Gestion de crise : L’heure de la rigueur

Baisse des contributions des États, urgence de mobilisation face à la pandémie, échéance de dettes et maintien de la discipline, de l’éthique au sein du personnel, explosion des factures d’internet, retour des cadres au siège de Bangui,le gouvernement communautaire traverse aussi sa période des choix difficiles.

Ngarbatinan Odjimbeye Soukate, la nouvelle représentante résidente de la commission de la Cemac
au Tchad a pris fonction

La crise sanitaire liée à la pandémie mondiale du coronavirus a causé un recul des recettes de la taxe communautaire d’intégration (TCI). Le ralentissement des échanges commerciaux internationaux du fait des restrictions de déplacements est la cause de cet état des choses. En effet, pendant le deuxième trimestre 2020, les opérations douanières se sont contractées à leur plus simple expression. Le fonctionnement des activités du système communautaire a ainsi pris un coup qui va s’étendre sur une période aussi indéterminée qu’est la durée de la crise et de ses répercussions sur les économies nationales. Peut-être fallait-il penser à un budget revisé de la commission de la Cemac ?

Réuni en collège des commissaires le 6 juillet 2020, le gouvernement communautaire n’a pas eu de choix que de raboter dans les charges fixes. Des actions de réduction du train de vie de la Commission ont été prises. Il s’agit de la réduction du nombre de missions et la promotion des réunions statutaires en visioconférence, l’ajournement des dépenses non essentielles et non indispensables. Comme illustration de l’entrée en vigueur de ces décisions, les réunions statutaires de la Cemac se tiendront en visioconférence. Il s’agit de la 11e session du Comité de pilotage du programme de réforme économique et financière de la Cemac, la 35e session du Conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC) et la 2e session du comité inter-États des experts qui la précède. La session ordinaire de la conférence des chefs d’État de la Cemac annoncée devrait également se tenir sous ce format.

Sujet très important pour le collège des commissaires, la gestion rigoureuse du remboursement des frais médicaux, frais de scolarité, consommations téléphoniques et achats des matériels de fournitures informatiques. Une confiance mal interprétée des autorités a souvent laissé cours à des majorations malhonnêtes des sommes dues. Pour ce qui est des consommations des frais de téléphone, une dotation sera désormais allouée aux prestations téléphoniques destinées aux besoins professionnels. Mécaniquement, elle devra réduire le coût financier des prestations actuelles offertes aux responsables et aux personnels. Dans le même ordre d’idée, les dotations téléphoniques seront maintenues à leur niveau règlementaire tandis que les consommations d’internet des cabinets des membres du gouvernement communautaire seront couvertes par les règles d’avance.

D’autres mesures exceptionnelles ont été prises pour dégager le maximum de marges budgétaires dont la réactivation du comité de trésorerie pour le renforcement de la rigueur dans la gestion financière. On a également le rééchelonnement des remboursements de dettes après un inventaire. C’est le cas de la dette vis-à-vis de l’Union européenne.

Mobilisation
La prévention des tensions de trésorerie à laquelle s’adonne la Cemac n’épargne pas son lead dans les problématiques communautaires. Elle n’a pas à aviser sur les défis qui interpellent la communauté. C’est le cas de la gestion de la pandémie. La Commission a financé la première phase de la riposte communautaire à hauteur de 450 millions FCFA. Sans transiger, la Cemac doit répondre présente, de peur de perdre en crédibilité.

Discipline et éthique
Comme autre dossier épineux, on a le licenciement du représentant résident de la commission Cemac au Tchad. Après avis du comité de discipline, le collège des commissaires s’est prononcé pour le licenciement, pour faute lourde, du Tchadien Yaya Dillo Djerou des services de la Commission. Le susnommé avait déjà fait l’objet d’une suspension de ses fonctions après avoir tenu des propos d’une rare violence à l’encontre de la première dame de la République du Tchad. Selon le comité de discipline, l’attitude de cet ancien diplomate communautaire allait à l’encontre de l’article 10 du statut des fonctionnaires de la Communauté.

Pour le gouvernement communautaire, il serait sans doute temps de procéder à la création d’un comité d’éthique. Plus loin, l’exécutif communautaire envisage de sursoir à une des dispositions de la nomenclature de désignation des représentants résidents. Cette dernière voudrait que les représentants résidents soient des nationaux du pays dans lequel ils sont en fonction.

Retour à Bangui
Sous réserve de la signature du texte y relatif par le président de la conférence des chefs d’État de la Cemac, le retour de la Commission à son siège à Bangui (RCA) se fera en deux vagues, en fonction, bien entendu de l’aménagement des conditions adéquates. C’est la position du gouvernement de la Commission à ce sujet. Le premier contingent de retour sera constitué par le département des politiques économiques, monétaires et financières de la Cemac. Le commissaire à la tête de ce département, Clément Belibanga, a été chargé par ses pairs de s’assurer auprès des autorités centrafricaines des dispositions et diligences requises pour l’accueil, le logement et la sécurité des collaborateurs. Le retour de la Commission à Bangui permettrait une économie de 3314 956 338FCFA.

 

La Conférence des chefs d’État de la Cemac, tenue en mars 2019 à Ndjamena (Tchad), a acté pour un retour progressif de la Commission à Bangui. Mais pour ce faire, des commodités minimales d’hospitalité devraient être résolues pour le président, la vice‐présidente, les commissaires et la quarantaine de cadres en poste à Malabo. En première ligne figure la sécurisation complète des fonctionnaires diplomatiques et non diplomatiques de la Commission dans la capitale centrafricaine. Le conflit a certes tiédi dans la capitale, mais des affrontements sporadiques des factions persistent. Cette situation fragilise la qualité de travail de la Commission.

Elle le relève dans son projet de budget 2020, en indiquant que le contexte de son élaboration a été négativement impacté par «la persistance des tensions sécuritaires en République centrafricaine». La réalisation de ce budget sera également exposée à cette contrainte majeure. Ensuite il faudra régler l’épineux problème des logements pour les membres du gouvernement de la Commission et ses cadres. En dehors du déficit, il importe de réhabiliter les bâtiments abritant les cadres de la Commission. Ils sont quasiment restés inoccupés depuis près de six ans, subissant ainsi une forte dégradation. Depuis 2018, le budget de la Commission prévoit une dotation destinée à la réhabilitation des logements appartenant à son patrimoine immobilier. Chiffrées à 4 milliards en 2019, elles s’élèvent à 3 815 200 000FCFA.

Bobo Ousmanou

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