le reste des parts, soit 30%. Un nouvel épisode de ce film à rebondissement s’est joué le 8 octobre dernier au Tribunal de première instance (TPI) de Yaoundé – Ekounou.

Ce jour-là, le juge des référés de cette juridiction s’est prononcé sur la demande d’annulation de l’ordonnance N° 372 du 08 octobre 2014. Requête introduite par les responsables de VGIC. L’ordonnance querellée instaure la double signature dans la gestion de l’entreprise. De ce fait, le directeur général, nommé par l’actionnaire majoritaire et unique signataire sur les comptes depuis la mise sur pied de VC, est désormais tenu de soumettre ses décisions à la signature conjointe de l’un de ses adjoints représentant Bestcam. Un principe qui met en rogne les vietnamiens. Après des échanges et des plaidoiries houleux, la juge a rejeté la demande de VGIC et a maintenu la double signature comme mode de gestion de Nexttel.

Appel
Alors que chez Bestcam on exulte, chez VGIC on accuse le coup : cette décision «est inattendue et aussi scandaleuse que l’ordonnance», commente Me Laurent Dongmo. Cet avocat travaille pour le cabinet Jing&Partners basé à Douala. Ledit cabinet défend les intérêts de la multinationale vietnamienne. «Naturellement nous allons interjeter appel», indique-t-il. Mais après avoir échoué deux fois de suite à annuler cette ordonnance, les chances de réussite sont minces pour dire le moins. Au sein du cabinet Jing&Partners, on en est conscient. «Comme nous savons que l’adversaire de nos clients trouvera toujours le moyen de gagner ses procédures au niveau du Cameroun, nous comptons, en cas de besoin, sur la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) pour dire le droit et remettre les choses dans le bon ordre», renseigne Me Laurent Dongmo.

Mais qu’est-ce que Viettel Global Investment Company S.A a contre le principe de double signature pourtant inscrit dans le pacte des actionnaires ? Selon l’interprétation que Me Dongmo fait de l’acte Ohada, «le directeur général (DG) de la société anonyme (SA) à conseil d’administrateur (CA) est le seul représentant légal naturel de la société détenant seul les pleins pouvoirs pour l’engager. […] Or le régime de double signature obligatoire tend à réduire les pouvoirs du DG qui ne peut plus, à lui seul, représenter la SA. Et la société en souffre énormément», défend l’avocat.

Transparence
«Cette double signature ne remet pas en cause les pouvoirs du directeur général qui exécute les orientations données par le conseil d’administration», précise Bestcam. Pour l’entreprise camerounaise, son «but est d’assurer le contrôle mutuel et la transparence dans la gestion, comme cela est de coutume dans les joint-ventures».L’actionnaire minoritaire tient d’autant plus à cette exigence de transparence qu’il a gardé un mauvais souvenir des longs mois durant lesquels le directeur général avait les pleins pouvoirs. Durant cette période, son partenaire vietnamien se serait rendu coupable «de nombreuses pratiques malsaines».

Dans une lettre adressée le 20 septembre 2018, au ministère des Relations extérieures (Minrex), Baba Ahmadou Danpullo cite pêle – mêle, le choix de Viettel Construction pour la construction des sites techniques de Nexttel au détriment des PME camerounaises ; le mauvais traitement infligé au personnel camerounais ; le recrutement des cadres vietnamiens alors que une compétence locale existe ; l’instauration du vietnamien comme langue de travail au sein de la société ; le rapatriement de capitaux au Vietnam à son insu, l’exportation clandestine vers le Burundi de trois cent conteneurs de matériel appartenant à Nexttel ; le trafics d’espèces protégées et des devises… Dans un communiqué repris dans la presse depuis le début du mois, VGIC parle «d’informations mensongères» sans formellement s’expliquer sur ces accusations à prendre très au sérieux.
Depuis le début de la crise, plusieurs réunions entre les deux partenaires sont organisées, aussi bien dans les services du Premier ministre (PM) qu’au Minrex.

A la suite de ces concertations, les autorités camerounaises ont rappelé aux vietnamiens que la double signature fait partie des standards appliqués au Cameroun dans la gestion des entreprises nées du mariage entre deux autres (joint-venture). C’est en tout cas ce que l’on apprend à la lecture d’une correspondance signée Ghagomu Paul Mingo et adressée au directeur général de Viettel Cameroun. Tout comme le soutient l’actionnaire camerounais, le directeur de cabinet du Premier Ministre indique que cette mesure participe de la transparence et de la bonne gestion dans ce type d’entreprise. En continuant de se battre contre cette disposition, VGIC ne risque-t-elle pas de créer une brouille diplomatique entre le Vietnam et le Cameroun ? De fait, la firme vietnamienne a la question à l’esprit. «Le ministre des affaires étrangères, S.E. Lejeune Mbella Mbella, a reconnu que Viettel Cameroun S.A était un symbole du succès de la coopération bilatérale [entre les deux pays]» indique-t-elle dans son communiqué. Affaire à suivre…

Aboudi Ottou

 

Combat pour le contrôle de la poule aux œufs d’or

Le groupe Viettel veut accroitre son emprise sur sa filiale camerounaise. Celle-ci est de loin la plus rentable du groupe en Afrique. Son partenaire camerounais entend défendre ses intérêts.

On croyait la hache de guerre enterrée entre les actionnaires de Viettel Cameroun S.A (VC) jusqu’à ce que l’actualité de ces derniers jours révèle le contraire. La crise née sous forme de brouille sur la répartition du capital, après la signature de la convention de concession avec le gouvernement camerounais, vient de refaire surface. Avant de saisir, le 17 septembre dernier, le juge des référés pour demander l’annulation de l’ordonnance instaurant le principe de double signature, Viettel Global Investment Company S.A (VGIC) a tenté en vain de racheter les actions de son partenaire camerounais. Offre déjà faites par Bestinver Cameroon S.A (Bestcam) avant le lancement des activités de Nexttel intervenu en septembre 2014.

Pour comprendre le retour à la charge de la firme vietnamienne, il faut savoir que sa filiale camerounaise est de loin le plus rentable de ses actifs en Afrique. Selon le journal en ligne Investir au Cameroun, au premier semestre 2016, le Cameroun est devenu le premier marché du groupe Viettel en Afrique, avec des revenus globaux de 21 milliards de francs CFA (35,9 millions de dollars US), contre 25 millions de dollars US pour Halotel (filiale tanzanienne de Viettel), 33 millions de dollars pour Movitel au Mozambique et 18,26 millions de dollars US pour Lumitel (Burundi). De plus, à fin juin 2018, Nexttel revendique près de 5 millions d’abonnés, contre 6,6 millions pour MTN Cameroun et 6,5 millions pour Orange Cameroun, deux concurrents arrivés sur le marché camerounais du mobile, quinze ans plus tôt. Début octobre, l’entreprise basée à Hanoi avouait dans un communiqué que «Viettel Cameroun S.A (…) a connu une croissance spectaculaire depuis le début de ses activités il y a quatre ans».

Pour en arriver là, VGIC dit avoir investi au 31 décembre 2017, 201 milliards de francs CFA dans sa filiale camerounaise. Bestcam en a également contribué. Selon une évaluation faite par le cabinet d’expertise comptable KPMG, ses investissements oscillent entre 51,2 milliards et 92, 8 milliards de francs CFA. Au sein de l’entreprise camerounaise, on s’étonne dont de la volonté mainte fois affichée par le partenaire vietnamien de prendre le contrôle total de l’entreprise. On trouve d’ailleurs cette démarche «fourbe» et «ingrate». Ceux d’autant plus que, argue-t-on, si Baba Ahmadou Danpullo, propriétaire de Bestcam, ne s’était pas impliqué personnellement, la troisième licence de téléphonie mobile du Cameroun n’aurait peut-être pas été attribuée à VC.

AO

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